C.39. Cold Iron

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                                                            Fer Froid (1910)

The Delineator>Rewards and Fairies ( Présentation du recueil / Sommaire des poèmes)
Le poème porte le même nom que la nouvelle qu'il clôt. C'est la première nouvelle du recueil.
Comme dans Puck of Pook’s Hill, l’histoire commence à la Saint-Jean, moment de l’année où les frontières entre le monde des hommes et celui des fées s’estompent. Puck raconte cette fois-ci une histoire dont il est le protagoniste. Il a recueilli un enfant dont la mère est morte et l’a confié au roi des fées, Huon et à sa femme Esclairmonde pour qu’il grandisse dans le monde magique. Cependant il doit éviter tout contact avec le fer froid, antidote traditionnel à la magie, son premier contact avec cet élément déciderait de sa destinée. Un jour l’enfant trouve un anneau d’esclave et le met à son cou…
La nouvelle, assez sombre, évoque la fin du monde féérique par le fer, le poème introduit une perspective chrétienne en passant du fer destructeur au fer rédempteur.
Version chantée (je vous épargne la version Born again Christian, enrôler Kipling sous cette bannière est un contresens) Folk de Leslie Fish ,  souvent reprise.

Traductions :traduit en prose par J.et S Vallette, Hartmann 1935 (voir plus loin)
                    traduit en vers par J.C. Amalric, La Pléiade 3

                                 Fer Froid

« L'or est pour la Dame, l'argent pour la servante,
Le cuivre pour l'artisan habile dans son métier ! » 
« Bien ! » dit le Baron, assis dans sa grande salle,
« Mais le Fer—le Fer Froid—est le maître de tous. »

Alors il fit rébellion contre le Roi, son suzerain,
Campant devant sa citadelle et déclara le siège.
« Non ! » dit l'artilleur sur le mur du château,
Mais le Fer—le Fer Froid—sera le maître de vous tous ! »

Malheur au Baron et à ses chevaliers si forts,
Quand les cruels boulets de canon les abattirent tous ;
Il fut fait prisonnier, il fut réduit à la servitude,
Et le Fer—le Fer Froid— fut le maître de tout.

Et son Roi lui parla avec gentillesse (ah, quel Seigneur bienveillant !)
« Et si Je te libérais maintenant et te rendais ton épée ? »
« Non ! » répondit le Baron, « ne te moque pas de ma chute,
Car le Fer – le Fer Froid – est le maître de tous les hommes. »

« Les larmes sont pour les lâches, les prières pour les clowns,
Les cordes pour les cous stupides qui ne peuvent garder une couronne. »
« Ma perte est douloureuse, mon espoir est faible,
Car le Fer—le Fer Froid— doit être le maître de tous les hommes ! »

Mais son roi répondit (il y a peu de Rois comme lui !)
« Voici du Pain et voici du Vin—assieds-toi et soupe avec moi.
Mange et bois au nom de Marie, pendant que Je me souviens
Comment le Fer— le Fer Froid— peut être le maître de tous les hommes. »

Il prit le Vin et le bénit. Il bénit et rompit le Pain
De Ses propres Mains, Il Les servit, aussitôt Il dit :
« Voyez ! Ces Mains qu'ils ont percées de clous, hors des murs de Ma ville,
Montrent que le Fer—le Fer Froid— est le maître de tous les hommes. »

« Les blessures sont pour les désespérés, les coups sont pour les forts.
Le baume et l'huile sont pour les cœurs fatigués, tous tailladés et meurtris par l'injustice.
Je pardonne ta trahison—Je rachète ta chute
Car le Fer—le Fer Froid—doit être le maître de tous les hommes ! »

« Les couronnes sont pour les vaillants— les sceptres pour les audacieux !
Les trônes et les pouvoirs pour les hommes puissants qui osent prendre et garder ! »
« Non ! » dit le Baron, agenouillé dans sa salle,
« Mais le Fer—le Fer Froid,— est le maître de tous les hommes !
Le fer du Calvaire est le maître de tous les hommes ! »

                                                  §§§§§§§§§§§§

Retour de Puck, Le fer froid traduit en prose par J.et S. Vallette, Hartmann 1935


Pour la dame l'Or - l'argent à la fille ! Cuivre pour le fèvre à son établi » —  « Bon ! dit le Baron, sis dans sa grand salle, le Fer Froid - Le Fer - c'est leur maitre à tous!»
Adonc il assaut le bon Roi son maître, à son château-fort il a mis le siège. Sur
la citadelle dit le canonnier :«Le Fer Froid - le Fer - vous va maîtriser ! »
Male heure au Baron, aux preux chevaliers, quand les durs boulets tous les ont couchés ! Il fut pris captif, jeté-z-en servage, le Fer Froid - le Fer - en eut l'avantage !
Mais dit le bon Roi (voyez Sa clémence !) : « Veux-tu ton épée et la liberté ? » - « Ha, dit le Baron, ne me raille mie : le Fer Froid - le Fer- nous commande à tous. »
« Larmes au couard, prière au manant; et la hart au sot qui perd la caboche. » - J'ai fait grande perte et j'ai peu d'espoir, le Fer Froid - le Fer - doit plier son homme ! »
Mais le Roi répond ( en est peu de tels !) : « J'ai le Pain, le Vin : sieds-toi, viens souper. Au nom de Marie, mange et bois : je sais que le Fer Froid - le Fer - peut vaincre un chacun!»
Il bénit le Vin, le Pain qu'il rompit. De sa main les sert, et bientôt leur dit : « Voyez donc ces Mains, de leurs clous percées, le Fer Froid - le Fer - nous commande à tous ! >
«  Plaie au téméraire, horions aux forts, huile et baume au coeur tout dolent de torts. Je t'absous, félon, je paye pour toi - le Fer Froid - le Fer - maitriser nous doit !,
« Couronne au vaillant et sceptre au hardi ! Trône au fort qui ose et prendre et teni'». - « Hé ! ce dit le chátelain à genoux : le Fer Froid - le Fer - nous commande à tous ! Le Fer du Calvaire nous commande à tous ! »

                                                       §§§§§§§§§§§§


                                 Cold Iron
1
"Gold is for the mistress–silver for the maid"–
Copper for the craftsman cunning at his trade!" 
"Good!" said the Baron, sitting in his hall,
"But Iron–Cold Iron–is master of them all."
2
So he made rebellion 'gainst the King his liege,
Camped before his citadel and summoned it to siege.
"Nay!" said the cannoneer on the castle wall,
"But Iron–Cold Iron–shall be master of you all!"
3
Woe for the Baron and his knights so strong,
When the cruel cannon-balls laid 'em all along;
He was taken prisoner, he was cast in thrall,
And Iron–Cold Iron–was master of it all.
4
Yet his King spake kindly (ah, how kind a Lord!)
"What if I release thee now and give thee back thy sword?"
"Nay!" said the Baron, "mock not at my fall,
For Iron–Cold Iron–is master of men all."
5
"Tears are for the craven, prayers are for the clown
Halters for the silly neck that cannot keep a crown."
"As my loss is grievous, So my hope is small,
For Iron–Cold Iron–must be master of men all!"
6
Yet his King made answer (few such Kings there be!)
"Here is Bread and here is Wine–sit and sup with me.
Eat and drink in Mary's Name, the whiles I do recall
How Iron–Cold Iron–can be master of men all."
7
He took the Wine and blessed it. He blessed and brake the Bread
With His own Hands He served Them, and presently He said:
"See! These Hands they pierced with nails, outside My city wall,
Show Iron–Cold Iron–to be master of men all."
8
"Wounds are for the desperate, blows are for the strong.
Balm and oil for weary hearts all cut and bruised with wrong.
I forgive thy treason–I redeem thy fall
For Iron–Cold Iron–must be master of men all!"
9
'Crowns are for the valiant–sceptres for the bold!
Thrones and Powers for mighty men who dare to take and hold!'
"Nay!" said the Baron, kneeling in his hall,
"But Iron–Cold Iron–is master of men all!
Iron out of Calvary is master of men all!"

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