C.50. The Conundrum of the Workshops

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                                               L’énigme des ateliers ( 1890)


The Scots Observer>Barrack-Room Ballads and Other Verses
Adapté d’un autre poème de 1889 News Lamps for Old
Cette adaptation suivrait une controverse littéraire entre Kipling et Oscar Wilde lors de la parution de son roman The Picture of Dorian Gray, attaqué par le journal The Scots Observer pour son contexte homosexuel. Wilde identifie Kipling au journal qui a fait paraître  plusieurs de ses œuvres et écrit un texte ambigu louant sa vulgarité.“As one turns over the pages of his Plain Tales from the Hills, one feels as if one were seated under a palm‑tree reading life by superb flashes of vulgarity.”Oscar Wilde, in The Critic as Artist, in Intentions (1891).
Le poème de Kipling serait une sorte de réponse plus générale à la (très ancienne, et très moderne) question «  Est-ce de l’Art ? » Pour deux écrivains aussi différents dans leur conception de l’Art, la « controverse » me paraît bien feutrée.
Conendrum : problème difficile ou impossible à résoudre qui peut reposer sur un jeu de mot, en ce sens il peut avoir un sens plus léger et relève sans doute d’un emploi ironique par Kipling.
Eden : le poème fait plusieurs références à l’Eden et aux personnages bibliques  (Arbre, pomme quatre fleuves, la marque de Caïn, le Déluge, etc..)

Traduction : A. Savine et M. George-Michel, Les chansons de la chambrée, L'Edition française illustrée, 1920, voir plus bas



                                             L’énigme des ateliers

Lorsque les rayons du soleil nouveau se posèrent pour la première fois sur le vert et l’or d'Eden,
Notre père Adam s'assit sous l'Arbre et griffonna avec un bâton sur la glaise ;
Et la première esquisse grossière que le monde ait jamais vue réjouit son cœur puissant,
Jusqu'à ce que le Diable murmure derrière les feuilles:« C'est joli, mais est-ce de l'Art ?» 
Alors il appela sa femme et s'enfuit pour refaire son œuvre –
Le premier de sa race à se soucier comme d’une guigne de la première critique, la plus redoutable ;
Et il légua son savoir à l’usage ses fils – ce qui fut un gain glorieux
Lorsque le Diable murmura « Est-ce de l'art ? » à l'oreille de Caïn le marqué.

Ils se battirent et discutèrent dans le Nord et dans le Sud, ils discutèrent et se battirent dans l'Ouest,
Jusqu'à ce que les eaux montent sur cette terre misérable, et que la pauvre Argile Rouge trouve le repos –
Trouve le repos jusqu'à cette aube humide et vierge où la colombe se préparait à s'envoler,
Et où le Diable bouillonnait sous la quille : « C'est humain, mais est-ce de l'Art ? » 

Ils battirent une tour pour faire trembler le ciel et arracher les étoiles,
Jusqu'à ce que le Diable grogne derrière les briques : « C'est impressionnant, mais est-ce de l'Art ? »
La pierre fut abandonnée au bord de la carrière et la grue inutilisée se balança,
Tandis que chaque homme parlait des buts de l'Art, chacun dans une langue étrangère

Cette histoire est aussi vieille que l'arbre d’Eden—et aussi nouvelle qu'une dent qui perce—
Car chaque homme sait, avant même que sa moustache ne pousse, qu'il est maître de l'Art et de la Vérité ;
Et chaque homme entend, à l'approche du crépuscule, au rythme de son cœur mourant,
Le Diable tambouriner sur la vitre assombrie : « Tu l'as fait, mais était-ce de l'Art ? » 

Nous avons appris à tailler l'arbre d'Eden en forme de crochet à surplis,
Nous avons appris à mettre nos  deux parents dans le jaune d'un œuf pourri,
Nous savons que la queue doit remuer le chien, car le cheval est tiré par la charrette ;
Mais le Diable crie, comme il criait autrefois : « C'est intelligent, mais est-ce de l'Art ? » 

Quand le soleil vacillant de Londres tombe faiblement sur le vert et l'or de la salle du Club,
Les fils d'Adam s'assoient et griffonnent avec leur plume sur la glaise –
Ils griffonnent avec leurs stylos sur la terre de leurs tombes, et l'encre et l'angoisse jaillissent
Car le Diable murmure derrière les feuilles : « C'est joli, mais est-ce de l'Art ? » 

Maintenant, si nous pouvions atteindre l'Arbre d'Eden où coulent les Quatre Grands Fleuves,
Et où la Couronne d'Ève est rouge sur le gazon comme elle l'a laissée il y a longtemps,
Et si nous pouvions venir quand la sentinelle dort et nous faufiler doucement,
Par la grâce de Dieu, nous pourrions en savoir autant— Autant que notre père Adam savait !

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Traduit par A. Savine et M. George-Michel, Les chansons de la chambrée, L'Edition française illustrée, 1920

Le Quolibet des ateliers

Quand l'éclat d'un soleil nouveau-né tomba pour la première fois sur le vert et l'or de
l'Eden,
Notre père Adam s'assit sous l'arbre et gratta la terre avec un bout de bois.
Et la première et rude esquisse, que le monde eût jamais vue, mit la joie en son cœur puissant,
Jusqu'au moment où le diable murmura d'entre les feuilles :
« C'est joli, mais est-ce de l'Art?»

Aussi appela-t-il sa femme, et il se hâta de recommencer son œuvre,
Le premier de sa race qui eût quelque souci de la première critique, de la plus redoutée!
Et il légua son savoir à ses fils pour qu'ils en fissent usage, et ce fut une glorieuse conquête.
Mais le diable répéta, de sa voix gloussante: « Est-ce de l'art? » à l'oreille de Cain, le maudit.

On bâtit une tour pour briser le ciel et en arracher les étoiles.
Jusqu'au jour où, parmi les briques, le diable grommela : « C'est frappant, mais est-ce de l'art?»
On laissa là les pierres dans la carrière, et la chèvre resta en l'air, oisive,
Pendant que chacun parlait sur les buts de l'art, et chacun parlait en une langue étrangère.

On se battit; on discuta au nord, au sud ; on discuta, on se battit à l'ouest,
Jusqu'au jour ou les eaux montèrent sur le pays misérable, et la pauvre argile rouge
eut du repos.
Eut du repos, jusqu'à l'aurore humide sous la toile noire, quand la colombe lissa ses plumes pour prendre son vol.
Et le diable barbotant sous la quille dit « Cela est humain, mais est-ce de l'art? »

Ce conte est aussi vieux que l'Arbre de l'Eden, aussi nouveau que la dent qui vient de percer.
Car tout homme sait, avant que le poil follet pousse à sa lèvre, qu'il est maître en l'art et en la vérité,
Et tout homme entend, à l'approche du crépuscule, le battement de son propre cœur,
Le diable tambourinant sur la vitre obscurcie: « Vous avez fait cela, mais est-ce de l'art?»

Nous avons appris à découper l'arbre de l'Eden en patères pour suspendre des surplis;
Nous avons appris à mettre nos père et mère dans le jaune d'un œuf gâté;
Mais nous savons que la queue doit remuer le chien, que le cheval est traîné par la charrette,
Mais le diable hurle, comme il hurlait jadis : « C'est adroit, mais est-ce de l'art ? »

Quand le lumignon du soleil de Londres éclaire de sa lueur les salons verts et or des clubs,Les fils d'Adam grattent la terre avec leurs plumes,
Ils grattent avec leurs plumes le sol de leurs tombes, et l'encre et l'angoisse jaillissent,
Car le diable marmotte entre les feuilles : « C'est joli, mais est-ce de l'art ? »

Maintenant, si nous pouvions remonter jusqu'a l'arbre de l'Eden, là où coulent les quatre grands fleuves
Où la guirlande d'Ève se lit sur le gazon telle qu'elle la laissa il y a longtemps,
Et si nous pouvions venir pendant que la sentinelle dort, et errer à pas furtifs,
Avec la faveur de Dieu, nous pourrions en savoir autant qu'en savait notre père Adam

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                                 The Conundrum of the Workshops
1
When the flush of a new-born sun fell first on Eden's green and gold,
Our father Adam sat under the Tree and scratched with a stick in the mould;
And the first rude sketch that the world had seen was joy to his mighty heart,
Till the Devil whispered behind the leaves, "It's pretty, but is it Art?" 
2
Wherefore he called to his wife, and fled to fashion his work anew–
The first of his race who cared a fig for the first, most dread review;
And he left his lore to the use of his sons–and that was a glorious gain
When the Devil chuckled "Is it Art?" in the ear of the branded Cain. 
3
They fought and they talked in the North and the South, they talked and they fought in the West,
Till the waters rose on the pitiful land, and the poor Red Clay had rest–
Had rest till that dank blank-canvas dawn when the dove was preened to start,
And the Devil bubbled below the keel: "It's human, but is it Art?" 
4
They builded a tower to shiver the sky and wrench the stars apart,
Till the Devil grunted behind the bricks: "It's striking, but is it Art?"
The stone was dropped at the quarry-side and the idle derrick swung,
While each man talked of the aims of Art, and each in an alien tongue. 
5
The tale is as old as the Eden Tree–and new as the new-cut tooth–
For each man knows ere his lip-thatch grows he is master of Art and Truth;
And each man hears as the twilight nears, to the beat of his dying heart,
The Devil drum on the darkened pane: "You did it, but was it Art?" 
6
We have learned to whittle the Eden Tree to the shape of a surplice-peg,
We have learned to bottle our parents twain in the yolk of an addled egg,
We know that the tail must wag the dog, for the horse is drawn by the cart;
But the Devil whoops, as he whooped of old: "It's clever, but is it Art?" 
7
When the flicker of London sun falls faint on the Club-room's green and gold,
The sons of Adam sit them down and scratch with their pens in the mould–
They scratch with their pens in the mould of their graves, and the ink and the anguish start,
For the Devil mutters behind the leaves: "It's pretty, but is it Art?" 
8
Now, if we could win to the Eden Tree where the Four Great Rivers flow,
And the Wreath of Eve is red on the turf as she left it long ago,
And if we could come when the sentry slept and softly scurry through,
By the favour of God we might know as much–as our father Adam knew!

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