C.17. Chapters Headings 1 — The Jungle Book

By

                 Poèmes liminaires des chapitres du Livre de la Jungle (1892-95)


Présentation générale :
The Jungle Book > Songs from Books
Techniquement les poèmes que Kipling place en tête de chapitre appartiennent au paratexte (ce qui accompagne le texte. Je pense plutôt qu’ils relèvent du texte, et qu'ils ont leur vie propre.
Les deux Livres de la jungle sont les plus traduits de Kipling, et donc les poèmes aussi. Je donnerai, après ma proposition de traduction, la traduction classique de Fabulet et d’Humières de 1899 qui servit longtemps de référence avant d’être très bien retraduit en vers pour Gallimard et La Pléiade par P.Jaudel. Je ne prétends pas faire mieux.
L’ordre choisi par la Kipling Society regroupe ces poèmes liminaires et les place également dans l'ordre alphabétique, parfois sous un autre titre, je ferai la même chose en indiquant s'il y a lieu les deux entrées.
Chaque nouvelle est introduite et close par un poème, et il me paraît logique de les réunir. Au fur et à mesure des traductions un lien permettra de le faire.
Sur cette page, chaque poème sera présenté à la suite avec pour chacun le contexte, l’essai de traduction, la traduction classique et le texte original dans cet ordre :

1.Mowgli’s Brothers /Night-song in the Jungle
2.Kaa’s Hunting/ Maxims of Baloo
3.Tiger-Tiger! 
4.The White Seal / Seal Lullaby
5.Rikki-Tikki-Tavi / At the hole where he went in
6. Toomai of the Elephants 
7.Her Majesty's Servants

On peut également les trouver individuellement à leur place dans l’ordre alphabétique.



1. Mowgli’s Brothers 

Les frères de Mowgli (1892)

St. Nicholas Magazine> The Jungle Book > Songs from Books
Chil : Milan noir, peut être lié au crépuscule. Certaines versions donnent " Rann the Kite…"
« Fierté » traduction de « pride », il est intéressant de constater que les traductions françaises hésitent et traduisent souvent par « orgueil », donnant à l’animal le plus grave des péchés humains. Il me semble que dans le monde de la Loi décrit par Kipling, les animaux sont plutôt « fiers » et seuls ceux qui dérogent sont marqués par l’orgueil : Shere Khan, les singes.et les hommes…. La nuance est importante car le mot revient dans de nombreux poèmes.
La nouvelle se termine par le poème :
Hunting Song of the Seeonee Pack

Les frères de Mowgli

Maintenant, Chil le Milan nous ramène la nuit
Que Mang la Chauve-Souris délie —
Les troupeaux sont enfermés dans l’étable et la hutte,
Car jusqu'à l’aube nous sommes libérés
C'est l'heure de la fierté et de la puissance
Serre et croc et griffe.
Oh, entendez l'appel ! — Bonne chasse à tous
Qui gardent la Loi de la Jungle !
(Chant-de-nuit dans la jungle)

§§§§§§§§§§§§§§§

Traduction de L.Fabulet et R d’Humières, 1899
Ongle peut avoir été choisi pour sa rime avec la prononciation classique française de « jongle » pour « jungle » ?


Chil Milan conduit les pas de la nuit
Que Mang le Vampire délivre —
Dorment les troupeaux dans l’étable clos
La terre est à nous — l’ombre la livre !
C’est l’heure du soir, Orgueil et pouvoir
A la serre, le croc et l’ongle
Nous entendez-vous ? Bonne chasse à tous
Qui gardez la Loi de la Jungle !

CHANSON DE NUIT DANS LA JUNGLE

§§§§§§§§§§§§§


Now Chil the Kite brings home the night
That Mang the Bat sets free—
The herds are shut in byre and hut,
For loosed till dawn are we.
This is the hour of pride and power,
Talon and tush and claw.
Oh, hear the call!—Good hunting all
That keep the Jungle Law!
(Night-Song in the Jungle)




2. Kaa’s Hunting 

La chasse de Kaa (1894)

McClures’s Magazine> The Jungle Book> Songs from Books
Le poème commence le deuxième chapitre,
Kaa’s hunting, mais présente les Maximes de Baloo, l’ours qui apprend aux jeunes loups et à Mowgli la Loi de la Jungle, du moins du point de vue des loups.
Sambhur : variété de cerf particulièrement imposant.
La nouvelle se termine par le poème :
Road Song of the Bandar-log

Ses taches sont la joie du léopard ; ses cornes sont la fierté du buffle.
Soyez propres, car la force du chasseur se reconnaît à l'éclat de sa fourrure.
Si vous constatez que le bœuf peut vous projeter en l’air ou que le Sambhur au front lourd peut vous encorner,
Vous n'avez pas besoin d'arrêter la chasse pour nous en informer : nous le savions depuis dix saisons.
N'opprimez pas les petits de l'étranger, mais saluez-les comme des Frères et Sœurs,
Car même s'ils sont petits et potelés, il se peut que l'Ours soit leur mère.
« Il n'y a nul autre que moi ! » dit le Jeune, fier de sa première mise à mort ;
Mais la Jungle est grande et le Jeune est petit. Laissez-le méditer et rester tranquille.
Maximes de Baloo


§§§§§§§§§§§§§§§

Traduction en vers de L.Fabulet et R d’Humières, 1899

Ses cornes sont l’orgueil du léopard, ses cornes du buffle sont l’honneur.
Sois net, car à l’éclat de la robe on connait la force du chasseur.
Que le Sambhur ait la corne aiguë, et le taureau les muscles puissants —
Ne prends pas le soin de nous l’apprendre : on savait cela depuis dix ans.
Ne moleste jamais les petits d’autrui, mais nomme-les Sœur et Frère —
Sans doute ils sont faibles et balourds, mais peut-être que l’Ourse est leur mère.
La jeunesse dit : qui donc me vaut ! »en l’orgueil de son premier gibier —
Mais la Jungles est grande et le jeune petit. Il doit se taire et méditer.
Maximes de Baloo.

§§§§§§§§§§§§§§§§


His spots are the joy of the Leopard: his horns are the Buffalo’s pride.
Be clean, for the strength of the hunter is known by the gloss of his hide.
If ye find that the bullock can toss you, or the heavy-browed Sambhur can gore;
Ye need not stop work to inform us: we knew it ten seasons before.
Oppress not the cubs of the stranger, but hail them as Sister and Brother,
For though they are little and fubsy, it may be the Bear is their mother.
‘There is none like to me !’ says the Cub in the pride of his earliest kill;
But the jungle is large and the Cub he is small. Let him think and be still.
(Maxims of Baloo)


3. Tiger ! Tiger! 

Tigre ! Tigre ! (1894)

St. Nicholas Magazine> The Jungle Book > Songs in Book
Le titre vient du premier vers du poème de William Blake : The Tyger, traduction en français : Le tigre
La nouvelle se termine par le poème : Mowgli’s Song


Qu'en est-il de la chasse, brave chasseur ?
Frère, la veille fut longue et froide.
Qu'en est-il de la proie que tu allais tuer ?
Frère, elle broute encore dans la jungle.
Où est la puissance qui faisait ta fierté ?
Frère, elle s'écoule de mon flanc et de mon côté.
Où est la hâte qui t’a fait courir ?
Frère, je vais dans ma tanière — pour mourir !

§§§§§§§§§§§§§§

Traduction en vers de L.Fabulet et R d’Humières, «  Au tigre ! Au tigre ! »1899 :

Reviens-tu content, chasseur fier ?
Frère, à l’affût j’eus froid hier.
C'est ton gibier que j’aperçois ,
Frère, il broute encore sous bois.
Où donc ta force et ton orgueil ?
Frère, ils ont fui mon coeur en deuil.
Si vite pourquoi donc courir ?
Frère, à mon trou je vais mourir.

§§§§§§§§§§§§§§

What of the hunting, hunter bold?
        Brother, the watch was long and cold.
What of the quarry ye went to kill?
        Brother, he crops in the Jungle still.
Where is the power that made your pride?
        Brother, it ebbs from my flank and side.
Where is the haste that ye hurry by?
        Brother, I go to my lair—to die!


4.The White Seal

Le phoque blanc (1894)
Seal Lullaby

National Review>The Jungle Book> Songs from Books
Un poème de Walter Scott commence de la même façon : « Hush the my babie, thy sire was a Knight »
Lullaby for an Infant Chief. Le phoque blanc est le fils d'un chef phoque qui part à la recherche d'un endroit où les hommes ne les massacreraient plus. Un voyage initiatique lui fait découvrir ce paradis des phoques.
« Huussh » : traduit « hush » ( tais-toi, calme-toi, chut), onomatopée lexicalisée en anglais. j’ai considéré que le son en disait autant, et même mieux que le mot qui en dérive.
La nouvelle se termine avec le poème :
Lukannon
Version chorale longue... par Eric Whitacre, folk piano par Release

Oh ! huussh , mon bébé, la nuit est derrière nous,
Et noires sont les eaux qui scintillaient si vertes.
La lune, au-dessus des lames, regarde vers le bas pour nous trouver
Au repos dans les creux qui bruissent entre elles.

Là où vague suit vague, que soit ton doux oreiller ;
Ah, petit nageur fatigué, recroqueville-toi à ton aise !
La tempête ne te réveillera pas, ni le requin ne t’atteindra,
Endormi dans les bras des mers au lent balancement.
(Berceuse du phoque)

§§§§§§§§§§§§§§§§§

Traduction en vers de L.Fabulet et R d’Humières, 1899

Dors, mon baby, la nuit est derrière nous,
Et noires sont les eaux qui brillaient si vertes.
Par-dessus les brisants la lune nous cherche
Au repos entre leurs seins soyeux et doux.
Où flot touche flot, fais là ton nid clos,
Roule ton corps las, mon petit nageur,
Ni vent ni requin t’éveille ou te blesse
Dormant dans les bras des lents flots berceurs.
(Berceuse phoque)


§§§§§§§§§§§§§§§§§

Oh! hush thee, my baby, the night is behind us,
And black are the waters that sparkled so green.
The moon, o’er the combers, looks downward to find us
At rest in the hollows that rustle between.

Where billow meets billow, there soft be thy pillow;
Ah, weary wee flipperling, curl at thy ease!
The storm shall not wake thee, nor shark overtake thee,
Asleep in the arms of the slow-swinging seas.
(Seal Lullaby)

5.Rikki-Tikki-Tavi

Au trou où il s’était glissé. (1894)

St; Nicholas Magazine>Jungle Book > Song from Books
Poème introductif de la nouvelle
Rikki-Tikki-Tavi qui raconte la guerre entre une mangouste sauvée des eaux et un couple de cobras menaçant un enfant.
La nouvelle se termine par le poème Darzee’s Chaunt

Au trou où il s’était glissé,
Œil-Rouge a crié à Peau-Ridée.
Écoutez ce que dit le petit Œil-Rouge :
« Nag, viens et danse avec la mort ! »

Les yeux dans les yeux et tête contre tête,
(Garde le rythme, Nag)
Cela finira quand l'un sera mort ;
(À ta guise, Nag)

Tour pour tour et volte pour volte
(Cours te cacher, Nag)
Ah! La Mort encapuchonnée a manqué !
(Malheur à toi, Nag !)

§§§§§§§§§§§§§

Traduction Fabulet & d’Humières, Mercure de France, 1899

L’Œil Rouge à la Peau-Ridée
Au trou devant lui dardée
L’Œil rouge a crié très fort :
Viens danser avec la mort

Œil à oeil en tête à tête !
(En mesure, Nag !)
L’un mort, l’autre finira la fête
(A ta guise, Nag !)

Tour pour tour et bond pour bond !
(Cours ! Cache-toi Nag !)
Manqué !…. Mort au capuchon !
(Malheur à toi, Nag !)

§§§§§§§§§§§§§

“Rikki-Tikki-Tavi”

At the hole where he went in
Red-Eye called to Wrinkle-Skin.
Hear what little Red-Eye saith:
“Nag, come up and dance with death!”

Eye to eye and head to head,
(Keep the measure, Nag.)
This shall end when one is dead;
(At thy pleasure, Nag.)
Turn for turn and twist for twist—
(Run and hide thee, Nag.)
Hah! The hooded Death has missed!
(Woe betide thee, Nag !)



6. Toomai of the Elephants 

Toomaï des éléphants(1893)

St Nicholas Magazine > The Jungle Book> Songs from Books
Kala Nag, vieil éléphant qui a tout vu a pour cornac Toomai le Grand, père de Petit Toomai qui fait preuve d'adresse et de courage, il l'emmene assister à la légendaire Danse des éléphants à laquelle aucun homme n'a jamais assisté.
La nouvelle se termine par le poème
: Shiv and the Grasshopper

Je me souviendrai de ce que j'étais. J'en ai assez des cordes et des chaînes.
Je me souviendrai de ma force d'antan et de toutes mes aventures dans la forêt.
Je ne vendrai pas mon dos à l'homme pour un fagot de canne à sucre,
Je rejoindrai les miens, le peuple de la forêt dans leurs gîtes.
Je partirai jusqu'au jour, jusqu'à l'aube,
Vers le baiser pur des vents, la caresse limpide des eaux :
J'oublierai mon entrave de cheville et briserai mon piquet
Je revisiterai mes amours perdues et mes compagnons de jeu sans maître !

§§§§§§§§§§§§§§§

Traduction en vers de L.Fabulet et R d’Humières, 1899
(Par ailleurs je trouve la traduction de Philippe Jaudel pour Gallimard particulièrement réussie)

Je me souviens de qui je fus, j'ai brisé corde et chaîne.
Je me souviens de ma forêt et de ma vigueur ancienne.
Je ne veux plus vendre mon dos pour une botte de roseau,
Je veux retourner à mes pairs, aux gîtes verts des taillis clos.

Je veux m'en aller jusqu'au jour, pati dans le matin nouveau.
Parmi le pur baiser des vents, la poure caresse de l’eau :
J’oublierai l'anneau de mon pied, l’entrave qui veut me soumettre.
Je veux revoirs mes vieux amours, le jeux de mes frères sans maître.


§§§§§§§§§§§§§§§

I will remember what I was. I am sick of rope and chain.
I will remember my old strength and all my forest affairs.
I will not sell my back to man for a bundle of sugar-cane,
I will go out to my own kind, and the wood-folk in their lairs.
I will go out until the day, until the morning break,
Out to the winds’ untainted kiss, the waters’ clean caress:
I will forget my ankle-ring and snap my picket-stake.
I will revisit my lost loves, and playmates masterless!

7. Her Majesty's Servants

Serviteurs de sa Majesté (1894)

Harper’s Weekly>The Jungle Book
Titre alternatif : Servants of the Queen 
Les serviteurs en question sont les animaux utilisés par l’armée anglaise. Lors d'une rencontre grandiose entre le Vice-Roi des Indes et et lEmir d'Afghanistan, un chameau déclenche une panique générale des animaux : chevaux, mulets, bœufs et éléphants leur donnant l'occasion de se découvrir et de parler entre eux ; chacun va raconter sa propre vision de son travail, des hommes et de la guerre. Le lendemain, ces animaux si différents vont réussir une Parade parfaite.
Tweedle-dum et Twindle-dee : noms inventés par J.Byron et repris par Lewis Carroll pour symboliser des disputes sur un point de différence négligeable.
Pilly-Winky, Winky-pop : son du banjo dans le poème
The Song of the Banjo,
Ces deux doublets indiquent que les animaux de la nouvelle peuvent faire les choses d’une manière ou d’un autre selon leur espèce et produire un travail commun.

La nouvelle se termine par le poème : Parade Song of the Camp Animals


Vous pouvez le calculer à l'aide de Fractions ou d'une simple Règle de Trois,
Mais la méthode de Tweedle-dum n'est pas celle de Tweedle-dee.
Vous pouvez le tordre, le retourner, le tresser jusqu'à épuisement,
Mais la méthode de Pilly-Winky n'est pas celle de Winkie-Pop !

§§§§§§§§§§§§

Traduction de L.Fabulet et R d’Humières, 1899


Essayez toujours les fractions
ou la simple règle de trois,
Mais la façon de Mirontaine
Ne sera pas celle de Mironton.

Tortillez-le, retournez-le, faites-
en une tresse jusqu’à la
Saint Glinglin,
Mais la façon de Carabi ne sera
Pas celle de Carabo.


§§§§§§§§§§§§§§§§§


You can work it out by Fractions or by simple Rule of Three,
But the way of Tweedle-dum is not the way of Tweedle-dee.
You can twist it, you can turn it, you can plait it till you drop,
But the way of Pilly-Winky’s not the way of WinkiePop!

Laisser un commentaire