B.9. The Ballad of the Clampherdown

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                                La Ballade du Clampherdown (1890)

Barrack-Room Ballads
Il s’agit d’un texte ironique, jusqu’à l’absurde, pour moquer la proposition de faire des abordages comme au temps de Nelson. L’ennemi est supposé être la France.
Le Clampherdown est un navire fictif, (to clamp signifie « serrer, presser", mais également "clam"": palourde, mou, lourd, on peut entendre aussi " her down") ) mais il existait un HMS Camperdown, navire le plus moderne de l’époque.
Marines : Les Royal Marines, corps d’élite : infanterie de Marine. Pas d’explication satisfaisante sur le fait qu’il soient  "bleached" : décolorés/blanchis, d’où le choix de "blêmes"
Machine infernale : traduction de la métaphore "Eight-day clock" : horloge remontée à la semaine, avec l’idée d’une mécanique aveugle et mortelle.
Couché : ordre de se coucher sur le pont avant un abordage.
Matelot : traduction incomplète de A.B : Able Bodied seaman : Expérimenté.
Nordenfeldt : mitrailleuse automatique.

Un préambule ajouté par Kipling explique l’origine de ce poème.

« Ce texte a été initialement écrit pour le « St. James's Gazette » comme une parodie délibérée d'une lettre d'un correspondant qui semblait croire que la guerre navale du futur serait menée selon les anciennes règles de combat de Nelson, y compris l'abordage, etc. Par un certain hasard, il a été pris au départ comme une contribution sérieuse - il a même été ,si je me souviens bien, mis en musique sous forme de cantate. Je ne l'ai jamais expliqué jusqu'à présent. »
(Rudyard Kipling, dans l'édition définitive de ses poèmes, publiée en 1940, après sa mort)
.

Traduction : traduit par A.Savine et Michel Georges-Michel, Les chansons de la chambrée, L'Edition française illustrée, 1920 voir plus bas.

La ballade du Clampherdown

C'était notre navire de guerre, le Clampherdown
Qui devait nettoyer la Manche,
C'est pourquoi il gardait ses écoutilles fermées
Quand les joyeux flots de la Manche explosaient,
Pour protéger les Marines blêmes.

Il avait un canon de proue de cent tonnes,
Et un grand canon de poupe aussi ;
Ils plongeaient leur nez profondément dans la mer,
Ils tendaient librement leurs cables et leurs étais
Dans les remous de la marée fouettée par le vent.

C'était notre navire de guerre, le Clampherdown,
Il tomba sur un croiseur léger
Qui transportait un élégant canon Hotchkiss
Et une paire de talons pour s'enfuir
De l'étreinte d'un combat serré.

Il ouvrit le feu à sept milles —
Comme on tire sur un bouchon qui flotte —
Et il tira une fois, puis deux fois,
Jusqu'à ce que le canon avant s'affaisse comme un lys fatigué
Qui se penche sur sa tige.

« Capitaine, le canon avant fond rapidement,
Les poutres du pont se brisent en dessous,
Il serait bon de se reposer une heure ou deux,
Et de rafistoler les plaques brisées. »
Et il répondit : « Faites ainsi. »

Il ouvrit le feu à moins d'un mille —
Comme on tire sur un canard en vol —
Et le grand canon arrière tira droit et juste,
Avec le tangage du navire, vers le ciel bleu acier
Et la grande tourelle arrière se bloqua.

« Capitaine, la tourelle se remplit de vapeur,
Les tuyaux d'alimentation éclatent en dessous —
Vous pouvez entendre le sifflement du vérin impuissant,
Vous pouvez entendre les pièces tordues se coincer. »
Et il répondit : « Demi-tour ! »

C'était notre navire de guerre le Clampherdown,
Et il roulait avec gravité ;
Il pivota pour essuyer les tirs du croiseur,
Comme le Beluga affronte la colère du Requin-renard
Quand ils s'affrontent près du Pôle gelé.

« Capitaine, les obus tombent vite,
Et nous tombons encore plus vite ;
Et il ne convient pas à l’Anglais
D'attendre au cœur d'une machine infernale
La mort qu'il ne peut voir. »

« Couché, couché, mon courageux matelot,
Nous dérivons sur son flanc ;
Nous n'osons pas l'éperonner, car il peut s'enfuir ;
Et oserez-vous tirer un autre coup de canon,
Et mourir dans la vapeur brulante? »

C'était notre navire de guerre le Clampherdown
Qui portait une ceinture de blindage ;
Mais cinquante pieds à la poupe et à la proue
Restaient nus comme le ventre de la truie du commissaire de bord,
Sous la mitraille du Nordenfeldt.

« Capitaine, ils nous transpercent de part en part ;
Leurs boulons d'acier glacés sont rapides !
Nous avons vidé les soutes en pleine mer,
Leurs éclats d'obus éclatent là où devrait se trouver notre charbon. »
Et il répondit : « Laissez-le dériver. »

C'était notre navire de guerre le Clampherdown,
Tourné par la marée,
Ses deux canons muets fixaient le sud et le nord,
Et le sang et la vapeur bouillonnante jaillissaient,
Et il raclait le flanc du croiseur.

« Capitaine, crient-ils, le combat est terminé,
Ils vous demandent d'envoyer votre épée. »
Et il répondit : « Accrochez-vous à sa poupe et à sa proue.
Ils veulent de l'acier. Qu’ils en aient maintenant ;
Sortez les sabres et abordez ! »

C'était notre navire de guerre le Clampherdown
Qui vomit quatre cents hommes ;
Et les soutiers ébouillantés poussèrent des cris de joie,
Alors qu'ils roulaient dans l’entrepont et entendaient le combat
Piétiner le toit de leur prison aux murs d'acier.

Ils prirent le croiseur de bout en bout,
De la tourelle de commandement à la cale.
Ils se battirent comme ils se battaient dans la flotte de Nelson ;
Ils étaient torse nu, pieds nus,
Comme au temps des anciens.

C'était le Clampherdown qui coulait
Son flanc dressé balayé par les vagues —
Et emportait un million de livres d'acier,
Vers la morue et le congre mangeur de cadavres,
Et les tourbillons de la Manche.

C'était l'équipage du Clampherdown
Qui se tenait prêt à prendre la mer,
Sur un croiseur conquis au vieil ennemi,
Comme aux jours d’autrefois,
Et comme il en sera toujours.


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Traduction de A.Savine et Michel Georges-Michel, Les chansons de la chambrée, L'Edition française illustrée, 1920.

La ballade du "Clampherdown"

C'était notre navire de guerre, le Clampherdown
Et il aurait bien nettoyé le canal ;
C'est pourquoi il tenait ses écoutilles fermées,
Pour mettre à l'abri le marin pâli,
Quand se levait la vive houle du canal.

Il avait un canon de cent tonnes à l'avant,
Et en outre un grand canon d'arrière,
Ils plongeaient profondément leurs gueules dans la mer,
Ils battaient librement contre leurs étais et étançons
Sous le coup de fouet de la marée poussée par le vent.
C'était notre navire de guerre, le Clampherdown ; or
Il rencontra un croiseur léger
Qui portait le gentil canon Hotchkiss
Et un paire de sabots bien propres à lui faciliter la fuite,
Et esquiver le corps-à-corps dans un combat.

Il ouvrit le feu à sept milles.
Tout comme vous tireriez sur un bouchon qui danse sur l'eau.
Et il tira une fois, et il tira deux fois,
Jusqu'à ce que le canon d'avant se laissât aller comme un lys fatigué
Qui se penche sur sa tige.

— " Capitaine, la pièce d'avant s'enfonce à vue d'œil.
Les baux de pont se rompent par dessous,
Il serait bon de prendre une heure ou deux pour réparer
Et de rapiécer les plaques fracassées."
Et le capitaine répondit : " Faites-le".

Il ouvrit le feu à moins d'un mille.
Comme on tire au vol le canard,
Et le grand canon d'arrière tira juste et bien,
Dans le balancement du navire, vers le ciel pur,
Et la grande tourelle d'arrière fut coincée.

— "Capitaine, la tourelle s'emplit de vapeur,
Les tubes d'alimentation éclatent en bas,
On entend bien le sifflement du piston impuissant.
On entend bien les étagues emmêlés se gêner."
Et il répondit : " Allez au plus près, et partez !

C'était notre navire de guerre, le Clampherdown,
Et il roulait terriblement;
Il fit demi-tour pour recevoir le feu du croiseur,
Ainsi que la baleine blanche supporte la colère de l'orque,
Quand ils se font la guerre dans les glaces du pôle.

—" Capitaine, les obus tombent dur,
Et nous tombons plus vite encore ;
Il n'est pas bon pour un mauvais outil anglais
D'attendre d'une pendule qui marche huit jours
La mort qu'on ne peut pas voir.
Couche-toi, couche-toi, mon brave gabier breveté,
Nous donnons dans son travers,
Nous n'osons pas donner un coup d'éperon car il peut courir
Aurez-vous l'audace de faire tirer un autre canon
Et de mourir dans la vapeur qui écorche ?"

C'était notre navire de guerre, le Clampherdown,
Qui portait une cuirasse de flanc,
Mais cinquante pied de surface à l'avant, à l'arrière,
Nus comme le ventre de la truie du commis aux vivres, étaient exposés
A la grêle que lançait le Nordenfeldt.

—" Capitaine, on nous hache, en tous sens,
Les projectiles d'acier trempé vont vite !
Nous avon vidé les soutes à charbon en pleine mer ;
Leurs boites à mitraille éclatent là ou devrait être notre charbon."
Et il repartit : " Laissez-le dériver"

C'était notre navire de guerre, le Clampherdown,
Et il fit demi-tour sur la marée ;
Ses deux canons muets regardaient d'un air farouche au sud et au nord ;
Le sang et la vapeur bouillonnante s'échappaient,
Et il broya le flanc du croiseur.

—" Capitaine, cria-t-on, la bataille est finie,
On vous ordonne d'envoyer votre épée."
Et il répondit : " Qu'on jette les grappins d'abordage à l'avant et à l'arrière.
Ils ont demandé de l'acier ; ils vont en avoir.
Dégainez les coutelas, et à l'abordage !"

C'était notre navire de guerre, le Clampherdown,
Il cracha quatre cents hommes
Et les chauffeurs échaudés hurlèrent de joie,
En s'entassant sur la coursive et entendant la bataille
qui trépignait au dessus de leur parc aux murs d'acier.

On nettoya le croiseur d'un bout à l'autre,
Depuis le kioske de la barre jusq'à la soute ;
On se battit comme on le faisait dans la flotte de Nelson ;
On était dévêtu jusqu'à la ceinture, on était nus jsuqu'aux pieds,
Tout comme au temps jadis.

C'était le Clampherdown, en train de couler ;
Il se penchait sur son flanc fracassé,
Et porta un million de livres en acier
A la morue et au congre mangeur de cadavres
Et à ce que porte la marée du canal.

Et c''était l'équipage du Clampherdown
Parti pour braver la mer,
Montant un croiseur conquis sur un vieil ennemi
Ainsi qu'on le faisait il y a bien longtemps,
Ainsi qu'on le fera encore.



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The Ballad of the Clampherdown


This was originally written for the
"St. James's Gazette" as a deliberate
skit on a letter by a correspondent
who seemed to believe that naval
warfare of the future would be
conducted on the old Nelsonic battle
lines, including boarding, etc. By some
accident it was treated from the first
as a serious contribution - was even,
if I remember rightly, set to music as
a cantata. I never explained this till now.
(Rudyard Kipling, in the Definitive Edition
of his verse, published in 1940, after his death)
1
IT WAS our war-ship Clampherdown
Would sweep the Channel clean,
Wherefore she kept her hatches close
When the merry Channel chops arose,
To save the bleached marine.
2
She had one bow-gun of a hundred ton,
And a great stern-gun beside;
They dipped their noses deep in the sea,
They racked their stays and stanchions free
In the wash of the wind-whipped tide.
3
It was our war-ship Clampherdown,
Fell in with a cruiser light
That carried the dainty Hotchkiss gun
And a pair o’ heels wherewith to run
From the grip of a close-fought fight.
4
She opened fire at seven miles —
As ye shoot at a bobbing cork —
And once she fired and twice she fired,
Till the bow-gun drooped like a lily tired
That lolls upon the stalk.
5
“Captain, the bow-gun melts apace,
The deck-beams break below,
’Twere well to rest for an hour or twain,
And botch the shattered plates again.”
And he answered, “Make it so.”
6
She opened fire within the mile —
As ye shoot at the flying duck —
And the great stern-gun shot fair and true,
With the heave of the ship, to the stainless blue,
And the great stern-turret stuck.
7
“Captain, the turret fills with steam,
The feed-pipes burst below —
You can hear the hiss of the helpless ram,
You can hear the twisted runners jam.”
And he answered, “Turn and go!”
8
It was our war-ship Clampherdown,
And grimly did she roll;
Swung round to take the cruiser’s fire
As the White Whale faces the Thresher’s ire
When they war by the frozen Pole.
9
“Captain, the shells are falling fast,
And faster still fall we;
And it is not meet for English stock
To bide in the heart of an eight-day clock
The death they cannot see.”
10
“Lie down, lie down, my bold A.B.,
We drift upon her beam;
We dare not ram, for she can run;
And dare ye fire another gun,
And die in the peeling steam?”
11
It was our war-ship Clampherdown
That carried an armour-belt;
But fifty feet at stern and bow
Lay bare as the paunch of the purser’s sow,
To the hail of the Nordenfeldt.
12
“Captain, they hack us through and through;
The chilled steel bolts are swift!
We have emptied the bunkers in open sea,
Their shrapnel bursts where our coal should be.”
And he answered, “Let her drift.”
13
It was our war-ship Clampherdown,
Swung round upon the tide,
Her two dumb guns glared south and north,
And the blood and the bubbling steam ran forth,
And she ground the cruiser’s side.
14
“Captain, they cry, the fight is done,
They bid you send your sword.”
And he answered, “Grapple her stern and bow.
They have asked for the steel. They shall have it now;
Out cutlasses and board!”
15
It was our war-ship Clampherdown
Spewed up four hundred men;
And the scalded stokers yelped delight,
As they rolled in the waist and heard the fight
Stamp o’er their steel-walled pen.
16
They cleared the cruiser end to end,
From conning-tower to hold.
They fought as they fought in Nelson’s fleet;
They were stripped to the waist, they were bare to the feet,
As it was in the days of old.
17
It was the sinking Clampherdown
Heaved up her battered side—
And carried a million pounds in steel,
To the cod and the corpse-fed conger-eel,
And the scour of the Channel tide.
18
It was the crew of the Clampherdown
Stood out to sweep the sea,
On a cruiser won from an ancient foe,
As it was in the days of long ago,
And as it still shall be.

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