D.40. The Duch in the Medway

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                            Les Hollandais sur la Medway ( 1911)

A School History of England
Chapitre IX : La chute des Stuarts et la Révolution
Le poème se situe dans le cadre des guerres avec la Hollande, puissance navale concurrente de l’Angleterre. Il évoque plus précisément une défaite cuisante et une humiliation : En 1667, la marine hollandaise attaque audacieusement le chantier naval de Chatham sur la Medway dans l’estuaire de la Tamise. De nombreux navires anglais sont détruits et les Hollandais repartent avec le navire amiral: le Royal Charles.
En reprenant cet épisode dû à la négligence de Charles II qui avait désarmé une partie de la flotte, Kipling dénonce le tort anglais de ne pas assez se soucier de ses forces armées, sa marine en particulier, et de ses marins. En 1911, le poème évoque le passé pour mieux avertir sur le présent.
Ce poème fait partie de la sélection de poème par T.S Eliot
Traduction : en vers rimés par J.Castier, Kipling, poèmes choisis par T.S.Eliot, Robert Laffont, 1949.( voir plus bas)
Version shanty chantée par Peter Bellamy, Folk par Dave Webber & Anni fentiman ou plus récent par Doug Eunson et Sarah Matthews.

Etoupe/Calfat : matériau pour combler les fissures et les fuites des coques / Marin spécialisé dans cette opération.
Whitehall : Palais Royal à cette époque.
Vendre la Tamise : allusion à la vie dissolue de Charles II qui ne vendit pas la Tamise mais Dunkerque en 1662.
De Ruyter : Amiral Hollandais

                                   Les Hollandais sur la Medway
                                                  (1664-72)

Si les guerres se gagnaient par les festins,
   Ou la victoire par le chant,
Ou si la sécurité se trouvait dans un sommeil profond,
   Comme l'Angleterre serait forte !
Mais l'honneur et la domination
   Ne se maintiennent pas ainsi.
On ne les obtient que par l'épée et le feu
  Et cela les Hollandais le savent !

L'argent qui devrait nous nourrir,
   Vous le dépensez pour votre plaisir,
Comment pouvez-vous alors avoir des marins
   pour vous aider dans votre combat ?
Notre poisson et notre fromage sont pourris,
   ce qui favorise le scorbut –
Nous ne pouvons pas vous servir si nous mourons de faim,
  Et cela les Hollandais le savent !

Nos navires, dans chaque port,
   Ne sont ni intacts ni en bon état,
Et, quand nous cherchons à colmater une fuite,
   On ne trouve pas d’étoupe ;
Ou, s’il y en a, les calfats,
   Et les charpentiers aussi,
Faute de salaire, sont partis,
Et cela les Hollandais le savent !

De la simple poudre, des fusils et des balles,
   Nous pouvons à peine en obtenir ;
Leur prix a été dépensé en réjouissances
   Et en festivités à Whitehall,
Tandis que nous, en pourpoints en lambeaux,
   Devons ramer de navire en navire,
Suppliant nos amis de nous donner des miettes –
   Et cela les Hollandais le savent !

Aucun Roi ne tiendra compte de nos avertissements,
   Aucune Cour ne paira nos reclamations –
Notre Roi et sa Cour, pour leur divertissement,
   Vendent la Tamise elle-même !
Car, à présent, les huniers de De Ruyter
   Se profilent au large de Chatham sans défense,
Nous n'osons pas l'affronter avec notre flotte –
  Et cela les Hollandais le savent !

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Traduction : en vers rimés par J.Castier, Kipling, poèmes choisis par T.S.Eliot, Robert Laffont, 1949.

              LES HOLLANDAIS DANS LA MEDWAY
                             (1664-1672)

Si l'on gagnait la guerre en festoyant gaiement,
          Ou par des chansons, la victoire,
Si l'on trouvait salut dans le sommeil, sans plus,
          Que l'Angleterre aurait de gloire!
Mais l'honneur et le rang de la suprématie
          Point ainsi ne se font esclaves.
Seuls les ont agrippés les boulets et l'épée, —
          Et ça, les Hollandais le savent !

L'argent qu'il eût fallu pour nous nourrir vraiment,
          Le dépensez à vos ripailles ;
Comment avoir, alors, des marins fiers et forts
          Pour vous aider dans vos batailles?
Le poisson, le fromag', qu'on nous sert, sont pourris,
          Et le scorbut nous fait entrave.
Tout service est bien vain, si nous crevons de faim, —
         Et ça, les Hollandais le savent !

Nos bateaux, on les voit dans chacun de nos ports,
          En triste état, de proue à poupe.
Mais si, par des bardeaux, aveuglons les voies d’eau,
          On ne peut pas trouver d'étoupe;
Ou encor, s'il en est, les calfats sont partis,
          Avec les charpentiers bien braves:
Par manque de salaire, ils s'en vont fair' lanlaire, —
         Et ça, les Hollandais le savent!

La poudre, les canons, les boulets et les balles,
          N'en touchons guère, par ma foi :
Leur prix fut dépensé en plaisirs insensés
          A Whitehall, au palais du Roi,
Cependant que, vêtus de pourpoints en haillons,
          Ramons d'étraves en étraves,
Mendiant des débris auprès de nos amis, —
         Et ça, les Hollandais le savent !

Le Roi n'écoute point nos avertissements,
          La Cour n'a notre plainte admise;
Notre Roi, notre Cour, pour leurs plaisirs d'un jour,
          Vendraient sans honte la Tamise!
Les voiles de Ruyter au large de Chatham
          Paraiss’nt,— avant-coureurs bataves;
Pour foncer, notre flotte est vraiment trop falote, —
          Et ça, les Hollandais le savent !


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The Dutch in the Medway

If wars were won by feasting,
   Or victory by song,
Or safety found in sleeping sound,
   How England would be strong!
But honour and dominion
   Are not maintained so.
They're only got by sword and shot,
   And this the Dutchmen know!

The moneys that should feed us
   You spend on your delight,
How can you then have sailor-men
   To aid you in your fight?
Our fish and cheese are rotten,
   Which makes the scurvy grow–
We cannot serve you if we starve,
   And this the Dutchmen know!

Our ships in every harbour
   Be neither whole nor sound,
And, when we seek to mend a leak,
   No oakum can be found;
Or, if it is, the caulkers,
   And carpenters also,
For lack of pay have gone away,
  And this the Dutchmen know!

Mere powder, guns, and bullets,
   We scarce can get at all;
Their price was spent in merriment
   And revel at Whitehall,
While we in tattered doublets
   From ship to ship must row,
Beseeching friends for odds and ends–
   And this the Dutchmen know! 

No King will heed our warnings,
   No Court will pay our claims–
Our King and Court for their disport
   Do sell the very Thames!
For, now De Ruyter's topsails
   Off naked Chatham show,
We dare not meet him with our fleet–
  And this the Dutchmen know!

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