Le faussaire (1931)
(À chanter par les ignorants sur l’air de « King John
and the Abbot of Canterbury», et par les savants sur
« Tempest-o-brewing »)
The Story-Teller > Limits and Renawals
Publié avec la nouvelle A Naval Mutiny.
Titres alternatifs Shakespeare and The Tempest, The Vision of the Enchanted Island, The Birth of the tempest.
Ces titres sont les premiers éléments d’un jeu de piste, d’un réseau de sens intertextuel autour de Shakespeare, de La Tempête et de la création littéraire.
Les éléments sont :
— La pièce de Shakespeare The Tempest avec le motif de l’île enchantée, et du magicien, et la deuxième chanson du sous-titre, qui n'existe pas mais qui renvoie à
: “Here’s neither bush nor shrub to bear off any weather at all, and another storm brewing; I hear it sing i’ th’ wind. »The Tempest de Shakespeare, Acte II, Scène II.= « Il n’y a ni buisson ni arbuste pour se protéger d’aucune intempérie, et une autre tempête se prépare ; je l’entends chanter dans le vent. »
— un article de Kipling paru en 1898 How Shakespeare came to write The Tempest. A partir de la question : où Shakespeare avait-il trouvé l’inspiration pour cette étrange pièce ? Kipling fait l’hypothèse qu’elle est basée sur un fait réel : un amiral naufragé sur une île des Bermudes qu’il avait visité en 1894. Il pense que Shakespeare avait pu en recueillir les détails auprès d’un marin ivre.
—Un poème : The Coiner 1931 qui porte plusieurs titres explicites qui réunissent Shakespeare, l’île, et l’origine de la Tempête, un sous-titre énigmatique évoquant deux chansons l’une existante pour les ignorants, qui parle d’énigmes résolues, l’autre inventée pour les "savants" mais qui renvoie à l’origine d’une tempête/ de La Tempête. Le titre définitif est au départ moins clair : le faussaire/faux monnayeur qui est en fait Shakespeare transformant les divagations de marins ivres en matière précieuse qu’il répand sur le « globe » nom de son théâtre, reprenant la métaphore de l’écrivain transmuant la réalité triviale en fiction, nouveau Prospero maître des illusions et de «l «étoffe dont les rêves sont faits »(IV,1). Cependant, Kipling trente ans après cet article fait encore « travailler" la métaphore : l’écrivain enchanteur n’est plus un démiurge tout puissant mais un faux monnayeur. Et le poème ouvre sur une nouvelle mise en scène ironique :
—A Naval Mutiny nous conduit à nouveau sur une Île des Bermudes sur laquelle un marin bavard raconte une histoire de mutinerie navale menée par des perroquets...
Ce réseau mériterait sans doute plus que cette simple exposition mais dépasserait ( et dépasse déjà le cadre qui est le mien. Cf The Young Man at Sea : Shakespeare's Hope of a Dry Death, Paul J.C.M Franssen Shakespeare Seminar 2011.
Le sous-titre présente donc un vraie chanson : King John and the Abbott of Canterbury vieille ballade populaire (Child Ballad n° 45), morale et satirique dans laquelle un berger rusé répond aux énigmes d’un Roi. ( texte en anglais)
Version chantée par Peter Bellamy (traditionnel)
Traduction La pléiade , tome 4
Bossman : équivalent d’un quartier-maitre.
« Tirer les tripes d’un ours » j’ai conservé la métaphore qui peut se comprendre comme « une histoire à faire frémir les plus courageux »
Le Faussaire
Nous avons fait naufrage dans les Bermudes, d’où
Ce Capitaine, ce Mousse, ce Bossman et moi-même
(Notre pinasse et notre équipage ayant péri en mer)
Devons à nouveau mendier notre pain à travers la vieille Angleterre.
Refrain
Pour un morceau à manger, un peu à boire et un lit de paille propre
Nous vous raconterons des merveilles que nul homme n'a jamais vues,
Sur une île magique que personne n'a jamais aperçue,
À l'exception de ce Capitaine, ce Mousse, ce Bossman et moi-même.
Sept mois parmi les Sirènes, les Démons et les Esprits,
Et les Voix qui hurlent dans les cèdres la nuit,
Avec d'autres enchantements que nous avons subis là-bas.
Messieurs, c'est une histoire à faire tirer les tripes d’un ours !
Entre Douvres et Southwark, cela nous a payé le voyage,
Où nous avons trouvé de pauvres comédiens qui répétaient une pièce ;
Et, désireux de découvrir de quoi il s'agissait,
Nous sommes entrés dans la cour, pour écouter et regarder.
L'un d'eux nous interpella comme marins et, courtoisement,
Nous emmena à l’écart dans une taverne voisine
Où nous lui racontâmes notre histoire (comme à beaucoup d’autres dernièrement),
Comme il nous donna bon accueil alors nous lui donnâmes bonne mesure.
Du punch et de la gnôle sur des ventres bien remplis
De bœuf et de boudin noir fortifient l'esprit ;
Et le voyant avide de merveilles, enfin
Nous glissâmes de la vérité salée aux plats racontars.
Mais lui, lorsqu'il a payé notre note à minuit,
A dit : « Ne comparez jamais vos pièces avec un faussaire de métier,
Ou il transformera vos pièces de plomb en un métal aussi rare
Qu'il en remplira le globe, et il en restera encore... »
Nous avons dormi là où ils nous avaient couchés, et quand nous nous sommes réveillés,
Il y avait une couronne ou cinq shillings dans la poche de chacun.
Nous les avons mordus et faites sonner, et, les trouvant bonnes,
Nous avons bu à la santé de ce faussaire comme des hommes honnêtes le devraient !
Pour un verre, une croûte de pain, une botte de paille etc.. (refrain)
The Coiner
(to be sung by the unlearned to the tune of “King John
and the Abbott of Canterbury”, and by the learned to
“Tempest-o-brewing”)
1
Against the Bermudas we foundered, whereby
This Master, that Swabber, yon Bo’sun, and I
(Our pinnace and crew being drowned in the main)
Must beg for our bread through old England again.
Refrain
For a bite and a sup, and a bed of clean straw
We’ll tell you such marvels as man never saw,
On a Magical Island which no one did spy
Save this Master, that Swabber, yon Bo’sun, and I.
2
Seven months among Mermaids and Devils and Sprites,
And Voices that howl in the cedars o’ nights,
With further enchantments we underwent there.
Good Sirs, ’tis a tale to draw guts from a bear!
3
’Twixt Dover and Southwark it paid us our way,
Where we found some poor players were labouring a play;
And, willing to search what such business might be,
We entered the yard, both to hear and to see.
4
One hailed us for seamen and courteous-ly
Did take us apart to a tavern near by
Where we told him our tale (as to many of late),
And he gave us good cheer, so we gave him good weight.
5
Mulled sack and strong waters on bellies well lined
With beef and black pudding do strengthen the mind;
And seeing him greedy for marvels, at last
From plain salted truth to flat leasing we passed.
6
But he, when on midnight our reckoning he paid,
Says, ‘Never match coins with a Coiner by trade,
Or he’ll turn your lead pieces to metal as rare
As shall fill him this globe, and leave something to spare. . . .’
7
We slept where they laid us, and when we awoke
’Was a crown or five shillings in every man’s poke.
We bit them and rang them, and, finding them good,
We drank to that Coiner as honest men should!
For a cup and a crust, and a truss, etc.
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