Le chant de Chil (1895)
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Le poème clôt la nouvelle Red Dog ( lien vers le poème liminaire Red Dog et la présentation de la nouvelle)
Chil est un milan, décrit ici comme un charognard, souvent traduit en francais par vautour et montré comme tel par Disney). La bataille entre les loups et les dholes ( chiens sauvages «rouges») a fait des victimes des deux côtés,dont Akela, attirant Chil et ses semblables. Kipling introduit son poème en le liant directement aux évènements qu’il vient de décrire.
Ce poème donne un bon exemple de l’usage que fait Kipling du tiret cadratin (em-dash) au dernier vers, qui change in extremis le sens de tout le poème.
J’ai traduit « hosts » par «invités» car Chil le Charognard a d'excellentes manières, Fabulet et D’Humières traduisent« les miens », et Jaudel « mes troupes », ce qui est plus explicite.
Traductions :Traduction de L.Fabulet et R.D’Humières. Chien Rouge. Le Second Livre de la Jungle 1889 (voir plus bas) (song = Chanson)
: Traduction de P. Jaudel, La Pléiade 3, 1992, p.598 (song = Chant)
Sambhur : Sambar, un des plus grands cervidés.
Le chant de Chil
C'est le chant de Chil quand les milans plongent l’un après l’autre sur les berges de la rivière, quand le grand combat fut terminé. Chil est l'ami de tous mais c’est une créature à sang froid car il sait que presque tout le monde dans la jungle, tôt ou tard finit par venir à lui.
Ceux-ci étaient mes compagnons qui sortaient la nuit —
(Pour Chil ! Ecoutez, pour Chil !)
Voici que je viens leur siffler la fin du combat.
(Chil ! Eclaireurs de Chil !)
Ils m'ont annoncé d'en haut une proie fraîchement abattue,
Je leur ai annoncé d’en bas un cerf dans la plaine.
Voici la fin de toutes les pistes — ils ne parleront plus jamais !
Ceux qui lancèrent le cri de chasse, ceux qui suivirent rapidement,
(Pour Chil ! Ecoutez, pour Chil !)
Ceux qui ont forcé le sambhur à virer ou l'ont bloqué au passage ,
(Chil ! Eclaireurs de Chil !)
Ceux qui trainaient après l'odeur, ceux qui ont couru devant,
Ceux qui ont évité les cornes dressées, ceux qui l’ont forcé.
C'est ici la fin de toutes les pistes, ils ne suivront plus jamais
Ceux-là étaient mes compagnons. Hélas, ils sont morts !
(Pour Chil ! Ecoutez, pour Chil !)
Maintenant, je viens consoler ceux qui les ont connus dans leur fierté.
(Chil ! Eclaireurs de Chil !)
Flanc déchiqueté et œil cave, bouche ouverte et rouge,
Raidis, décharnés et esseulés, ils gisent, les morts sur leurs morts.
C'est ici la fin de toute piste — et maintenant mes invités sont rassasiés.
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Traduction de L.Fabulet et R.D’Humières. Chien Rouge. Le Second Livre de la Jungle 1889
LA CHANSON DE CHIL
Ceci est la chanson que Chil chanta comme les milans se laissaient tomber l’un apès l’autre au lit de la rivière quand eut pris fin le grand combat. Chil est l’ami de tout le monde, mais, au fond du cœur son sang est de glace parce qu'il sait que presque toutes les bêtes de la Jungle viennent à lui en fin de compte.
Ceux-là furent mes amis dans les nuits de leur jeunesse,
(Chil ! Garde à vous ! Chil !)
Lors mon sifflet vient sonner le terme de leur prouesse.
(Chil ! Hérauts de Chil !)
D’en bas ils me signalaient les gibiers frais abattus,
Je guettais pour eux d’en haut daims en plaine — sûrs affûts,
C’est la fin de toute piste, ils ne m'appelleront plus.
Ceux qui menaient le pied chaud — ceux qui hurlaient à l’ouvrage,
(Chil ! Garde à vous ! Chil !)
Ceux qui, virant aux abois, clouaient la bête au passage,
(Chil ! Hérauts de Chil !)
Ceux qui précédaient le vent ou suivaient, lestes, recrûs,
Ceux qui forcaient l’Andouiller — ceux qui sautaient par dessus,
C’est la fin de toute piste ils n’en éventeront plus.
Ceux-là furent mes amis. Ils sont morts, c’est grand dommage !
(Chil ! Garde à vous ! Chil !)
Je viens les consoler qui les connus dans leur courage.
(Chil ! Hérauts de Chil !)
Gueule béante qui saigne, œil sombré, flancs décousus,
délaissés, mêlés et las, las vainqueurs sur les vaincus
C’est la fin de toute piste — et les miens sont repus.
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Chil’s Song
This is the song that Chil sang
as the kites dropped
down one
after another to the river-bed,
when the great fight was finished.
These were my companions going forth by night—
(For Chil! Look you, for Chil!)
Now come I to whistle them the ending of the fight.
(Chil! Vanguards of Chil!)
Word they gave me overhead of quarry newly slain,
Word I gave them underfoot of buck upon the plain.
Here's an end of every trail—they shall not speak again!
They that called the hunting-cry—they that followed fast—
(For Chil! Look you, for Chil!)
They that bade the sambhur wheel, or pinned him as he passed—
(Chil! Vanguards of Chil!)
They that lagged behind the scent—they that ran before,
They that shunned the level horn—they that overbore.
Here's an end of every trail—they shall not follow more.
These were my companions. Pity 'twas they died!
(For Chil! Look you, for Chil!)
Now come I to comfort them that knew them in their pride.
(Chil! Vanguards of Chil!)
Tattered flank and sunken eye, open mouth and red,
Locked and lank and lone they lie, the dead upon their dead.
Here's an end of every trail—and here my hosts are fed.
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