Diane d’Ephèse (1887)
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Les 6 premiers vers servent d’exergue à la nouvelle : Venus Annadomini
Le temple de Diane à Ephèse est une des 7 merveilles de monde, mais il s’agit dans ce poème de Simla, capitale d’été du gouvernement britannique en Inde, lieu du petit théâtre de la vie coloniale, sociale, mondaine et sentimentale souvent dépeint avec humour par Kipling.
Traduction : sauf erreur ce poème n’a pas été traduit à ce jour.
Chiton : robe antique
Diane d’Ephèse
Éphèse se dresse — vous pouvez encore la trouver—
Sous-le-vent d’une colline verdoyante et couverte de pins,
Et une fois par an, les gens d'en bas
Affluent vers les pins et la neige des hauteurs —
Fuyant le soleil, l'éblouissement et la poussière,
Pour le bien de leurs âmes — comme il se doit.
Elle est tombée du Ciel — comme tous l’affirment,
Des genoux de Jupiter l’Olympien ;
Et ainsi descendit pour nous gouverner,
Nous, les hommes de la Cité d’Éphèse.
Elle nous a écrasés sous Son talon délicat,
Elle nous a enchaînés, esclaves, à la roue de son char,
Elle a prélevé impôts, péages et taxes
Pour Son somptueux sanctuaire et Sa robe dorée ;
Et nous les avons payés joyeusement — telle est depuis toujours
La coutume du peuple d’Éphèse.
Et les années passèrent, comme les années doivent le faire,
Mais notre grande Diane restait toujours nouvelle —
Fraîche et épanouie, jeune et belle,
Avec des yeux azur et des cheveux dorés ;
Tandis que tous les gens qui allaient et venaient
L'acclamaient à leur guise.
Ainsi, dans notre fierté, alors que les années s'écoulaient, nous disions :
« Notre grande Diane ne mourra jamais ! »
Mais autrefois — hélas ! — quand Son sanctuaire s’illuminait
Et que nous dansions pour la Déesse qui le gouvernait,
Quand la musique tonnait au loin et à la ronde,
Nos lampes faisaient le jour sur le flanc de la montagne,
Quand l’encens s’épaississait, que les trompettes braillaient,
Vint la terrible vengeance du Temps, longtemps différée !
La voix claire faiblit — la forme souple se courba —
Les mains blanches tremblèrent — la tête éclatante s'affaissa —
Les trompettes tremblèrent, les lumières tournèrent au bleu,
Et la Déesse mourut — comme meurent les Déesses.
Et tout ce que nous pouvions voir dans le sombre crépuscule
Était un visage maigre, anguleux et sinistre —
Un front dur et ridé, et une bouche vieillie,
Et une ondulation d’or terni et décoloré
Sortant des plis du chiton ; et alors nous criâmes : —
« Que ferons-nous maintenant que Diane est morte ? »
C’est pourquoi nous avons pleuré jusqu’au lendemain — ainsi
Éphèse est fidèle à ses idoles.
Puis nous La traînâmes hors des limites de la Cité,
Et La jetâmes sur la Terre de l'Étranger.
Nous purifiâmes le sanctuaire des offrandes corrompues,
Nous dorâmes les piliers et la balustrade de l'autel,
Nous allumâmes de nouveaux feux et invoquâmes Jupiter
Pour une autre Diane à louer et à aimer ;
Et alors même que notre appel s'élevait vers les cieux,
Une autre Diane tomba du ciel,
Prenant aussitôt la place de l'ancienne,
Le visage baigné de la lumière de la Divinité.
Et nous Lui donnâmes le pouvoir de nous gouverner,
Nous, les hommes de la Cité d'Éphèse.
La Cité est aussi ancienne que les pins qui la surplombent,
Aussi ancienne que les montagnes, aussi ancienne que l’Amour ;
Et je suis aussi vieux qu’un homme peut l’être
Avant de quitter les pins pour la Mer Inconnue,
Et je sers, comme j’ai servi au cours des années passées,
La Grande Diane qui est tombée du ciel.
Le joug de Son sacerdoce est lourd à porter
Bien que la Grande Diane soit toujours belle.
Mais, après un certain temps, et nul ne sait quand,
Notre déesse doit mourir aux yeux des hommes.
Nous devons la porter vers la tombe qui l’attend
Dans la terre Impur, près des portes du temple,
Tandis que Son nom est oublié, ainsi que Son visage,
Car une autre Diane tombe des cieux,
Et nous nous prosternons et la saluons ainsi :—
« Reine de la cité d’Éphèse ».
Et si clairement je connais la fin
De l’amour que nous donnons et de l’argent que nous dépensons ;
Et si clairement Diane prévoit
Ce jour terrible où les trompettes se taisent ;
Et si clairement la tombe est préparée,
Où reposent les ossements de nos reines d’autrefois ;
Et si clairement la Cité sait
Où mène le chemin vers Son Temple,
Ces choses sont certaines — pourtant j’obéis encore
À la grande Diane qui règne aujourd’hui,
La Cité avec moi, et Elle, dans sa majesté,
Contemple le chemin menant à la porte du temple,
Et reçoit notre hommage et entend nos cris : —
« Notre grande Diane ne mourra jamais ! »
Car telle est notre coutume.
Ainsi s’achève
L’histoire de Diane d’Éphèse.
Diana of Ephesus
Ephesus stands—you may find it still—
On the lee of a verdurous, pine-clad hill,
And once in a twelve-month, the folk below
Flock to the pines and the upland snow—
Flee from the sunshine, the glare, and the dust,
For the good of their souls—as is right and just.
She fell from Heaven—as all aver,
From the lap of Olympian Jupiter;
And so descended to govern us
Men of the City of Ephesus.
She ground us under Her dainty heel,
She bound us slaves to Her chariot-wheel,
She levied taxes and toll and cess
For Her sumptuous shrine and Her golden dress;
And we paid them merrily—ever thus
Is the use of the People of Ephesus.
And the years went on, as the years must do,
But our great Diana was always new—
Fresh and blooming, and young and fair,
With azure eyes and with aureate hair;
While all the people who came and went
Offered Her praise to Her heart's content.
So we said in our pride, as the years rolled by;—
'Our Great Diana can never die!'
But once—ah me!—when Her shrine was lit
And we danced to the Goddess who governed it,
When the music thundered and, far and wide,
Our lamps made day on the mountain-side,
When the incense thickened, the trumpets brayed,
Came the terrible vengeance of Time delayed!
The clear voice faltered—the lithe form stooped—
The white hands wavered—the bright head drooped—
The trumpets quavered, the lights burned blue,
And the Goddess died—as Goddesses do.
And all we could see in the twilight dim
Was a visage meagre and pointed and grim—
A hard, lined brow, and a mouth grown old,
And a ripple of bad, discoloured gold
From the folds of the chiton; and so we cried:—
'What shall we do now Diana hath died?'
Wherefore we mourned till the morrow—thus
True to its idols is Ephesus.
Then we dragged Her out of the City's bound,
And cast Her into the Stranger's Ground.
We cleansed the shrine from the offerings stale,
We gilt the pillars and altar-rail,
We lit fresh fires and called on Jove
For another Diana to praise and love;
And e'en as our call went up on high,
Another Diana dropped out of the sky,
Stepping at once to the old one's place
With the light of the Godship about her face.
And we gave Her power to govern us
Men of the City of Ephesus.
The City is old as the pines above,
Old as the mountains, as old as Love;
And I am as old as a man may be
Ere he pass from the pines to the Unknown Sea,
And I serve, as I served in the years gone by,
The Great Diana who fell from the sky.
The yoke of Her priesthood is heavy to bear
Though the Great Diana be always fair.
But, after a season, and none know when,
Our Goddess must die in the sight of men.
We must bear Her forth to the grave that waits
In the ground Unclean, by the Temple gates,
While Her name is forgot and Her face likewise,
For another Diana drops out of the skies,
And we make obeisance and hail Her thus:—
'Queen of the City of Ephesus'.
And howso clearly I know the end
Of the love we give and the money we spend;
And howso clearly Diana foresees
That terrible day when the trumpets cease;
And howso clearly the grave be made,
Where the bones of our old-time Queens are laid;
And howso clearly the City knows
Whither the path to Her Temple goes,
These things are certain—I still obey
The great Diana who rules today,
The City with me, and She in state
Looks out o'er the path to the Temple gate,
And takes our homage and hears us cry:—
'Our Great Diana can never die!'
For this is our custom.
Endeth thus
The tale of Diana of Ephesus.
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