D.5. De Profundis

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                                            de Profundis (1881)
                                      A Ballad of Bitternesse

United Services Chronicle> Early Verse >Cambridge Edition
Le poème n’a pas été édité par Kipling.
Poème paru dans le journal de son école .
Les élèves se voient interdire de cuisiner dans la petite pièce (study) qu’ils partagent par petits groupes de pensionnaires. Les élèves plus âgés responsables, les Préfets, gardant ce droit.
Ce poème d’ « écolier »est intéressant pour les jeux auxquels se livre Kipling avec visiblement plaisir et adresse: parodie d’un langage soutenu, accumulation d’allitérations joyeuses ( en anglais..) et détournement du registre élevé pour parler de ce qui est sans doute au centre des préoccupations des garçons pensionnaires : la nourriture.

De profundis : Psaume en latin : « De profundis clamavi ad te, Domine / Des profondeurs nous crions vers toi Seigneur » Psaume 130;1, couramment utilisé pour la prière des morts.
Bitterness(e) : amertume, graphie ancienne
Junket : lait caillé sucré
« Muqueux » traduit « mucous » qui semble aussi surprenant en français qu’en anglais = visqueux/gluant. Je ne sais pas à quel aliment étrange et anglais Kipling peut faire allusion...

                                                      de Profundis
                                              ( Ballade de l’Amertume)

Il est désormais strictement
interdit de cuisiner dans les salles d'étude, sauf
dans celles des préfets. Avril 1881.
Signé ------Ordonnance de l'Ecole


La tasse est vide de son café,
  La cuillère de sa charge de sucre,
La nappe est exempte de caramel,
  Et le chagrin s'est emparé de notre demeure.
Nos devoirs sont aussi arides que le sable de la mer,
  Nos gorges sont encore plus sèches,
Aucun cacao n'est venu humidifier nos gorges.
  Nous ne goûtons pas au thé.

Nous, qui étions autrefois gonflés par nos breuvages,
  Nous, jadis larges de hanches,
Nous sommes complètement changés et renonçons à
  Tous les plaisirs du junket et de la crème.
Nous, qui nous réveillions autrefois dans la tristesse,
  Dans la lourdeur, la nausée et la nuit,
Nous dormons paisiblement dans l'obscurité jusqu'au lendemain,
  Dans le silence vers la lumière.

Il est des plaisirs que les hommes prennent pour leur plaisir,
  Les plaisirs de la lecture et de la rime,
Afin que l'âme puisse trouver réconfort et apaisement,
  Et consolation et repos pour un temps.
Il y a les plaisirs de la palette et de la peinture,
  Les plaisirs des membres et de l’effort,
Où nos esprits restent las et défaillants
  Et dépourvus de force.

Qu'ils se délectent de ce dont ils ont besoin,
  Qu'ils se régalent de Beauté et se plient
À sa passion, son pathos et son feu,
  Et la suivent jusqu'au bout.
Nos esprits sont simples et placides,
  Dotés d'un principe porcin,­
Qu'il soit sucré, muqueux ou acide,
  Notre fétiche est la Nourriture.

Le goût sur la langue, bien qu'écœurant,
  Le silence ininterrompu et immobile,
Quand l'esprit tranquille savoure
  Le frisson acidulé qui descend jusqu'au tréfond ;
La Joie de la Mâchoire en mouvement,
  La Dent qui déchire en deux,
Ce sont là des Dieux et ils ont notre dévotion
  Dans le plaisir ou la douleur.

Le pot de confiture, le gingembre, la Jelly,
  La viande hachée, alléchante dans ses boîtes,
    Sont apportés comme une bénédiction pour le Ventre,
  À l'heure où commence notre enseignement,
Huileuses, serrées et confinées,
  Les sardines scintillent dans leur huile,
Prévues pour le déjeuner
  Comme récompense du labeur.

Et donc ce changement est un tourment,
  Un tourment et un gaspillage considérable,
Quand la bouilloire a cessé de bouillonner,
  Et que les casseroles sont  désormais inutiles.
Nos ustensiles en fer-blanc sont ridicules,
  Nos réchaud à gaz sont sales et sombres.
Nos lumières, comme les lumières d'une vision,
  Brûlent d'une lueur bleutée et terne.

                         de Profundis
                A Ballad of Bitternesse

All cooking is absolutely
forbidden in studies henceforth, except
in Prefects' Studies. April 1881.
Signed ------School Order

1
The cup is devoid of its coffee,
  The spoon of its sugary load,
The table-cloth guiltless of toffee,
  And sorrow has seized our abode.
Our tasks they are dry as the sea-sands,
  Our throats they are drier than these,
No cocoa has moistened our weasands.
  We taste not of teas.
2
We, once that were bloated with brewing,
  We, once that were broad of the beam,
Are utterly changed and eschewing
  All pleasures of junket and cream.
We, once that awakened in sorrow,
  In heaviness, nausea, and night,
Sleep calm through the dark to the morrow,
  Through silence to light.
3
There be pleasures men take for their pleasing,
  The pleasures of reading and rhyme,
That the soul may have comfort and easing,
  And solace and rest for a time.
There be pleasures of palette and painting,
  The pleasures of limb and of length,
Where our spirits stay wearied and fainting
  And lacking in strength.
4
Let them revel in what they require,
  Let them feast upon Beauty and bend
To its passion, its pathos, and fire,
  And follow it up to the end.
Our spirits are simple and placid,
  With principle porcine endued,­
Be it sweetened, or mucous, or acid,
  Our fetish is Food.
5
The taste on the tongue though it cloyeth,
  The silence unbroken and still,
When the spirit quiescent enjoyeth
  The acidulous down-reaching thrill;
The Joy of the Jaw in its motion,
  The Tooth as it teareth in twain,
These be Gods and they have our devotion
  In pleasure or pain.
6
The Jampot, the Ginger, the Jelly,
  Meat mortared, enticing in tins,
They are brought as a boon to the Belly,
  What time our instruction begins,
Oleaginous, cramped and confined,
  Sardines as they shimmer in oil,
In the quarter for lunch are designed
  As guerdon of toil.
7
And therefore this change is a trouble,
  A trouble and wasting of much,
When the kettle hath ceased from its bubble,
  And saucepans are useless as such.
Our tin-ware is turned to derision,
  Our gas-stoves lie grimy and grim.
Our lights like the lights of a vision
  Burn bluely and dim.

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