Choléra au camp (1896)
(Infanterie en Inde)
McClure’s Magazine > The Seven Seas
Le poème se rattache aux Barrack-Room Ballads : même description de la vie militaire par un soldat, même souci de faire entendre sa voix, ses mots, ses intonations populaires difficilement traduisibles. Comme pour les autres poèmes de ce style et faute de pouvoir le restituer complètement, j’ai choisi de ne pas trop le souligner.
La pièce de Bertold Brecht Mann isnt Mann (1925 puis modifié en 1938 après la victoire des nazis) s’inspire des Barrak-Rooms Ballads, et peut-être particulièrement de Choléra Camp, pour décrire la vie d’un docker devenu soldat de l’armée britannique aux Indes et sa déshumanisation progressive par conformisme.
Les " marches évoquées" dans ce poème peuvent être lues à la lumière du poème Boots, qui décrit l’état proche de la folie dans lequel elles mettaient les soldats.
Le choléra est encore une maladie "active" au XIXe, en Inde et même en Angleterre. La bactérie se propage majoritairement par l'eau contaminée, mais à l époque on croit plutôt à sa propagation dans l’air et par un refroidissement de l’estomac.
La chanson connait de multiples reprises : Peter Bellamy (traditionnel), Jon Boden (folk), Bellowhead (Chorale)
"l'cholera" traduction de "cholerer", exemple d'orthographe qui marque le niveau social des locuteurs des Barrack-Room Ballads. Autres exemples dans ce poème : "Isrulites, Gawd(God) 'Orspital, Catholiks" Le narrateur est ici un Anglican dans un régiment où l'on trouve aussi des irlandais (catholiques)
"Brousse" : traduction de "wilderness", référence biblique à l'errance des juifs pendant 40 ans. "Wilderness" renvoyant au désert comme à la nature sauvage.
"nous soulager" traduction de "comforts" qui désigne ici toutes les petites choses qui peuvent améliorer la vie de ses soldats.
"seulement huit par rang à la manoeuvre" : il n'y a plus assez de soldats pour faire l'exercice dans les règles.
"Ta-ra-ra Boom-der-ay" : Chanson populaire de Music-Hall.
Cholera au camp
(Infanterie en Inde)
On a l’choléra au camp — c’est pire que quarante combats ;
On crève dans la brousse pareil que des Israélites ;
C’est d'vant nous, et derrière nous, et on peut pas s'en tirer
Et le docteur vient juste de dire qu’on en a dix de plus ce matin !
Refrain
Oh, pliez le camp et partez, l’clairon sonne l'appel,
Les Pluies tombent —
Les morts sont couverts de branches et de pierres pour les protéger ;
La bande fait tout ce qu'elle peut pour nous remonter le moral ;
L'aumônier est allé prier Dieu de nous entendre —
De nous entendre —
Ô Seigneur, car ça nous tue !
Depuis août, quand ça a commencé, ça nous colle aux basques,
Bien qu'ils nous aient fait marcher et qu'ils nous aient ramenés en train ;
Mais ça court aussi vite que les trains et on peut pas s’échapper ;
Et le rapport des malades au colonel fait dix noms de plus aujourd'hui.
Y a plus de plaisir avec femmes , et rien de brutal à boire ;
Y fait beaucoup trop moite pour tirer, on peut que marcher et réfléchir ;
Et le soir, dans les ravins, on entend les chacals dire :
« Levez-vous, mendiants pourris, vous en avez dix de plus aujourd'hui ! »
Ça f’rait tousser un singe de voir notre façon d’ faire :
Des lieutenants qui commandent des compagnies, des capitaines envolés,
Et des caporaux font les sergents— seulement huit par rang à la manoeuvre—
Car on a beaucoup de promotions rapides avec dix morts par jour !
Notre colonel est blême et tremblant — y dort pas et mange pas,
Mais y traîne dans l'hôpital où il ne sert à rien.
Y nous envoie de quoi nous soulager, tout acheté avec sa solde,
Mais il n'y a pas beaucoup de réconfort avec dix morts par jour.
Notre aumônier a un banjo et une mule maigre qu'il monte,
Et c'qu'il nous raconte et nous chante, Seigneur, ça nous fait mal aux côtes de rire !
Avec ses pans de manteau noirs qui battent sur Ta-ra-ra Boom-der-ay !
C'est le Padre idéal pour dix morts par jour.
Et l'Père Victor l'aide avec nos Catholiques Romains—
Y connaît plein de chansons irlandaises et des drôles de tours de passe-passe ;
Et les deux y travaillent ensemble quand il s'agit de jouer ou de prier.
Alors on continue à faire tourner la baraque avec dix morts par jour.
Nous avons le choléra dans le camp —bien tassé et corsé ;
C''est pas un repas de Noël, mais c'est servi et on doit manger.
On a dépassé la trouille, car on a compris que ça ne sert à rien,
Et on tourne dans le District avec dix morts par jour !
2nd refrain
Alors pliez camp et partez —la pluie tombe,
Le clairon sonne !
Les morts sont couverts de branches et de pierres pour les protéger ;
Et ceux à qui ça n’plait n’ont qu'à faire avec,
Et ceux qui ne l'supportent pas peuvent sauter le pas ;
On doit mourir quelque part—d’une façon— ou d'une autre—
Autant commencer dès maintenant !
Alors, Numéro Un, abaisse lentement le mât de la tente,
Enfonce les piquets et tiens les coins—comme ça !
Plie les toiles, enroule les cordes et range tout !
Oh, plie, oh, plie le camp et pars !
(Que Dieu nous aide !)
Cholera Camp
(Infantry in India)
1
We've got the cholerer in camp—it’s worse than forty fights;
We’re dyin’ in the wilderness the same as Isrulites;
It’s before us, an’ be’ind us, an’ we cannot get away,
An’ the doctor’s just reported we’ve ten more to-day!
Refrain
Oh, strike your camp an’ go, the Bugle’s callin’,
The Rains are fallin’—
The dead are bushed an’ stoned to keep ’em safe below;
The Band’s a-doin’ all she knows to cheer us;
The Chaplain’s gone and prayed to Gawd to ’ear us—
To ’ear us—
O Lord, for it’s a-killin’ of us so!
2
Since August, when it started, it’s been stickin’ to our tail,
Though they’ve ’ad us out by marches an’ they’ve ’ad us back by rail;
But it runs as fast as troop-trains, and we cannot get away;
An’ the sick-list to the Colonel makes ten more to-day.
3
There ain’t no fun in women nor there ain’t no bite to drink;
It’s much too wet for shootin’, we can only march and think;
An’ at evenin’, down the nullahs, we can ’ear the jackals say,
“Get up, you rotten beggars, you’ve ten more to-day!”
4
’Twould make a monkey cough to see our way o’ doin’ things—
Lieutenants takin’ companies an’ captains takin’ wings,
An’ Lances actin’ Sergeants—eight file to obey—
For we’ve lots o’ quick promotion on ten deaths a day!
5
Our Colonel’s white an’ twitterly—’e gets no sleep nor food,
But mucks about in ’orspital where nothing does no good.
’E sends us ’eaps o’ comforts, all bought from ’is pay—
But there aren’t much comfort ’andy on ten deaths a day.
6
Our Chaplain’s got a banjo, an’ a skinny mule ’e rides,
An’ the stuff ’e says an’ sings us, Lord, it makes us split our sides!
With ’is black coat-tails a-bobbin’ to Ta-ra-ra Boom-der-ay!
’E’s the proper kind o’ padre for ten deaths a day.
7
An’ Father Victor ’elps ’im with our Roman Catholicks—
He knows an ’eap of Irish songs an’ rummy conjurin’ tricks;
An’ the two they works together when it comes to play or pray;
So we keep the ball a-rollin’ on ten deaths a day.
8
We’ve got the cholerer in camp—we’ve got it ’ot an’ sweet;
It ain’t no Christmas dinner, but it’s ’elped an’ we must eat.
We’ve gone beyond the funkin’, ’cause we’ve found it doesn’t pay,
An’ we’re rockin’ round the Districk on ten deaths a day!
2nd Refrain
Then strike your camp an’ go, the Rains are fallin’,
The Bugle’s callin’!
The dead are bushed an’ stoned to keep ’em safe below!
An’ them that do not like it they can lump it,
An’ them that cannot stand it they can jump it;
We’ve got to die somewhere—some way—some’ow—
We might as well begin to do it now!
Then, Number One, let down the tent-pole slow,
Knock out the pegs an’ ’old the corners—so!
Fold in the flies, furl up the ropes, an’ stow!
Oh, strike—oh, strike your camp an’ go!
(Gawd ’elp us!)
Une réponse à « C.28. Cholera Camp »
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[…] Army AgainBirds of Prey MarchSoldier an’ Sailor TooSappersThat DayThe Men That Fought at MindenCholera CampThe LadiesBill ’AwkinsThe Mother-LodgeFollow Me ’OmeThe Sergeant’s Weddin’The JacketThe […]
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