C.21. Children

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                                                           Les enfants (1917)

A diversity of Creatures >Sussex Edition
Le fils de Kipling, John, lieutenant dans les Irish Guards, incorporé malgré sa myopie grâce aux relations, et à l'insistance, de son père fut tué en 1915 à Loos-en-Gohelle. Son corps ne fut pas retrouvé malgré les recherches.


« cruauté» traduction approximative de « malice » dont le sens originel lié au mal et à l’intention de nuire ou de tromper s’est estompée en francais pour signifier une simple «espièglerie». Or c’est bien de cruauté dont Kipling accuse le « Ciel » au moment de décrire la mort des "enfants" dans une description particulièrement cruelle des tranchées. Difficile de ne pas y lire la propre expiation impossible de Kipling tant deux ans après le drame il évoque en termes si crus les images qui doivent le hanter.


Traductions : André Chevrillon : La poésie de Rudyard Kipling ,La Revue des Deux Mondes, 1920
Victor Glachant, Etude sur Rudyard Kipling : chantre de la Grande Guerre (1914-1918), 1922.(Traduction partielle voir plus loin).


Ce sont nos enfants qui moururent pour nos terres : ils étaient chers à nos yeux.
Il ne nous reste que le souvenir, trésor de la maison, de leurs paroles et de leurs rires.
Le prix de notre perte sera payé de nos mains, et non par celles d'un autre à l’avenir.
Ni Etranger ni Prêtre n'en décideront. C'est notre droit.
Mais qui nous rendra les enfants ?

À l'heure où le Barbare choisit de dévoiler ses prétentions,
Et se retourna contre l'Humanité, la poitrine nue pour nous, ils s'offrirent
Au premier coup d’épée félon qu'il avait préparé depuis longtemps pour nous.
Leurs corps furent toute notre défense pendant que nous construisions nos défenses.

Ils nous ont rachetés de leur sang, s'abstenant de nous blâmer,
Ces heures que nous n'avions pas bien utilisées lorsque le Jugement nous a surpris.
Ils nous ont crus et ont péri pour cela. Notre politique, notre savoir
Les ont livrés liés à l’Abîme et vivants aux flammes.
Où ils se sont précipités joyeusement, se bousculant pour l'honneur.
Depuis sa naissance, notre Terre n'avait jamais vu une telle valeur se déchaîner sur elle !

Leur agonie ne fut ni brève, ni infligée une seule fois.
Les blessés, les épuisés par la guerre, les malades ne furent pas épargnés :
Une fois guéris, ils revinrent, endurèrent et accomplirent notre rédemption,
Sans espoir de soulagement pour eux-mêmes, jusqu'à ce que la Mort, émerveillée, se refermât sur eux.

Cette chair que nous avions nourrie dès le début dans toute sa pureté a été livrée
À la corruption dévoilée et assaillie par la cruauté du Ciel -
Par les railleries révoltantes de la Décomposition de la chair pendue aux barbelés
Pour être délavée ou peinturlurée par les fumées - pour être réduite en cendres par les feux -
Pour être jetée et rejetée dans une mutilation rance
De cratère en cratère. Pour cela, nous accepterons l’expiation.
Mais qui nous rendra nos enfants ?

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Version fragmentaire extraite d'un article de La Revue des Deux Mondes, de 1920, par André Chevrillon intitulé : La poésie de Rudyard Kipling, sans que le nom d'un traducteur soit mentionné, mais il est probable qu'elle soit de lui, il était agrégé d'Anglais. Je trouve sa traduction particulièrement précise pour ce texte difficile.


Ceux-là furent nos enfants, qui moururent pour notre terre ; ils étaient chers à nos yeux.
Nous n’avons plus que le souvenir, trésor de la maison, de leurs propos et de leurs rires.
C’est à nos mains, non pas à celles d’un autre, que sera payé le tribut de notre deuil—
Ni l’étranger ni le prêtre n’en décideront. Cela, c’est notre droit.
Mais qui nous rendra les enfants ?

À l’heure où le Barbare a choisi de se démasquer,
Et a fait rage contre l’Homme, —sur leurs poitrines qu’ils découvraient pour nous, ils ont reçu
le premier coup félon de l’épée si soigneusement aiguisée pour notre perte.
Leurs corps furent toute notre défense, tandis que nous construisions nos défenses.

Par leur sang, ils nous ont rachetés, s’abstenant de nous blâmer
Pour ces heures que nous avions gaspillées quand le châtiment tomba sur nous.
Ils nous ont crus, et ils sont morts de nous avoir crus. — Notre politique, tout notre savoir,
N’ont abouti qu’à les remettre liés au brasier, vivants dans les flammes—
Où joyeusement ils se hâtaient, comme se bousculant pour l’honneur.
Jamais la terre n’a vu telle noblesse répandue sur sa face.

§§§§§§§§§§§§§§

Traduction fragmentaire de Victor Glachant, Etude sur Rudyard Kipling : chantre de la Grande Guerre (1914-1918), 1922. Il s'agit de conférences donnée à Versailles en 1921, par ce professeur de rhétorique du Lycée Hoche sur un ton plutôt partiotique et revanchard. Glachant n'hésite pas à modifier le texte de Kipling pour y ajouter le casque à pointe, il peut prétendre ensuite que le texte est "un peu obscur", lui qui n'hésite pas à l'obscurcir. Exemple intéressant de lecture (encore plus) patriotique de Kipling.

"HOMMAGES ET REGRETS AUX JEUNES DISPARUS !
... Ceux-là vraiment étaient nos enfants, qui moururent
pour notre sol... Comment nous figurer qu'ils furent...
et ne sont plus ?... Si chers ils brillaient à nos yeux
Nous ne possédons plus, du trésor précieux
qu'abritait ce logis qui, privé d'eux, soupire,
que l'écho de leurs gais propos et de leur rire,
la trace de leurs pas encore empreinte aux seuils....
Nos mains vont recevoir (1) le tribut de nos deuils :
nous pourrons réparer la perte matérielle,
rebâtir la maison, ramasser la javelle,
si de l'agression nous sortons triomphants.
C'est notre droit. Mais qui nous rendra les enfants ?
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

À l'heure où le Barbare, enfin jetant le masque,
a ceint l'épée et s'est coiffé du hideux casque
dont la pointe aurait dû tenter le feu du ciel,
ces jeunes, courant au Devoir essentiel,
ont exposé pour nous leur poitrine à sa rage
et subi sans broncher (louange à leur courage !)
le premier coup félon de ce glaive aiguisé,
avec de si longs soins, par l'ennemi rusé.

(1) VARIANTE : « A nos mains l'on paira. » Le texte ajoute : « non
pas à celles d'un autre
: ni l'étranger ni le prêtre n'en décideront...
Je n'ai pu traduire littéralement ce texte un peu obscur."

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The Children

These were our children who died for our lands: they were dear in our sight.
We have only the memory left of their home-treasured sayings and laughter.
The price of our loss shall be paid to our hands, not another's hereafter.
Neither the Alien nor Priest shall decide on it. That is our right.
But who shall return us the children?

At the hour the Barbarian chose to disclose his pretences,
And raged against Man, they engaged, on the breasts that they bared for us,
The first felon-stroke of the sword he had long-time prepared for us -
Their bodies were all our defence while we wrought our defences.

They bought us anew with their blood, forbearing to blame us,
Those hours which we had not made good when the Judgment o'ercame us.
They believed us and perished for it. Our statecraft, our learning
Delivered them bound to the Pit and alive to the burning
Whither they mirthfully hastened as jostling for honour.
Not since her birth has our Earth seen such worth loosed upon her!

Nor was their agony brief, or once only imposed on them.
The wounded, the war-spent, the sick received no exemption:
Being cured they returned and endured and achieved our redemption,
Hopeless themselves of relief, till Death, marvelling, closed on them.

That flesh we had nursed from the first in all cleanness was given
To corruption unveiled and assailed by the malice of Heaven -
By the heart-shaking jests of Decay where it lolled on the wires
To be blanched or gay-painted by fumes - to be cindered by fires -
To be senselessly tossed and retossed in stale mutilation
From crater to crater. For this we shall take expiation.
But who shall return us our children?

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