Charme (1910)
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Le poème ouvre le deuxième recueil de nouvelles du « cycle de Puck » inspiré par l’installation définitive de Kipling dans le Sussex.
En francais comme en anglais « charme/charm » a le double sens de sortilège, magie et de séduction, d’attirance mystérieuse qui découle du sens premier. C’est le premier sens qui est évoqué dans ce poème.
« La vision voilée ou tournée vers l’intérieur » traduction infructueuse de : «Webbed and inward-turning eye ». Les traducteurs privilégient la guérison physique de la « taie », la « cataracte » et de l’œil « bigleux » ou « rentré (?), mais est-cela qui empêche de voir le trésor caché sous notre nez ?
Traductions : en prose de J.Vallette, Retour de Puck, 1899
En vers de J.C. Amalric La Pléiade p1007, 1996
Prends autant de terre d’Angleterre
Que chacune de tes mains peut en saisir.
En la prenant, souffle
Une prière pour tous ceux qui reposent dessous.
Non pas les grands ni les bien nommés,
Mais la simple foule innombrable
Dont la vie et la mort ne font l'objet
D'aucun rapport ni lamentation.
Pose cette terre sur ton cœur,
Et ta maladie disparaîtra !
Elle adoucira et guérira
Ton souffle fiévreux et ton âme infectée.
Elle contiendra avec force
Ta main et ton esprit trop occupés,
Elle apaisera ta lutte mortelle
Contre le malheur immortel de la vie,
Jusqu'à ce que toi-même, rétabli, tu prouves
Avec quelle grâce les Cieux agissent.
Prends parmi les fleurs d’Angleterre ces
Primevères printanières au visage plein,
La rose sauvage et généreuse de l'été,
La giroflée d'automne des clos,
Et, pour illuminer tes ténèbres,
Le lierre d’hiver grouillant d'abeilles.
Cherche-les et sers-les là où elles demeurent,
De la Chandeleur à Noël,
Car ces simples, utilisées à bon escient,
Peuvent restaurer une vue déclinante.
Celles-ci nettoieront et purifieront
La vision voilée ou tournée vers l’intérieur ;
Celles-ci te montreront le trésor caché
Au milieu de tes champs familiers ;
Sous ton seuil, ton foyer,
Ou sur ton chemin quotidien ;
Et elles révéleront (car tel est ton besoin)
Que chaque homme est en vérité un Roi !
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Traduction de J.Vallette, Retour de Puck, 1899
Le texte est présenté en prose.
Prends de la terre d’Angleterre ce qu'il en tient dans chaque main, en murmurant une prière pour ceux qui sont couchés dessous : non les grands, les fortunés , mais les bonnes gens innombrables dont la vie et la mort n'ont eu ni lamentation ni chronique : mets cette terre sur ton cœur, et ton mal s’évanouira.
Elle rendra douces et saines âme enflammée, fiévreuse haleine, et sera puissante à calmer mains et cerveaux trop affairés ; tant que tu sois enfin guéri par la grâce envoyée des Cieux.
Prends de ces fleurs de l’Angleterre : primevères épanouies, d’été l’églantine au cœur ample, giroflées du clos à l’automne, et, pour illuminer ta nuit lierre d’hiver chargé d’abeilles. Recherche ces fleurs et les sers de la Chandeleur à Noël : le bon usage de ces simples ranime la vue affaiblie.
Elles rendront propres et purs la cataracte et l’œil rentré ; te montreront trésors cachés parmi tes champs familiers, à ton foyer ou sur ton seuil, sur ta route quotidienne, en te révélant ce qu’ignores le Roi qui se cache en tout homme.
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A Charm
Take of English earth as much
As either hand may rightly clutch.
In the taking of it breathe
Prayer for all who lie beneath.
Not the great nor well-bespoke,
But the mere uncounted folk
Of whose life and death is none
Report or lamentation.
Lay that earth upon thy heart,
And thy sickness shall depart!
It shall sweeten and make whole
Fevered breath and festered soul.
It shall mightily restrain
Over-busied hand and brain,
It shall ease thy mortal strife
'Gainst the immortal woe of life,
Till thyself, restored, shall prove
By what grace the Heavens do move.
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