A.15.An American

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Un américain (1894)

The Pall Mall Gazette >The Seven Seas
La grève fait référence à une historique grève de cheminots The Pulman Strike commencée en 1894 à Chicago.
Avatar a son sens originel de manifestation corporelle d’une divinité (Hindoue).
La traduction est compliquée par la description ambivalente et contradictoire de « L’esprit de l'Amérique  » personnalisé dans le poème et commenté par le narrateur, et également par les références qu’utilise Kipling comme Anglais « colonial » et « oriental ». La traduction de Jules Castiers l’éclaire un peu plus que ce que j’ai pu (mal) comprendre en traduisant ce poème allégorique, de nombreux points me restent obscurs.

Kipling fera de nouveau entendre la voix de "L'Esprit de l'Amérique" dans le poème The Choice, qui salue l'entrée en guerre des USA en 1917


Traduction en vers de Jules Castier, Les Sept mers. Louis Conard 1920 (voir plus bas)

Un Américain

L'Esprit de l'Amérique parle :
Si le meneur de grève l’appelle grève,
Ou que les journaux l’appellent guerre,
Ils ne savent guère ce que je suis,
Ni ce qu’il est, mon Avatar.

À travers les nombreuses routes, que je hante
Il se traine sous des déguisements cosmiques;
Il est le bouffon et la Farce,
Et il applique lui-même le Texte.

Le Celte est dans son cœur et dans sa main,
Le Gaulois est dans son cerveau et dans ses nerfs ;
Là où, dans un projet cosmopolite,
Il garde la réserve stérile des Peaux-Rouges.

Son foyer simple, jamais balayé, il le prête
Du Labrador à la Guadeloupe ;
Jusqu’à ce que, jeté dehors par des amis négligents,
Il campe, à contrecœur, sur le perron.

D’un œil calme, il se moque de l’épée et de la Couronne,
Ou, aveuglé par la panique, il poignarde et tue :
Bruyant, il ordonne au monde de se prosterner,
Ou, en rampant mendie une miette d’éloge ;

Ou, tristement ivre, à la mine et au marché,
Il proclame ses tristes frères Rois.
Ses mains sont noires de sang — son cœur
S’émeut, comme celui d’un bébé, pour de petites choses.

Mais, à travers les changements d’humeur
Mon ancien humour le sauve tout entier—
Le diable cynique dans son sang
Lui ordonne de se moquer de son âme pressée ;

Lui ordonne de bafouer la Loi qu’il crée,
Lui ordonne de créer la Loi qu’il bafoue,
Jusqu’à ce qu’il réveille, abasourdi par le doute,
Les roulements des canons qui — ne doutent pas ;

Qui l’arrête bêtement — Ardent et amoureux,
Qui rit sous sa colère la plus profonde,
Qui dore le marécage de son désespoir
Mais obscurcit le but de son désir ;

Inopportun, d’un accent strident,
La joie âcre de l’Oriental
Qui le laisse, indifférent au milieu de ses morts,
Le scandale du Vieux Monde.

Comment pourra-t-il se disculper comment présenter
A votre barre une défense réfléchie ?
Un frère enfermé dans son parler étrange
Et manquant de tout interprète.

Le comprendre le vexe un moment ;
Mais tandis que la Réprobation résonne autour de lui,
Il tourne un visage vif, sans trouble,
Vers son foyer, vers le besoin pressant des choses.

Esclave, illogique, joyeux,
Il salue les Dieux embarrassés, sans crainte
De serrer la main de fer du Destin
Ou de défier la Destinée pour quelques bières.

Voici, imperturbable, il gouverne,
Négligé, déshonoré, immense —
Et, de la gueule de toutes les écoles,
Je le sauverai finalement !

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Traduction de Jules Castiers, Les Sept mers. Louis Conard 1920


L’AMERICAIN
L’esprit de l’Amérique :
"  Que le meneur mené m’appelle grève,
Que les journaux me dénomment combats,
Ils savent mal tout l’aspect de mon rêve
Ni quel grand dieu j’incarne de là-bas"

Par les chemins où j'observe sa vie,
Il va, vêtu d'un manteau mondial ;
Il est le Fou de sa seule Folie,
Dont il applique le Texte final.

Au cœur, aux mains, c'est le Celte qui bouge,
En son cerveau, ses nerfs, c'est le Gaulois :
Aux prés mesquins qu'il conserve au Peau-Rouge,
Le monde entier semble avoir mis ses lois.

Du Labrador jusqu'à la Guadeloupe,
Son toit facile est prêt à tout accueil,
Tant que, chassé par une impure troupe
D'amis, il campe, en souffrance, en son seuil.

Froid, il dédaigne le fer, la couronne,
Ou, dans sa peur, il frappe aveuglément :
Il veut plier le monde qu'il ordonne, —
Ou mendier le bravo d'un moment ;

Ou, gris et triste, aux marchés, à la mine.
Il sacre Rois ses frères triomphants;
Ses mains sont noires de sang; — il fulmine
Devers des riens, ainsi que les enfants.

Mais, à travers son humeur si changeante,
Mon vieil humour est son baume vainqueur,—
Le démon cru qui, dans ses veines, chante,
En le raillant des hâtes de son cœur ;

Qui lui fait fuir cette Loi qu'il a faite,
Qui lui fait faire la Loi dont il fuit,
Tant qu'assailli par le doute, il apprête
Ses lourds canons—où nul doute ne luit:

Qui le retient dans sa fureur cabrée,
Qui rit, au fond de sa colère en feu,
Qui sait dorer sa tristesse embourbée,
Mais obscurcit jusqu'au but de son vœu ;

L' âcre gaîté cruelle, asiatique,
Rauque, importune, et qui le laisse bien
Insouciant chez ses morts qu'il pratique,—
Un vrai scandale à tout le monde ancien.

Comment peut-il se disculper, prétendre
A sa défense, à votre tribunal,—
Frère muré dans sa langue moins tendre,
Sans interprète à son parler brutal ?

Votre dédain, certe, un instant le crible ;
Mais, l'anathème encor tout rugissant,
Il voit déjà, d'un œil sûr, impassible,
Et chaque chose, et son besoin pressant.

Fier, exalté, mais illogique, esclave,
Aux dieux gênés il fait l'ovation ;
La main de fer du Destin, il la brave,
Le défiant pour sa libation.

Il règne, seul, et sans nuls protocoles,
Raillé, sans soin, immense et déploré,—
Et, sous les yeux de toutes les écoles,
C'est moi—c'est moi qui le rachèterai !


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An American

The American Spirit speaks :

If the Led Striker call it a strike,
Or the papers call it a war,
They know not much what I am like,
Nor what he is, my Avatar.

Through many roads, by me possessed,
He shambles forth in cosmic guise;
He is the Jester and the Jest,
And he the Text himself applies.

The Celt is in his heart and hand,
The Gaul is in his brain and nerve;
Where, cosmopolitanly planned,
He guards the Redskin’s dry reserve.

His easy unswept hearth he lends
From Labrador to Guadeloupe;
Till, elbowed out by sloven friends,
He camps, at sufferance, on the stoop.

Calm-eyed he scoffs at sword and crown,
Or panic-blinded stabs and slays:
Blatant he bids the world bow down,
Or cringing begs a crust of praise;

Or, sombre-drunk, at mine and mart,
He dubs his dreary brethren Kings.
His hands are black with blood—his heart
Leaps, as a babe’s, at little things.

But, through the shift of mood and mood,
Mine ancient humour saves him whole—
The cynic devil in his blood
That bids him mock his hurrying soul;

That bids him flout the Law he makes,
That bids him make the Law he flouts,
Till, dazed by many doubts, he wakes
The drumming guns that—have no doubts;

That checks him foolish—hot and fond,
That chuckles through his deepest ire,
That gilds the slough of his despond
But dims the goal of his desire;

Inopportune, shrill-accented,
The acrid Asiatic mirth
That leaves him, careless ’mid his dead,
The scandal of the elder earth.

How shall he clear himself, how reach
Your bar or weighed defence prefer?
A brother hedged with alien speech
And lacking all interpreter.

Which knowledge vexes him a space;
But while Reproof around him rings,
He turns a keen untroubled face
Home, to the instant need of things.

Enslaved, illogical, elate,
He greets th’ embarrassed Gods, nor fears
To shake the iron hand of Fate
Or match with Destiny for beers.

Lo, imperturbable he rules,
Unkempt, disreputable, vast—
And, in the teeth of all the schools,
I shall save him at the last!

2 réponses à « A.15.An American »

  1. […] à entendre la voix de l’ « American Spirit », déjà utilisée par Kipling dans le poème The American, pour souligner la contradiction américaine, à la fois impérialiste et isolationniste.Le mot […]

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