Chère tante…(1883)
Poème de jeunesse sans titre non publié par Kipling.
Lettre en vers adressé à Edith Macdonald après le retour en Inde de Kipling et sa première saison chaude.
Poème inspiré de Browning, poète admiré de kipling.
Punkah : ventilateur à manivelle.
Stunt (argot anglo-indien) assistant
L’étourneau de Sterne renvoie à un passage célèbre de A Sentimental Journey de Laurence Sterne (1713-1768) dans lequel le personnage tente en vain de libérer de sa cage un étourneau qui répète : « I can get out ! ». ce passage restera célèbre pour évoquer la privation de liberté.
Le moment du coucher du soleil était marqué par un coup de canon
Pukka : officiel, permanent
Chère tante, ton neveu à moitié bouilli repose, les pieds sur une chaise,
Regardant le punkah se balancer dans l'air ardent rempli de mouches ;
Car, lorsque le travail touche à sa fin et que le téléphone cesse de sonner,
Alors, l’âme du poète s'éveille et le « Stunt » se met à chanter.
Il chante, comme l’étourneau de Sterne criait, en regardant le soleil brûlant
« Je ne peux pas sortir »—du moins, pas avant le coup de canon du coucher du soleil ;
Car les cieux sont de fer rouge et la terre de laiton brûlant,
Et la rivière brille au soleil comme un torrent de verre fondu,
Et la brume de chaleur tremblante s'élève, la lumière impitoyable du soleil brille
Jusqu'à ce que les rênes de ma charrette me brûlent les doigts et que mes lunettes me brûlent le nez.
La chaleur, comme celle d'un four de boulanger qui vous fait transpirer jusqu'à l'os.
Jamais ton neveu à moitié bouilli n'a connu une telle chaleur et une telle santé.
Que les dieux me pardonnent ma vantardise, mais près d'un an s'est écoulée
et je n'ai pas été malade une seule fois, ni au foie, ni à l'estomac, ni à la tête.
J'en déduis donc que, étant donné ma charge quotidienne,
De travail, je n'ai pas le temps de paresser et de « me sentir mal ».
Mais qu'est-ce que mon foie, mes poumons et mes autres organes ont à voir avec vous ?
Nous en avons tous, je le sais, et certains d'entre nous en sont même très mal lotis.
Permets-moi de passer à un autre sujet—cette joie de mon cœur juvénile,
Un rêve verni de délices, ma belle charrette en bambou,
Attelée à un vrai cheval vivant, avec un fouet à la lanière sans fin,
Et un palefrenier assis derrière, au cas où je j’aurais un accident.
C'est une façon effrayante et merveilleuse que celle dont je conduis,
Mais j'ai conduit mon Paternel—et mon paternel est toujours en vie.
Et après la charrette vient le Club—je suis membre honoraire :
J'attends l'élection officielle par scrutin en septembre prochain.
Et c'est une chose agréable, et il est agréable de s'égarer,
Vers les commérages et la « fraîcheur » à la fin d'une journée bien remplie.
C'est agréable d'y prendre son petit-déjeuner ou d'y dîner, agréable d'y bavarder — et cela me rappelle
Un fait qui me vient à l'esprit : je suis actuellement engagé dans une troupe de théâtre locale.
C'est un travail passionnant, mais qui peut décourager n'importe quel
Homme au monde, car il s'agit d'une troupe d'amateurs.
Tout le monde veut le « meilleur rôle », tout le monde occulte le fait
Que si nous ne répétons pas régulièrement, nous ne serons jamais capables de jouer.
Personne ne vient aux répétitions—tout le monde dit « ça va,
On est un peu hésitants pour l'instant, mais on s'en sortira « le soir » venu ».
Mercredi ; je suis allé monter ce matin, avant le lever du jour.
Je suis descendu à mon bureau pour vérifier « l'édition hebdomadaire »était en ordre.
Dans le silence de l'aube sombre et obscure, alors que la nuit commençait à se retirer,
et que le chacal se précipitait vers son repaire, au bruit des sabots de mon cheval.
Quand le grand milan lissait ses ailes et appelait sa compagne depuis l'arbre,
Et le lilas ouvrait ses bourgeons avant même que le soleil ne se lève pour les voir ;
Et les buissons de rosiers grimpants frémissaient sous l’agitation contenue des moineaux.
Oh ! Une balade à cheval dans l'aube indienne, il n'y a pas de plus grand plaisir dans la vie !
Solennel et sobre, mon trot (car je n'ai pas la poigne d'un jockey)
Mais la fraîcheur réveilla Joe, qui gambadait comme un poulain de deux ans,
Renâclant, piaffant et hennissant, en repensant à la décennie ou deux
Depuis qu'il courait aux côtés de sa mère à Wazirabad ou Bunnoo.
Mais le soleil s'est levé trop tôt, et à sept heures, je suis revenu, mais
Ma selle était (sauf ton respect) aussi noire que mes bottes à cause de la sueur
Et mon visage était une horreur dégoulinante et Joe une offense nauséabonde —
Quand je lui ai donné sa tranche de pain, dans le jardin, et que j’ai titubé jusqu'à
Ma chambre pour un tunda ghuzul (ce qui signifie un bain rafraîchissant)
Puis je me suis mis à mes épreuves jusqu'à neuf heures, et à neuf heures, je suis allé casser la croûte —
En vérité, ceci est un texte bâclé, vide et sans but...
Je ne peux que te demander, tante Edie, de prendre la volonté pour l'acte.
Si j'avais le temps et l'envie, je t’ enverrais un dossier de vingt pages,
Mais les besoins du journal sont nombreux et c'est pourquoi je bâcle cette lettre.
Le bruit assourdissant de nos presses s’élève comme les vagues sur le rivage.
Nous étions assis et parlions à six mille miles de Lahore.
Si je fermais les yeux et que les perroquets se taisaient dans les palmiers à l'extérieur,
Je pourrais m'imaginer un instant au bord d’un rivage anglaise salubre.
Mais l'air chaud me souffle au visage, et tu es loin de moi,
Tandis que le punkah agite la chaleur d'un bureau à trente-quatre degrés.
Les murs blancs, blanchis à la chaux et éblouissants, ne ressemblent pas à une falaise de craie blanche.
Seulement mon travail quotidien, sans jamais qu’une brise ne se lève.
Je termine donc ma chansonnette douloureuse par un hurlement de désespoir sauvage,
Alors que j'écris dans ma chemise trempée, les pieds posés sur une chaise.
Oh, que sont « deux cents livres par mois » et les « augmentations » semestrielles à venir
Pour un type qui a des poils dans sa plume et des queues de lézard dans sa gomme ;
Son encre putride et répugnante, une pâte de mouches corrompues
Ses lunettes embuées et humides, et des lunettes de protection par dessus.
« Oh, donnez-moi un trottoir londonien, une ruelle humide et boueuse.
Au lieu de cette chaleur malsaine », tel est le cri de ton épuisé
…Ruddy
Dear Auntie, your parboiled nephew…
Dear Auntie, your parboiled nephew reclines with his feet on a chair,
Watching the punkah swing through the red-hot fly-full air;
For, when work is nearly at end and the telephone ceases to ring,
Then the soul of the poet awakes and the 'Stunt' begins to sing.
Sings, as Sterne's starling wailed, watching the blazing sun
'I can't get out'—at least, till after the sunset gun;
For the heavens are red hot iron and the earth is burning brass,
And the river glares in the sun like a torrent of molten glass,
And the quivering heat haze rises, the pitiless sunlight glows
Till my cart reins blister my fingers as my spectacles blisters my nose.
Heat, like a baker's oven that sweats one down to the bone
Never such heat, and such health, has your parboiled nephew known.
May the Gods forgive my boasting, but nearly a year has fled
And I haven't been seedy once, in liver or stomach or head.
An inference thence I draw that, given a daily fill
Of work, I've no time to waste in loafing and 'feeling ill'.
But what are my liver and lights and other organs to you?
We've all of us got 'em, I know and some of us badly too.
Let me off to another subject—that joy of my youthful heart
A varnished dream of delight, my beautiful bamboo cart,
With a real live horse attached, and whip with no end of a lash
And a groom to sit behind, in case I should meet with a smash,
A fearful and wonderful way is the fashion wherein I drive,
But the Pater's been driven by me—and the pater is yet alive.
And after the cart comes the Club—I am honorary member:
Waiting for pukka election by ballot in next September.
And this is a pleasant thing and pleasant it is to stray,
Down to the gossip and 'cool'th' at the end of a busy day.
Pleasant to breakfast or dine there, pleasant to chat there—and that recalls
A fact to my mind, I'm engaged, just now, on some station theatricals.
This is exciting work and calculated to slump any
Man in the world, to deal with an amateur acting company.
Everyone wants 'best part', every one slurs the fact,
That unless we rehearse at times we shall never be able to act.
Nobody comes to rehearsal—everyone says 'all right
We're a wee bit shaky now but we'll struggle through on "the night"'.
Wednesday; I went for a ride this morning, before it was light
Down to my office to see the 'weekly edition' put right.
In the hush of the dim, dark, dawn as the night began to retreat
And the jackal dashed to lair, at the sound of my horse's feet.
When the great kite preened its wings, and called to its mate from the tree,
And the lilac opened its buds 'ere the sun should be up to see;
And the trailing rose clumps thrilled with the sparrows' pent up strife
Oh! a ride in an Indian dawn there's no such pleasure in life!
Solemn and sober my trot (for I haven't a jockey's hold)
But the freshness woke up Joe, who frisked like a two-year-old,
Snorting and stamping and neighing, as he thought of the decade or two
Since he ran by his mother's side at Wazirabad or Bunnoo.
But the sun rose only too soon, and at seven I came back, yet
My saddle was (saving your presence) as black as my boots with sweat
And my face was a dripping horror and Joe a reeking offence—
When I gave him his slice of bread, in the garden, and staggered thence
To my room for a tunda ghuzul (which means a refreshing tub)
Then went to my proofs till nine, and at nine o'clock went to my grub—
Verily, this is a rough written, empty aimless screed ...
I can only ask you Aunt Edie to take the will for the deed.
Had I time, as inclination, I would send you a twenty page budget
But the needs of the paper are many and therefore this letter I fudge it.
The sound of our thundering presses comes up like the surge on that shore
We sat by and talked together six thousand miles from Lahore—
If I shut my eyes and the parrots were hushed in the palms outside,
I might fancy myself for a time by some wholesome English tide.
But the hot air puffs in my face, and you are away from me
While the punkah puddles the heat of an office at ninety three.
White, limewashed glaring walls are not like a white chalk cliff
And only my daily work and never a breeze is stiff.
So I end my dolorous ditty with a howl of wild despair
As I write in my sodden shirtsleeves, with feet put up on a chair.
Oh, what is 'two hundred a month', and half-year 'rises' to come
To a fellow with hairs in his pen, and lizard-tails in his gum;
His ink putrescent and loathsome, a paste of corrupting flies
His spectacles dimmed and steamy, and goggles over his eyes.
'Oh give me a London trottoir, some byewalk damp and muddy.
In place of this wholesome heat' is the cry of your washed out
...Ruddy
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