E.11. England Answer

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                                        Réponse de l’Angleterre (1893)


English Illustrated Magazine > The Seven Seas
Ce poème est le dernier des sept poèmes qui constituent : The Song of the English qui sera édité en volume séparé en 1909 et qui comprend :

-—The Song of the English
The Coastwise Lights
— The Song of the Dead
The Deep-See Cable
— The Song of the Sons
— The Song of the Cities
— England’s Answer

Le poème a été traduit par Jules Castier dans Les sept Mers, Louis Conard 1920 et dans Kipling, Poèmes choisis par T.S.Eliot, Robert Laffont 1949 (voir plus bas)

Le « manifeste » impérialiste et colonial que constitue The Song of the English mérite une présentation plus approfondie en cours d’écriture. Chez Kipling, La "race" est encore à prendre au sens de "peuple", mais a sans doute déjà des connotations racistes.Le "Sang" insiste sur la filiation avec l'Angleterre des "fils" établis autour du monde, mais joue aussi sur une identité de catactère qui parait quasi génétique. Si Kipling parle sans doute d'abord d'une identité morale et culturelle, il s'adresse aux anglo-saxons de l'empire, pas aux peuples colonisés, Le fardeau de l'homme blanc.Les derniers vers annoncent le célèbre poème If... écrit 2 ans plus tard en 1895.
L’Angleterre répond aux chants des cités colonisées en Inde, Birmanie, Singapore, Hong-Kong, au Canada, en Afrique du sud, en Australie et Nouvelle-Zélande.

Les piliers ne s’écrouleront pas  : allusion biblique : Samson fait s’écrouler les piliers du Temple Juges16,29-30
Triple nœud : Angleterre, Ecosse, Irlande.
Neuf bandes : Canada, Australie, Afrique du Sud, Nouvelle Zélande, Inde, les Antilles, Terre-Neuve, Dépendances tropicales de l’Est : Ceylan, Singapour, Penang, Malacca, une partie de la Malaisie, Les Iles des mers du sud : pacifique sud
bruyère de porcelaine : Afrique du Sud
fleur de mimosa  :Australie
feuille d’érable : Canada
genêt du sud. Nouvelle-Zélande.

                                             La réponse de l’Angleterre

En vérité, vous êtes issus du Sang ; plus lents à bénir qu’à maudire ;
Peu habitués à vous soumettre à l’ordre de n’importe quel homme.
Chair de la chair que j’ai engendrée, os de l’os que j’ai porté ;
Aussi durs que le seront vos fils — sévères que l’étaient vos pères.
Notre amour est plus profond que la parole, notre lien plus fort que la vie,
Mais nous ne nous jetons pas au cou ni ne nous embrassons lorsque nous nous retrouvons.
Mon bras n’est pas faible, ma force n’a pas disparu ;
Mes fils, j’ai porté bien des fils, mais mon sein ne s’est pas tari.
Regardez, je vous ai fait une place et ouvert grand les portes,
Afin que vous puissiez vous parler, vous, Barons et Conseillers —
Gardiens de la Marche Extérieure, Seigneurs des Mers du Sud,
Oui, parlez à votre mère aux cheveux gris qui vous a portés sur ses genoux ! —
Afin que vous puissiez vous parler, de frère à frère, face à face —
Ainsi, pour le bien de vos peuples — ainsi, pour la fierté de la Race.
De plus, nous ferons une promesse. Tant que le Sang perdurera,
Je saurai que votre intérêt est le mien : vous sentirez que ma force est la vôtre :
Au jour de l'Armageddon, lors de la dernière grande bataille,
Que Notre Maison reste unie et que les piliers ne s'écroulent pas.
Tissez maintenant le triple nœud avec fermeté sur les neuf bandes,
Et la Loi que vous établirez sera la loi qui régira vos terres.
Ceci pour la bruyère de porcelaine, et cela pour la fleur de mimosa,
Ceci pour la feuille d'érable, et cela pour le genêt du sud.
La Loi que vous établirez sera la loi et je n'imposerai pas ma volonté,
Car vous êtes les Fils du Sang et vous m'appelez encore Mère.
Maintenant, vous devez parler à vos frères, et eux doivent vous parler,
À la manière des Anglais, en paroles franches et rares.
Allez à votre travail et soyez forts, sans vous faiblir en chemin,
Sans renoncer à un but à moitié acquis pour un instant de louanges.
Tenez bon dans votre travail et soyez sages — sûrs de l'épée et de la plume,
Vous qui n'êtes ni des enfants ni des Dieux, mais des hommes dans un monde d'hommes !


                                           §§§§§§§§§§§§§§§§§§

Le poème a été traduit en vers par Jules Castier dans Les sept Mers, Louis Conard 1920 et dans Kipling, Poèmes choisis par T.S.Eliot, Robert Laffont 1949

LA RÉPONSE DE L'ANGLETERRE

Oni, vous êtes vraiment du Sang de Notre Race ;
Oui, moins vifs pour bénir que pour ostraciser ;
Ne vous prosternant point sous le désir fugace,
Ou l'ordre impérieux de ce qui saurait l'oser.

Vous êtes bien la chair de la chair que j'ai faite,
Et l'os de l'ossement que je tins en mon corps;
Rudes, comme vos fils, que le temps vous complète,
Tout autant que vos pères rigides et forts.

Notre amour plus profond par nuls mots ne se montre,
Nos liens sont plus forts que la vie à briser,
Mais sans nous embrasser au seuil d'une rencontre,
Sans qu'il nous soit besoin d'échanger un baiser.

Mon bras n'a point faibli, sous l'âge qui seconde,
Je garde ma puissance, ainsi qu'au temps jadis:
O fils, j'ai mis au jour, jusqu'ici, bien des fils,
Mais mon sein garde encore une force féconde.

Voyez je vous ai fait une auguste demeure,
Aux portails grands ouverts, aux seuils larges et prompts,
Pour que vous y parliez entre vous, d'heure en heure,
Vos sages Conseillers et vos nobles Barons,

Vous, les Dignes Gardiens de ma Lointaine Emprise,
Vous, les Seigneurs des Mers aux recoins plus jaloux:
Certes, venez parler à votre mère grise
Qui vous tint autrefois dessus ses vieux genoux!

Oui, pour que vous parliez, sans peur, et face à face,
Échangeant franchement tous vos mots fraternels,
Pour le bien de vos Peuples, épars, solennels,
Pour l'éternel orgueil de toute notre Race !…

Et, de plus, nous ferons cette altière promesse :
Tant que subsistera notre Sang si jaloux,
Je saurai que vos fois seront miennes, sans cesse,
Et vous, vous sentirez que ma force est à vous:

Afin qu'au Jugement, au Jour que nul ne nie,
Pour le dernier effort des ultimes combats,
Notre Maison soit ferme, inébranlable, unie,
Et que les fiers piliers ne s'en écroulent pas!

Oui, serrez, à présent, le nœud triple et vivace
Sur nos liens vivants, déjà trois fois triplés:
La Loi dont, sur vos sols, vous lancerez la trace,
Sera vraiment la loi, sous leurs us rappelés,

L'une pour la Bruyère, à la cire semblable,
Telle autre pour le sol aux fleurs de Mimosa,
L'une, encor, pour la terre où s'élève l'Erable,
L'autre pour le Genêt que le Sud épousa.

La Loi que vous ferez sera loi légitime,
Sans que jamais j'impose encor ma volonté,
Car vous êtes les Fils de ce Sang que j'estime,
Et vous m'appelez Mère, et le nom m'est resté.

Or, il vous faut parler aux frères, tout à l'aise,
Il leur faut vous parler, tout à leur tour, entre eux,
Ainsi qu'il vous convient, à la manière anglaise,
En mots dits franchement, tout droit, et peu nombreux.

Allez à vos travaux, forts en la destinée,
Sans arrêt hésitant dans vos chemins divers,
Et sans mettre en péril une fin mi-gagnée
Pour l'instant de louange au désastre pervers.

Restez à vos labeurs, sages, forts, économes,
Certains de votre glaive et des mots radieux,
O vous qui n'êtes point des enfants ni des dieux,
Mais des hommes, parmi tout le monde des hommes!

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England’s Answer
Truly ye come of The Blood; slower to bless than to ban;
Little used to lie down at the bidding of any man.
Flesh of the flesh that I bred, bone of the bone that I bare;
Stark as your sons shall be—stern as your fathers were.
Deeper than speech our love, stronger than life our tether,
But we do not fall on the neck nor kiss when we come together.
My arm is nothing weak, my strength is not gone by;
Sons, I have borne many sons, but my dugs are not dry.
Look, I have made ye a place and opened wide the doors,
That ye may talk together, your Barons and Councillors—
Wards of the Outer March, Lords of the Lower Seas,
Ay, talk to your gray mother that bore you on her knees!—
That ye may talk together, brother to brother’s face—
Thus for the good of your peoples—thus for the Pride of the Race.
Also, we will make promise. So long as The Blood endures,
I shall know that your good is mine: ye shall feel that my strength is yours:
In the day of Armageddon, at the last great fight of all,
That Our House stand together and the pillars do not fall.
Draw now the threefold knot firm on the ninefold bands,
And the Law that ye make shall be law after the rule of your lands.
This for the waxen Heath, and that for the Wattle-bloom,
This for the Maple-leaf, and that for the southern Broom.
The Law that ye make shall be law and I do not press my will,
Because ye are Sons of The Blood and call me Mother still.
Now must ye speak to your kinsmen and they must speak to you,
After the use of the English, in straight-flung words and few.
Go to your work and be strong, halting not in your ways,
Balking the end half-won for an instant dole of praise.
Stand to your work and be wise—certain of sword and pen,
Who are neither children nor Gods, but men in a world of men!

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