C.57. Credet Judaeus

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                                               Credet Judaeus (1881)

Schoolboy Lyrics
La mère de Kipling qui a 15 ans réunit ses poèmes pour une édition familiale. Ce poème particulier sera conservé dans les éditions complètes ultérieures.
Le titre est emprunté au poète romain Horace Satires, i.5: "Credit Judaeus Apella, /non ego" : "Apella le Juif peut croire cela, pas moi".
Apella est une figure de naïf, ce que le narrateur donc prétend ne pas être en ce qui concerne les serments des trois couples, mais son intervention finale montre qu’à 15 ans Kipling maniait fort bien l’(auto)ironie.
Le troisième couple, d’un niveau social inférieur au deux autres est le premier exemple du «style oral/social », ici d’une servante, qui deviendra un élément majeur de la poésie de Kipling  (voir les Barrack-Room Ballads)
Une version antérieure encadre le poème par : "Scènes de la vie dans l’allée des Amoureux, Kensington" // "Et ainsi jusqu’à la fin du monde."


                                            Credet Judaeus                 


            PREMIER COUPLE

Nous étions trois couples dans l’allée,
Allant et revenant sans cesse ;
        À l'endroit où nous nous rencontrons
        Le grondement de la rue

Comme le cri d'une bête souffrante
         parvient faiblement. Ici, tout est doux.
Qui étaient les autres ?  Je ne les ai pas vus.
        Pourquoi devrais-je regarder les hommes ?
Pourquoi leurs partenaires m'intéresseraient-elles ?
        Je suis sûr que j'aimais la mienne plus que tout.
        Parfaite en beauté et en grâce,
        Parfaite de taille et de visage,

Elle, avec ses yeux divins !
        Le cadeau pour nous deux seulement ;
L'éternité la rend mienne,
        Notre amour est éternel et vrai.

SECOND COUPLE 

Regarde-les, ma chérie, joue contre joue,
        Bras dessus bras dessous ; quand les années auront passé,
        Leur amour durera-t-il comme le nôtre ?
Toujours aussi tendre, toujours joue contre joue ?

Il y a un seul véritable amour ici-bas ;
        Nous l'avons trouvé ! Les autres s'embrassent
        Un instant, se séparent et se manquent,
Regrettent un instant, puis s'éloignent

Ceux-là sincèrement ! J'en ai vu
        Beaucoup comme eux ; les années s’envoleront,
        Nous laisseront amoureux, toi et moi,
pendant qu'ils parlent
de ce qui a été.

TROISIÈME COUPLE 

J’ voulais tellement faire ces promenades
Avec toi, et la patronne est furieuse
Parce qu’elle dit que je traine la nuit ;
Sans doute elle a pas tort.

Bon, je peux pas rester longtemps, mais écoute,
Promets de rester avec moi
et je resterai avec toi pour toujours !
Ces gens peuvent bien se bécoter un peu,
ils ne s'aiment pas comme nous deux !
Oh, George ! Je n'ai personne d'autre que toi.
Reste avec moi ! Promets-le!
Et je ne te quitterai jamais, jamais !

        .     .     .     .     .

Moi, l'écrivain qui les ai fait  parler,
            j'ai ri aux éclats en passant devant les trois,
Forts d'une passion qui durera une semaine,
            car l'Amour vrai m'a été donné !



                      Credat Judaeus

               FIRST COUPLE

Three couples were we in the lane,
Keeping our walks and turning again;
        At the point where we meet
        The roar of the street

Like the sound of a beast in pain
        Comes faintly. Here all is sweet.
Who were the others?  I did not see.
        Why should I look at the men at all?
Why should their partners interest me?
        I'm sure that I loved mine best of all.
        Perfect in beauty and grace,
        Perfect in figure and face,

She with her eyes divine!
        The present for just us two;
Eternity makes her mine,
        Our love is eternal and true!


               SECOND COUPLE 

Watch them, dearest, cheek to cheek,
        Arm in arm; when years are past
        Will their love like our love last,
Still so fond, still cheek to cheek?

There is one true love below;
        We have found it! Others kiss
        For a little, part and miss,
Grieve awhile, then lightly go.

These in earnest! I have seen
        Many such; the years will fly,
        Leave us loving, you and I,
While they talk of what has been.


                THIRD COUPLE 

I wanted them walks so bad
With you, and missus is mad
'Cos she says I gad out at night;
No doubt but what she's right.

Well, I can't stay long, but see,
Promise to 'old to me,
An I'll 'old to you for hever!
Them people may court a bit­
They don't love like we two!
Oh, George! I've got no one but you.
'Old by me! Promise it!
And I'll never leave you, never!

        .     .     .     .     .

I, the writer that made them speak,
            Laughed aloud as I passed the three,
Strong in a passion to last a week,
            For Love that is real was given to me!

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