L’esclave de la galère (1890)
Departmental Ditties>Early Verse
Poème présenté comme allégorique du départ de Kipling de l’Inde qui serait symbolisée par la galère, avec des allusions à la révolte des Cipayes. Les galériens étant les anglos-indiens, qui se sacrifient à l’Empire, brisés, mais prêts à servir encore. Lecture impérialiste, virile appréciée à l'époque, qui parait aujourd’hui très outrée, voire maladroite et que je serais tenté de lire à un autre niveau, plus psychologique sur le devoir et ses sacrifices, la solidarité pour une cause qui nous dépasse, et les désastres que tout cela engendre. On retrouve la confusion/fusion ami/ennemi déjà rencontrée chez Kipling. Mais l’interprétation de la critique anglaise est sans doute la bonne et explique le purgatoire de Kipling en Angleterre.
Traduction : sauf erreur, le poème n’a pas été traduit en français.
L'esclave de la galère
Oh, majestueuse était notre galère, de son gouvernail sculpté
À sa figure de proue en argent et à son éperon d acier martelé ;
Les fers nous meurtrissaient les chevilles, et nous haletions en quête d’air plus frais,
Mais nulle galère sur les eaux ne pouvait rivaliser avec notre galère !
Nos cales regorgeaient de coton et nos mâts étaient dressés sur l’or —
Nous transportions une imposante cargaison de nègres dans la cale ;
L’écume blanche tourbillonnait dans notre sillage, et le requin noir nageait en dessous,
Tandis que nous agrippions la tête de rame bondissante et que nous faisions avancer la galère.
L’ambiance était joyeuse dans la galère, car nous festoyions de temps à autre —
S’ils nous épuisaient comme du bétail, ma foi, nous nous battions et aimions comme des hommes !
Comme nous l’arrachions sur les flots, nous arrachions une minute de bonheur,
Et les plaintes des mourants n’a jamais gâché le baiser des amants.
Nos femmes et nos enfants peinaient à nos côtés dans les ténèbres —
Ils mouraient, nous limions leurs chaînes, et nous les jetions aux requins —
Nous les jetions aux poissons, mais la galère filait si vite
Que nous n’avions que le temps de les envier, car nous ne pouvions pas pleurer nos morts.
Soyez témoins, mes anciens camarades, quelle bande de durs à cuire nous étions —
Serviteurs de la rame, mais les maîtres de la mer !
Par les mains qui la poussaient en avant alors qu’elle plongeait, tanguait et louvoyait,
Femme, Homme, ou Dieu ou diable, y avait-il quelque chose que nous craignions ?
Était-ce la tempête ? Nos pères l’ont affrontée, et jamais une plus furieuse n’a soufflé ;
La Terre, qui attendait l’épave, regardait la galère se frayer un passage.
Midi brûlant ou minuit étouffant, Maladie, Chagrin, Séparation, Mort ?
Non, nos propres enfants se moqueraient de vous s’ils avaient le temps d’un souffle inutile.
Mais ce jour, je quitte la galère et un autre prend ma place ;
Mon nom est là sur la poutre du pont — qu’il y reste encore un peu.
Je suis libre — de regarder mes camarades peiner pour gagner le large,
Libre de tout ce que la Vie peut offrir — sauf de manier à nouveau la rame.
Par la marque sur mon épaule, par la rudesse de l’acier qui s’accroche,
Par les marques que les fouets m’ont laissées, par les cicatrices qui ne guérissent jamais ;
Par mes yeux vieillis à force de fixer l’éclat du soleil sur l’eau salée,
Je suis pleinement payé pour mon service. Si seulement ce service était encore le mien !
Pourtant, ils parlent des temps et des saisons, et des malheurs que les années engendrent,
De notre galère submergée et brisée dans les rouleaux du Nord.
Quand les nègres brisent les écoutilles et que les ponts sont éclatants de sang,
Et qu’un pilote au cœur lâche la précipite se fracasser sur le rivage.
Elle n’aura besoin ni de pavillon en berne, ni de coup de canon de détresse, ni de fusée éclairante,
Quand l’appel à l’aide s’élèvera vers la mer, elle y trouvera ses serviteurs.
Les bandes d’enchaînés meurtris de l’entrepont, ces vestiges grisonnants des années passées,
Au banc qui a brisé leur dignité, ils s’attacheront eux-mêmes et y mourront.
Robustes et estropiés, jeunes et vieux, payés, abandonnés, embarqués —
Palais, grabat et lazaret composeront le récit de ce jour-là,
Quand le ciel sera noir au-dessus d’eux, et les ponts en flammes en dessous,
Et que les matelots de hune dégageront les restes du désastre, le couteau entre les dents.
Il se peut que le Destin m’accorde la vie et la permission de ramer une fois encore —
Libérant ainsi un homme fort pour le combat, tandis que je prends sa rame un instant.
Mais ce jour, je quitte la galère. Dois-je alors maudire son service ?
Dieu soit loué ! Quoi qu’il arrive ensuite, j’ai vécu et peiné avec des Hommes !
The Galley-Slave
(The Kipling Society presents here Kipling’s work as he
wrote it, but wishes to alert readers that the text below
contains some derogatory and/or offensive language)
1
Oh gallant was our galley from her carven steering-wheel
To her figurehead of silver and her beak of hammered steel;
The leg-bar chafed the ankle and we gasped for cooler air,
But no galley on the waters with our galley could compare!
2
Our bulkheads bulged with cotton and our masts were stepped in gold—
We ran a mighty merchandise of niggers in the hold;
The white foam spun behind us, and the black shark swam below,
As we gripped the kicking sweep-head and we made the galley go.
3
It was merry in the galley, for we revelled now and then—
If they wore us down like cattle, faith, we fought and loved like men!
As we snatched her through the water, so we snatched a minute’s bliss,
And the mutter of the dying never spoiled the lover’s kiss.
4
Our women and our children toiled beside us in the dark—
They died, we filed their fetters, and we heaved them to the shark—
We heaved them to the fishes, but so fast the galley sped
We had only time to envy, for we could not mourn our dead.
5
Bear witness, once my comrades, what a hard-bit gang were we—
The servants of the sweep-head, but the masters of the sea!
By the hands that drove her forward as she plunged and yawed and sheered,
Woman, Man, or God or Devil, was there anything we feared?
6
Was it storm? Our fathers faced it and a wilder never blew;
Earth that waited for the wreckage watched the galley struggle through.
Burning noon or choking midnight, Sickness, Sorrow, Parting, Death?
Nay, our very babes would mock you had they time for idle breath.
7
But to-day I leave the galley and another takes my place;
There’s my name upon the deck-beam—let it stand a little space.
I am free—to watch my messmates beating out to open main,
Free of all that Life can offer—save to handle sweep again.
8
By the brand upon my shoulder, by the gall of clinging steel,
By the welt the whips have left me, by the scars that never heal;
By eyes grown old with staring through the sunwash on the brine,
I am paid in full for service. Would that service still were mine!
9
Yet they talk of times and seasons and of woe the years bring forth,
Of our galley swamped and shattered in the rollers of the North.
When the niggers break the hatches and the decks are gay with gore,
And a craven-hearted pilot crams her crashing on the shore.
10
She will need no half-mast signal, minute-gun, or rocketflare,
When the cry for help goes seaward, she will find her servants there.
Battered chain-gangs of the orlop, grizzled drafts of years gone by,
To the bench that broke their manhood, they shall lash themselves and die.
11
Hale and crippled, young and aged, paid, deserted, shipped away—
Palace, cot, and lazaretto shall make up the tale that day,
When the skies are black above them, and the decks ablaze beneath,
And the top-men clear the raffle with their clasp-knives in their teeth.
12
It may be that Fate will give me life and leave to row once more—
Set some strong man free for fighting as I take awhile his oar.
But to-day I leave the galley. Shall I curse her service then?
God be thanked! Whate’er comes after, I have lived and toiled with Men!
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