C.35. The Clerks and the Bells

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                                                Les étudiants et les cloches (1920)


Nash’s et Metropolitan Magazine > Inclusive verse
Le thème du retour aux études des jeunes soldats après la guerre est également traité dans le poème : The Scholars. Ces étudiants ont sans doute l’âge du fils de Kipling, porté disparu sur le front en 1916.
Clerk renvoie ici à un étudiant de Cambridge ou d’Oxford (Oxenford : référence à Chaucer), Clerk pouvant signifier des études classiques ou religieuses.
Oxford et son cadre rassurant est le miroir inversé de la guerre et des tranchées. Le va-et-vient incessant renforcé par le vers en italique de chaque strophe rend de moins en moins probable la « joie » de ces étudiants survivants.
"jeûne de trois jours": manque de ravitaillement pendant les offensives.
"Sous verrou et barre" Les étudiants d'Oxford étaient soumis à un règlement et aux horaires d'un couvre-feu.


Les joyeux étudiants d'Oxenford s'étirent à leur aise,
Sans casque, sur la pelouse intacte, sous des arbres non flétris.
Car les feuilles, les feuilles sont sur les branches, l'écorce est sur le tronc,
Et à l'est et à l'ouest,  se dressent les maisons des hommes toutes intactes, avec leurs toits
(Les maisons des hommes ont des portes, des vitres, des planchers et restent intactes)
Et ainsi sonnent les cloches d'Oxenford : « C'est l'heure d'apprendre ! »

Les joyeux étudiants d'Oxenford lisent et on leur parle
D'hommes célèbres qui ont tiré l'épée dans les combats furieux d'autrefois.
Ils écoutent et notent fidèlement, mais jamais étudiant n'écrira
Quelle vision passe entre le livre et l'œil, issue d’un combat plus proche.
(Quelle supplication déchire l'âme ? Quels cris nocturnes se répètent ?)
Et ainsi sonnent les cloches d'Oxenford : « C'est l'heure de manger ! »

Les joyeux étudiants d'Oxenford s'assoient aussitôt
À de belles tables ornées d'argenterie et de nappes,
Libres de refuser ou de choisir avec délicatesse le plat qui leur semble bon ;
Car ils en ont fini avec les rations et les eaux rayées de sang...
(Ce jeûne de trois jours est terminé, depuis que tous ces canons ont dit « Non » !)
Et ainsi sonnent les cloches d'Oxenford : « C'est l'heure de jouer ! »

Les joyeux étudiants d'Oxenford se précipitent un par un
Ou se regroupent en compagnies pour aller à cheval, ramer ou courir
Le long des eaux, bordant des belles prairies toutes recouvertes d'or,
Où scintillent les libellules de juin qui s’entrechoquent, mais nul ne baisse la tête,
(Bien que les libellules de juin, rapides comme des balles, narguent l'air sans peur !)
Et ainsi, les cloches d'Oxenford sonnent : « C'est l'heure de prier ! »

Les pieux étudiants d'Oxenford s'agenouillent au crépuscule
Pour recevoir et croire pleinement la Parole de Celui Qui mourut.
Et, bien qu'aucune aile de la Mort ne plane affamée autour de ce lieu,
Leurs fronts reposent sur leurs mains afin que nul ne puisse voir leur visage.
(Qui a mis le monde de côté et est mort ? Quelle vie Lui plaira le plus ?)
Et ainsi sonnent les cloches d'Oxenford : « C'est l'heure de se reposer ! »

Les joyeux étudiants d'Oxenford se couchent sous verrou et barre,
De peur qu'ils ne fouillent les nuages de minuit ou ne poursuivent une étoile filante.
Craignant les amendes et les réprimandes redoutables, ils s'endorment pour une nuit entière,
Et quittent ce monde qu'ils avaient autrefois laissé aux hommes plus âgés.
(Qui marche dans les rêves, dans quelle forêt fantomatique, à la recherche d'un compagnon de jeu assassiné ?)
Jusqu'à ce que les cloches d'Oxenford sonnent à nouveau dans la lumière.
Une brise légère, des arbres intacts, et toutes les œuvres de Dieu restaurées —
Ainsi vivent les joyeux étudiants, les étudiants d’Oxenford.


                                     The Clerks and the Bells
1
The merry clerks of Oxenford they stretch themselves at ease
Unhelmeted on unbleached sward beneath unshrivelled trees.
For the leaves, the leaves, are on the bough, the bark is on the bole,
And East and West men’s housen stand all even-roofed and whole.
(Men’s housen doored and glazed and floored and whole at every turn!)
And so the Bells of Oxenford ring:—“Time it is to learn!”
2
The merry clerks of Oxenford they read and they are told
Of famous men who drew the sword in furious fights of old.
They heark and mark it faithfully, but never clerk will write
What vision rides ’twixt book and eye from any nearer fight.
(Whose supplication rends the soul? Whose night-long cries repeat?)
And so the Bells of Oxenford ring:—“Time it is to eat!”
3
The merry clerks of Oxenford they sit them down anon
At tables fair with silver-ware and naperies thereon,
Free to refuse or dainty choose what dish shall seem them good;
For they have done with single meats, and waters streaked with blood . . .
(That three days’ fast is overpast when all those guns said “Nay”!)
And so the Bells of Oxenford ring:—“Time it is to play!”
4
The merry clerks of Oxenford they hasten one by one
Or band in companies abroad to ride, or row, or run
By waters level with fair meads all goldenly bespread,
Where flash June’s clashing dragon-flies—but no man bows his head,
(Though bullet-wise June’s dragon-flies deride the fearless air!)
And so the Bells of Oxenford ring:—“Time it is for prayer!”
5
The pious clerks of Oxenford they kneel at twilight-tide
For to receive and well believe the Word of Him Who died
And, though no present wings of Death hawk hungry round that place,
Their brows are bent upon their hands that none may see their face—
(Who set aside the world and died? What life shall please Him best?)
And so the Bells of Oxenford ring:—“Time it is to rest!”
6
The merry clerks of Oxenford lie under bolt and bar
Lest they should rake the midnight clouds or chase a sliding star.
In fear of fine and dread rebuke, they round their full-night sleep,
And leave that world which once they took for older men to keep.
(Who walks by dreams what ghostly wood in search of play-mate slain?)
Until the Bells of Oxenford ring in the light again.
Unburdened breeze, unstricken trees, and all God’s works restored—
In this way live the merry clerks,—the clerks of Oxenford.

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