En traversant le Rubicon (1879)
Sundry Phansies
Fait partie du carnet de 32 poèmes présentés à Flo Garrard, amour de jeunesse malheureux de Kipling.
Traverser le Rubicon : expression liée à Jules César qui en franchissant ce fleuve entra en rébellion contre la République ; signifie une action décisive et risquée, Kipling lui donne ici un sens particulier, ce passage sans retour possible est ici la mort.
Crossing the Rubicon
Un cri dans la nuit silencieuse,
Un visage blanc tourné vers le mur,
Une douleur, puis dans l’esprit des hommes,
Oublié —et c’est tout —
Est-ce pour cela que nous travaillons ?
Des lèvres rouges qui ont palpité et embrassé,
Des bras blancs qui enlacent et s’accrochent
Deviennent froids et ne manquent à personne—
Les pleureurs pleurent et s’en vont—
(Reformons la chaîne brisée)
Le défunt vit un moment dans notre cœur,
Hélas, et meurt à nouveau—
Car comme une flamme qui vacille et s’envole,
Notre mémoire va et vient—
Noyée dans la lumière des yeux humains,
Et un malheur au temps des malheurs.
Crossing The Rubicon
A cry in the silent night,
A white face turned to the wall,
A pang and then in the minds of men
Forgotten—and this is all—
For this are we labouring?
Red lips that have pulsed and kissed,
White arms that clasp and cling
Grow cold and are not missed—
The mourners mourn and depart—
(Piece we the broken chain)
The dead one lives awhile in our heart,
Alas, and is dead again–
For as flame that flickers and flies,
Our memory comes and goes—
Drowned in the light of human eyes,
And a woe in the time of woes.
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