Traducteurs et traductions : Jean-Claude Amalric

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Jean-Claude Amalric (1931-2022)

Traductions de Kipling : Puck, de la colline au Lutin, La Pléiade 3, Gallimard, 1996
: Adieu les fées, La Pléiade 3, Gallimard, 1996

Universitaire, spécialiste du théâtre anglais, de Bernard Shaw et plus généralement de l’époque victorienne et édouardienne, c’est à ce titre que sous la direction de Pierre Coustillas il établit la traduction moderne des deux recueils du « cycle » de Puck, qui fait aujourd’hui référence.
En ce qui concerne la poésie, c’est donc à lui que revient la traduction de If...

Dans la notice de Puck,(pp 1394-1395) il évoque spécifiquement les poèmes et le dispositif cher à Kipling de combinaison prose/poésie : «  Il y a pour chaque récit un ou deux poèmes qui reprennent les thèmes des contes, illustrent tel ou tel aspect, expriment une attitude, un état d’esprit de l’un des héros. Ils ne sont pas indispensables aux récits mais ils s’interpellent et forment avec eux un ensemble original. »
J.C. Amalric est frappé par la variété des poèmes et leur reconnait des fonctions :

Pour Puck de la colline au Lutin :
Chanson de Puck : Liens entre le Sussex, où s’est établi définitivement Kipling, et l’Histoire
Les Runes gravées sur l’épée de Weland : énigmatiques mais qui donnent un fil directeur au recueil.
Chanson d’un Romain de Bretagne évoque les difficultés de tout Empire et de ses défenseurs.
Chanson à trois voix exprime l’attachement de Kipling pour le Sussex
Chanson des Danoises jouée sur la harpe a pour fonction d’évoquer les sentiments des personnages

Variété également des formes poétiques : la ballade anglaise que Kipling adapte à son sujet : longue ou courte, chant de marin, prière, etc…

J.C Amalric décrit la métrique et la prosodie utilisées par Kipling en insistant sur le rythme, si frappant quand on écoute ses vers : « Kipling introduit des refrains courts de quatre à cinq vers, des répétitions, des éléments entre parenthèses, rythmant par exemple une chanson de marin. Tous ces procédés donnent au poème un rythme et une vie extraordinaires. […] le choix des mots, des images, les assonances, les allitérations, créent un charme dont la puissance d’incantation, d’émotion ou d’évocation se révèlent dans les meilleurs poèmes. »

Ces remarques sur les poèmes viennent renforcer une autre observation de J.C Amalric : « La narration, la description, le commentaire disposent de quatre voix, quatre niveaux de conscience : le narrateur primaire, les enfants, le protagoniste-narrateur secondaire et Puck.« 

Il me semble que les poèmes viennent encore ajouter une voix supplémentaire, parfois multiple, et qu’il s’agit bien là d’une caractéristique de l’écriture de Kipling, en prose comme en vers.

J.C Amalric aborde également ce que la traduction à tant de mal à rendre : la complexité du mélange des langages, si souvent utilisé et si intraduisible :  » langage simple et moderne… mots rares et archaïques…. dialectes locaux… langage d’époque recréés…. exclamations, jurons…. vocabulaire technique… trouvailles poétiques », procédés qu’il utilise dans la prose comme dans le vers.

Amalric ne parle pas de son choix de traduction des vers et de la rime, certains poèmes sont entièrement rimés, d’autres en partie, comme si elle était bienvenue autant que possible mais pas absolument obligatoire. L’intérêt de cette traduction par rapport aux précédentes ( J et S Vallate) c’est qu’elle me paraît redonner toute sa place au poème comme élément équivalent à la prose dans la composition générale du récit en dépassant la simple « illustration ».

Dans la notice d’Adieu les fées,(pp 1476-1477) J.C Amalric souligne que le lien entre les poèmes et les contes est plus étroit que dans Puck : « C’est assurément une des œuvres ou l’alliance des contes et des poèmes, procédé souvent repris dans les recueils ultérieurs est la plus élaborée et la plus heureuse« .

Amalric distingue particulièrement Le Fer Froid, Le chemin des bois, Si…, La Berceuse de Sainte- Hélène, l’Office d’Eddy, Chant de Noël. La forme est « souple et variée« , pour ne pas dire libre ; une liberté qui se retrouve dans la prosodie et la métrique, en particuler dans If… auquel Amalric donne toute son attention.

Il reste lui-même, comme dans ses traductions des poèmes de Puck, très libre dans le maintien des rimes, rigoureusement dans certains poèmes, moins, ou pas du tout dans d’autres.

Lien vers la présentation des deux recueils de Puck. Lien vers le sommaire des poèmes des deux recueils de Puck



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