C.32. The City of Sleep

By

                                            La Cité du sommeil (1895)

The Century Magazine > The Day’s Work>Songs From Books
Le poème a été édité à part avec la nouvelle
The Brushwood Boy (très étrange et onirique nouvelle). Le poème est une chanson qui constitue un élément clé de la fiction.
Le héros est l'exemple parfait de l'éducation physique et morale graduelle préconisée par Kipling, mais il fait depuis l’âge de trois ans des rêves récurrents qui commencent près d’un tas de bois de broussaille ( brushwood pile). Un policier nommé Jour (policeman Day) l’empêche sytématiquement d’atteindre la Cité du Sommeil. Lors d’un séjour en Angleterre, il entend une jeune fille chanter une chanson qui décrit le monde de son rêve. Tous les éléments donnés par le récit depuis qu’il a 3 ans trouvent un sens.
Dans la nouvelle, le monde onirique qui commence au tas de bois est si précis que le héros en fait une carte que Kipling a dessinée. Ces 3 éléments : récit, poème et carte construisent une fiction originale, pour ne pas dire originelle de quelques « métaphores obsédantes » de Kipling. Le héros est l’inverse de celui « mal » éduqué, de la nouvelle
Thrown away, And some are Sulky, mais au prix d'une activité onirique étrange nimbée d''inquiétante étrangeté"(Unheimliche, Freud 1919, le terme, ambigu, signifie plutôt une inquiétante familiarité).
Une "Town of sleep" apparait à la fin du poème de Stevenson
Young Night Thought, A Child’s Garden Verses (1885)

Traductions : Le poème est donc inclus dans la nouvelle sous la forme d'une chanson. Les deux ont donc été traduites à ma connaisssance trois fois sous trois noms différents :
—La Cité des Songes dans Les bâtisseurs de ponts, regoupement de nouvelles parues au Mercure de France, traduction de Fabulet et d'Humières, 1902, réédité en Folio : deux strophes traduites sur les trois. (Voir plus bas)
— L'Agent de Police Jour, traduit par Henry Borjane ( pseudo de Jane Boyer) regroupement de nouvelles parues chez Henri Jouquières, 1929. Je n'ai pas l'exemplaire.
— La Ramée des songes, traduit en vers rimés par Jean-François Gournay, La Pléiade II Gallimard 1992, le refrain donne "Cité des Songes" et "le gendarme Day".


Une belle version Folk de GM Jon, une curieuse adaptation Métal argentin Curses of Stradivarius

La Cité du sommeil

Sur le versant de la colline pourpre,
Là où brille la lumière d’un lampadaire solitaire,
Savez-vous le chemin de la ville Miséricordieuse,
Qui se trouve tout près de la Mer des Rêves—
Où les pauvres peuvent déposer leurs malheurs,
Et les malades peuvent oublier de pleurer ?
Mais nous—ayez pitié de nous ! Oh, ayez pitié de nous !
Nous, éveillés ; ah, ayez pitié de nous ! –
Nous devons repartir avec le Policier du Jour –
Repartir de la Cité du Sommeil !

Las, ils se détournent du parchemin et de la couronne,
De la chaîne, de la prière et de la charrue –
Eux qui montent vers la Ville Miséricordieuse,
Car ses portes se ferment à présent.
C'est leur droit, dans les Bains de la Nuit,
D’y plonger le corps et l’âme,
Mais nous – ayez pitié de nous ! Ah, ayez pitié de nous !
Nous, éveillés ; oh, ayez pitié de nous ! –
Nous devons repartir avec le Policier du Jour –
Repartir de la Cité du Sommeil !

Sur le versant de la colline pourpre,
Avant que les tendres rêves ne commencent,
Regarde – nous pouvons regarder – la Ville Miséricordieuse,
Mais nous ne pouvons y entrer !
Tous bannis, de ses murs gardés,
Nous retournons en rampant à notre veille :
Nous... ayez pitié de nous ! Ah, ayez pitié de nous !
Nous éveillés ; ah, ayez pitié de nous !
Nous qui repartons avec le Policier du Jour,
Loin de la Cité du Sommeil !

§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

La Cité des Songes dans Les bâtisseurs de ponts, regoupement de nouvelles parues au Mercure de France, traduction de Fabulet et d'Humières, 1902, réédité en Folio : strophes 1 et 3, la 2 manque.

Derrière la dune au pourpris changeant.
Où le phare isolé s'élève,
Sais-tu le chemin du Pays Clément,
Au bord de l'océan des Rêves?
Où le miséreux, en fermant les yeux
Oubliera le mal qui le ronge?
Mais nous, hélas! Oh! pitié de nous,
Nous qui veillons, ah! plaignez-nous!
L'implacable Jour ramène nos vœux
Du seuil de la Cité des Songes.


Derrière la dune au pourpris changeant,
Où fuiront nos tendres féeries,
Tu peux contempler le Pays Clément.
O fatigue à jamais bannie!
Pleurant à l'écart du morne rempart,
L'espoir nous leurre à ses mensonges...
Ah! nous... Plaignez-nous, plaignez-nous, hélas!
Nous qui veillons, ah! plaignez-nous!
L'implacable Jour ramène nos pas
Du seuil de la Cité des Songes.





§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

The City of Sleep

Over the edge of the purple down,
Where the single lamplight gleams,
Know ye the road to the Merciful Town
That is hard by the Sea of Dreams–
Where the poor may lay their wrongs away,
And the sick may forget to weep?
But we–pity us! Oh, pity us!
We wakeful; ah, pity us!–
We must go back with Policeman Day–
Back from the City of Sleep!

Weary they turn from the scroll and crown,
Fetter and prayer and plough–
They that go up to the Merciful Town,
For her gates are closing now.
It is their right in the Baths of Night
Body and soul to steep,
But we – pity us! ah, pity us!
We wakeful; oh, pity us!–
We must go back with Policeman Day–
Back from the City of Sleep!

Over the edge of the purple down,
Ere the tender dreams begin,
Look–we may look–at the Merciful Town,
But we may not enter in!
Outcasts all, from her guarded wall
Back to our watch we creep:
We–pity us! ah, pity us!
We wakeful; ah, pity us!–
We that go back with Policeman Day–
Back from the City of Sleep!

Laisser un commentaire