C.19. A Charm

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                                                     Charme (1910)

Rewards and Fairies> Songs from Books
Rewards and Fairies : Présentation du recueil / Sommaire des poèmes
Le poème fait partie de la sélection de poèmes de T.S. Eliot : A Choice of Kipling's Verse
Le poème ouvre le deuxième recueil de nouvelles du « cycle de Puck » inspiré par l’installation définitive de Kipling dans le Sussex.
En francais comme en anglais « charme/charm » a le double sens de sortilège, magie et de séduction, d’attirance mystérieuse qui découle du sens premier. C’est le premier sens qui est évoqué dans ce poème.
« La vision voilée ou tournée vers l’intérieur » traduction infructueuse de : «Webbed and inward-turning eye ». Les traducteurs privilégient la guérison physique de la « taie », la « cataracte » et de l’œil « bigleux » ou « rentré (?), mais est-cela qui empêche de voir le trésor caché sous notre nez ?

Traductions : les deux recueils de Puck sont parmi les plus anciennement et régulièrement réédités et traduits. Ce poème a de plus été diffusé en dehors du recueil après la première guerre mondiale dans une lecture "patriotique", en particulier celle de Victor Glachant. J'ai pu en relever cinq, dont quatre dans le domaine public :
— en prose de J.Vallette, Retour de Puck, 1899 ( voir plus bas).
— en prose d'André Chevrillon La Poésie de Rudyard Kipling Revue des Deux Mondes, 6e période, tome 57, 1920.(voir plus bas).
partielle en prose rimée de Victor Glachant, Etude sur Rudyard Kipling, Chantre de la Grande Guerre. Librairie de France, 1921 ( voir plus bas)

en vers rimés de Jules Castier, Poèmes choisis par T.S Eliot Robert Laffont 1949
— En vers de J.C. Amalric
Adieu les Fées... La Pléiade p1007, 1996


Charme

Prends autant de terre d’Angleterre
Que chacune de tes mains peut en saisir.
En la prenant, souffle
Une prière pour tous ceux qui reposent dessous.
Non pas les grands ni les bien nommés,
Mais la simple foule innombrable
Dont la vie et la mort ne font l'objet
D'aucun rapport ni lamentation.
Pose cette terre sur ton cœur,
Et ta maladie disparaîtra !

Elle adoucira et guérira
Ton souffle fiévreux et ton âme infectée.
Elle contiendra avec force
Ta main et ton esprit trop occupés,
Elle apaisera ta lutte mortelle
Contre le malheur immortel de la vie,
Jusqu'à ce que toi-même, rétabli, tu prouves
Avec quelle grâce les Cieux agissent.

Prends parmi les fleurs d’Angleterre ces
Primevères printanières au visage plein,
La rose sauvage et généreuse de l'été,
La giroflée d'automne des clos,
Et, pour illuminer tes ténèbres,
Le lierre d’hiver grouillant d'abeilles.
Cherche-les et sers-les là où elles demeurent,
De la Chandeleur à Noël,
Car ces simples, utilisées à bon escient,
Peuvent restaurer une vue déclinante.

Celles-ci nettoieront et purifieront
La vision voilée ou tournée vers l’intérieur ;
Celles-ci te montreront le trésor caché
Au milieu de tes champs familiers ;
Sous ton seuil, ton foyer,
Ou sur ton chemin quotidien ;
Et elles révéleront (car tel est ton besoin)
Que chaque homme est en vérité un Roi !

§§§§§§§§§§§§

Traduction de J.Vallette, Retour de Puck, 1899
Le texte est présenté en prose.

Prends de la terre d’Angleterre ce qu'il en tient dans chaque main, en murmurant une prière pour ceux qui sont couchés dessous : non les grands, les fortunés , mais les bonnes gens innombrables dont la vie et la mort n'ont eu ni lamentation ni chronique : mets cette terre sur ton cœur, et ton mal s’évanouira.
Elle rendra douces et saines âme enflammée, fiévreuse haleine, et sera puissante à calmer mains et cerveaux trop affairés ; tant que tu sois enfin guéri par la grâce envoyée des Cieux.
Prends de ces fleurs de l’Angleterre : primevères épanouies, d’été l’églantine au cœur ample, giroflées du clos à l’automne, et, pour illuminer ta nuit lierre d’hiver chargé d’abeilles. Recherche ces fleurs et les sers de la Chandeleur à Noël : le bon usage de ces simples ranime la vue affaiblie.
Elles rendront propres et purs la cataracte et l’œil rentré ; te montreront trésors cachés parmi tes champs familiers, à ton foyer ou sur ton seuil, sur ta route quotidienne, en te révélant ce qu’ignores le Roi qui se cache en tout homme.


§§§§§§§§§§§§§§§§

Traduction d'André Chevrillon La Poésie de Rudyard Kipling Revue des Deux Mondes, 6e période, tome 57, 1920. Ecrivain, Professeur et académicien, Chevrillon propose un essai sur la poésie de Kipling dans laquelle il propose quelques très bonnes traductions commentées, souvent fragmentaires, présentées comme reproduit ici :


"Charme
Prends de la terre anglaise juste autant — que tes mains en peuvent saisir. — En la prenant, murmure — une prière pour tous ceux qu’elle recouvre. — Non pas les grands ni ceux qu’on a loués — mais tous les simples dont nul ne sait les nombres, — dont la vie et la mort — ne furent ni célébrées ni lamentées. — Mets cette terre contre ton cœur, — et ton mal te quittera !"


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Traduction partielle en prose rimée de Victor Glachant, Etude sur Rudyard Kipling, Chantre de la Grande Guerre. Librairie de France, 1921
Glachant ne cite pas le titre mais l'introduit en parlant du "charme du pays natal". Il s'agit moins d'une traduction que d'une adaptation/transformation/réécriture assez grandiloquente et laborieuse. Glachant ne cache d'ailleurs pas qu'il réécrit et donne en note la traduction "précise, littérale" de la première strophe, sans citer le traducteur ... qui est Chevrillon comme on peut le voir juste au dessus. A prendre donc plus comme un document témoignant d'une certaine compréhension de Kipling après guerre que comme une traduction.

... Ton âme souffre, Ami ?...— Pour chasser ce malaise,
prends du sable natal, prends de la terre anglaise
juste autant que tes mains en peuvent contenir...
Et tu verras ! — ton mal à jamais va finir !...

En la prenant, mon fils, murmure une prière
brève, ardente, pour ceux que couvre cette terre :
non pas tous !... non les grands, ceux qu'on a trop loués,
mais les petits, les gens faibles, humiliés,

Troupeau d'êtres obscurs dont nul ne sait le nombre,
dont le nom se perdit, enseveli dans l'ombre,
dont nul ne jalousa ni ne vanta le sort,
dont nul n'apprit la vie ou lamenta la mort !

Contre ton cœur ému mets cette simple terre...
Et l'haleine des morts sur ce cœur solitaire
versera sa fraîcheur : baume silencieux
qui pénètre le sol, coulant du sein des cieux !

Garde un long temps, fiévreux, la naïve attitude,
tant qu'enfin chez tes sens naisse la quiétude....
Cendre mystérieuse ! influx d'apaisement !
poudre d'astre vers toi jailli du firmament !...

(1)... Prends de la terre anglaise juste autant que tes mains en peuvent saisir. En la prenant, murmure une prière pour tous ceux qu'elle recouvre. Non pas les grands ni ceux qu'on a loués, mais tous les simples dont nul ne sait les nombres, -dont la vie et la mort ne furent ni célébrées ni lamentées. Mets cette terre contre ton cœur, et ton mal te quittera! (Traduction précise, littérale, du poème de RUDYARD KIPLING.)

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A Charm

Take of English earth as much
As either hand may rightly clutch.
In the taking of it breathe
Prayer for all who lie beneath.
Not the great nor well-bespoke,
But the mere uncounted folk
Of whose life and death is none
Report or lamentation.
Lay that earth upon thy heart,
And thy sickness shall depart!

It shall sweeten and make whole
Fevered breath and festered soul.
It shall mightily restrain
Over-busied hand and brain,
It shall ease thy mortal strife
'Gainst the immortal woe of life,
Till thyself, restored, shall prove
By what grace the Heavens do move.

Take of English flowers these
Spring's full-faced primroses,
Summer's wild wide-hearted rose,
Autumn's wall-flower of the close,
And, thy darkness to illume,
Winter's bee-thronged ivy-bloom.
Seek and serve them where they bide
From Candlemas to Christmas-tide,
For these simples, used aright,
Can restore a failing sight.

These shall cleanse and purify
Webbed and inward-turning eye;
These shall show thee treasure hid
Thy familiar fields amid;
At thy threshold, on thy hearth,
Or about thy daily path;
And reveal (which is thy need)
Every man a King indeed!



3 réponses à « C.19. A Charm »

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