Les câbles sous-marins (1893)
English Illustrated Magazine > The Seven Seas
Le poème est le quatrième poème des six qui composent la section A Song of the English ( II. The Coastwise Lights)
Les câbles transatlantiques sous-marins permettent grâce au télégraphe électrique une communication rapide à partir de 1866, bouleversant la conception spatio-temporelle du monde en général, et de l’Empire anglais en particulier. Des nouvelles qui prenaient plusieurs mois aller-retour peuvent être échangées instantanément. Passionné par la technique, journaliste et grand voyageur Kipling a dû être très sensible à longue attente des "nouvelles" qui entraîne une perception, une expérience du temps particulière, et au "meutre" de ce père-là, le Temps.
Dans ce poème comme dans d'autres, kipling « humanise » souvent les « objets » (Big Steamers, The Bell Buoy, Cruisers).
« Les épaves se dissolvent au dessus de nous » Kipling comme beaucoup de gens à l’époque pense que la pression des grandes profondeurs est telle qu’elle devient assez dense pour qu’un navire coulé se trouve bloqué, « suspendu » loin du fond où reposent les câbles.
« scintillent, virevoltent et battent » transposition du code Morse que transmettent les câbles.
Traduction en vers de Jules Castier, Les sept Mers, Louis Conard 1920 (à venir)
Les Câbles Sous-Marins
Les épaves se dissolvent au-dessus de nous ; leur poussière descend de très loin—
Vers les ténèbres, vers les ténèbres absolues, là où se trouvent les aveugles serpents de mer blancs.
Il n’y a aucun son, aucun écho de son, dans les déserts des profondeurs,
Ni dans les vastes plaines grises et uniformes de la boue où rampent les câbles couverts de coquillages.
Ici, dans le berceau du monde — ici, sur les nervures reliant la terre,
Les mots, et les paroles des hommes, scintillent, virevoltent et battent —
Avertissement, chagrin et profits, salutions et réjouissances —
Car une Puissance trouble le Silence qui n’a ni voix ni pieds.
Ils ont éveillé les Choses intemporelles ; ils ont tué leur père, le Temps,
En se donnant la main dans la pénombre, à une lieue du dernier rayon du soleil.
Chut ! Les hommes parlent aujourd’hui au-dessus du désert de la boue ultime,
Et un nouveau Mot circule entre eux: murmurant : « Soyons un ! »
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Traduction en vers de Jules Castier, Les sept Mers, Louis Conard 1920
Les Câbles sous-marins
L'épave, sur nos fronts, croule, et se pulvérise,
De tout là-haut tombant en grains, —
Jusqu'au fond ténébreux que nul éclat n'irise,
Où sont les blancs serpents marins.
Nul bruit,— nul écho, même, du son d'un moment,
Au fond des déserts sans sillages,
Dans les plaines de vase où rampent sourdement
Les câbles lourds de coquillages.
Dans ce sein caverneux de l'arcane du monde,
Sous les traverses du grand sol.
Des mots, des mots humains, battent, en foi profonde,
Flottent sur l'aile, à leur envol, —
Oui, l'avertissement, la douleur, et le gain,
Le salut, le bonheur immense, —
Une Force a troublé le Calme souverain,
Sans voix, sans pas, dans sa puissance.
Car ils ont éveillé les Choses éternelles,
Occis leur vieux père, le Temps ;
Leurs mains ont pu se joindre aux pénombres mortelles,
Loin des derniers rayons ardents.
Chut! Par-dessus l'amas de cette vase ultime,
Des hommes parlent, c'est admis,
Et c'est un mot nouveau qui passe dans l'abîme :
"Soyons unis, soyons unis !"
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The Deep-Sea Cables
The wrecks dissolve above us; their dust drops down from afar—
Down to the dark, to the utter dark, where the blind white sea-snakes are.
There is no sound, no echo of sound, in the deserts of the deep,
Or the great grey level plains of ooze where the shell-burred cables creep.
Here in the womb of the world—here on the tie-ribs of earth
Words, and the words of men, flicker and flutter and beat—
Warning, sorrow and gain, salutation and mirth—
For a Power troubles the Still that has neither voice nor feet.
They have wakened the timeless Things; they have killed their father Time
Joining hands in the gloom, a league from the last of the sun.
Hush! Men talk to-day o'er the waste of the ultimate slime,
And a new Word runs between: whispering, 'Let us be one!'
2 réponses à « D.16. The Deep Sea Cables »
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[…] Song of the English I. A Song of The English II. The Coastwise Lights III. The Song of the Dead IV. The Deep-Sea cables V. The Song of the Sons VI. The Song of the CitiesLa Prime Chanson → The First ChanteyL’Ultime […]
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