La Descente du Punkah (1884)
The Civil and Military Gazette
Le poème n’a pas été publié par Kipling, il fait partie des poèmes sur le monde Anglo-Indien parue dans le journal de Lahore où il travaillait.
Le poème évoque la fin de la saison chaude à travers un instrument vital : le ventilateur.Un Punkah est un système de ventilation actionné manuellement, toujours trop lentement pour le ventilé, par un serviteur. La « cérémonie » du démontage du Punkah. utilise un certain nombre de termes racistes courants du langage colonial. Cependant, c’est le plus souvent de la vie coloniale et du colon dont Kipling se moque, plutôt que du colonisé.
Jharun : vêtement léger et coloré pour l’été.
« Parler de foie » La bière était supposée être mauvaise pour le foie quand il faisait chaud ; de manière plus générale, les maladies hépatiques étaient redoutés de tous les colons des pays chauds.
Hé ! Juldee chuti do < Hindi = donnez-lui congé rapidement
Aryens : renvoie à une classification raciale anglaise des peuples du sous continent indien, les Aryens désignent plutôt les Indiens du nord. Au départ basés sur les langues ( l’indo-européen pour les aryens), cette classification « hiérarchise » les peuples colonisés sous le « blanc » et véhicule une idéologie raciale et raciste. On pourrait dire également sociale ( le statut de l’indigène domestique menteur-voleur-paresseux qu’on retrouve chez les « valets » européens) mais les stéréotypes sociaux me paraissent recouverts par les stéréotypes raciaux caractéristiques des systèmes coloniaux, anglais comme français, et qu’on retrouve encore dans certains milieux « coopérants », aujourd’hui « expats’».
Station : terme colonial : ville de garnison/centre administratif/regroupement de colons. On a utilisé le mot en francais dans « station balnéaire »
Collines : traduction de "hills" qui sont plutôt des montagnes et désignent les stations, d’altitude où les Anglais passent la saison chaude, comme Simla)
Monopole : marque de champagne
La descente du Punkah
Oui, rangez les manteaux jharun,
Ainsi que mes pantalons blancs immaculés,
Et apportez-moi mes tweeds sobres,
Plus adaptés à l'automne.
Et ouvrez-moi cette bière en bouteille
Que j'avais l'habitude de fuir.
Qui oserait parler de « foie » maintenant
Que les jours d'été sont finis ?
À l'ombre de la véranda profonde,
Se tapit une silhouette que je connais bien,
C'est ce démon qui tire le punkah.
Hé ! Juldee chuti do
Noor Ahmed ! Chasse-le de ma vue,
Cette forme maléfique et brune.
Et souviens-toi, avant mon retour,
De démonter tous les punkahs.
Un mal nécessaire, lui,
Et somnolent de surcroît,
Qui a ronflé pendant cinquante nuits étouffantes,
Sans se réveiller à mon appel.
Mais attends— mon âme est remplie de paix,
Même envers mes voisins aryens…
Huit annas lui reviendront, en plus
Du maigre salaire de son labeur.
De nouveaux visages font leur apparition à la fanfare —
La station se remplit à toute allure —
Et une cinquantaine d’amis reviennent
De la moitié de cent collines.
Oui, je me rendrai sans tarder au Club,
(Même si la prudence mondaine désapprouve)
Et, avec le Monopole le plus sec,
Je porterai mon toast : « Punkah abaissé . »
The Descent of the Punkah
Yes, lay the jharun coats aside,
Likewise my snow-white trews,
And bring me forth my sober tweeds
More fit for Autumn use.
And ope for me the bottled beer
That once I used to shun.
Who dares to hint at 'liver' now
The summer days are done?
Within the deep verandah's shade
There lurks a form I know,
It is the punkah-pulling fiend
Hi! Juldee chuti do
Noor Ahmed! chase him from my sight,
That evil form and brown.
And recollect, ere I return,
Have all the punkahs down.
A necessary evil he,
And somnolent withal,
Who snored through fifty steamy nights,
Nor wakened at my call.
But stay—my soul is filled with peace,
E'en towards my Aryan neighbours—
Eight annas shall be his beyond
The pittance of his labours.
Fresh faces at the Band appear—
Apace the station fills—
And half a hundred friends return
From half a hundred hills.
Yea, straightway to the Club will I,
(Though worldly prudence frown)
And drink in driest Monopole
My toast:—'The punkah's down.'
Laisser un commentaire