D.14. Dedication (The Seven Seas)

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                                             Dédicace de « Les Sept Mers » (1896)
                                                     A la Ville de Bombay


The Seven Seas
Ce poème ouvre le recueil The Seven Seas. Bombay est la ville natale de Kipling, c’est la ville de sa première enfance avant l’exil brutal en Angleterre à six ans. Bombay était la porte d’entrée de l’Inde pour les Anglais.

Traduction : en vers de Jules Castier : Les Sept Mers, Louis Conard, 1920 (voir plus bas)
: de Maud Kendall et Daniel Rosé ( Pierre Jean Jouve) Les Sept Mers Stock 1921 (sommaire inconnu; 11 poèmes))

« Je ne suis pas d’une ville médiocre » = Saint Paul (Actes 21,39) : « d’une ville qui n’est pas sans importance »

                                              Dédicace : A la Ville de Bombay

Les cités sont pleines d’orgueil
Se défiant les unes les autres—
L’une depuis son flanc de montagne,
  L’autre depuis sa grève encombrée.

Elles font le compte de leurs navires —
  Leur blé, leur huile et leur vin,
Leurs derricks, leurs métiers à tisser et leurs ballots,
  Et la ligne de remparts hérissée de canons ;
Ville à Ville, elles s’interpellent :
   « As-tu de quoi rivaliser avec moi ? »

Et les hommes qui en sont issus
  Trafiquent ici et là,
Mais s’accrochent aux ourlets de leurs villes
  Comme un enfant à la robe de sa mère.

Quand ils parlent à des groupes d’étrangers,
  Désorientés et nouvellement esseulés ;
Quand ils marchent sur des terres étrangères,
  Dans des rues bruyantes et inconnues ;
Ils bénissent leur ville où elle se trouve
  Pour sa force qui dépasse la leur.

(Portée haut, pour préserver sa renommée
  Qui surpasse toute renommée,
Par serment pour la soutenir,
  fidèle-fou-tendre  ;
Faisant de son nom, simple souffle,
  Leur serment sur leur serment)

Je remercie donc Dieu que ma naissance
  Ne soit pas survenue dans des îles isolées —
Des promontoires désolés de la terre,
  Ou parmi des tribus guerrières  farouches—
Mais qu’elle m’ait conféré de la valeur
  Et m’ait donné le droit à la fierté.

Certes, dans la peine ou la lutte,
    Sous un ciel étranger,
Quel réconfort de dire :
  « Je ne suis pas d’une ville médiocre ! »

(Ni par le service ni par l’argent
  Je n’ai acquis mon rang —
Elle est pour moi la Mère des Villes,
  Car je suis né à sa porte,
Entre les palmiers et la mer,
  Là où attendent les paquebots du bout du monde.)

Or, pour cette dette que j’ai contractée,
   Et pour le soutien envoyé au loin,
Je dois me hâter et partir
   Avec un tribut pour sa jetée.

Et elle percevra et remettra,
   Selon l’usage des rois
(Ordonné, ancien, convenable)
   Mes pillages de haute mer,
Et mes acquisitions sur toutes les terres.
  Et nous faisons comme signe
Que son pouvoir est au-dessus du mien,
  Et que le mien, je le tiens de ses mains !


                                            §§§§§§§§§§§§§§§§§

Traduction  en vers de Jules Castier : Les Sept Mers, Louis Conard, 1920

                                                  DÉDICACE

A la Ville de Bombay

Les cités sont pleines d’orgueil,
Lançant leur défi qui s’élève—
L'une, des monts qui font son seuil,
L'autre, des trésors de sa grève.

Elles dénombrent leurs bateaux,
Leur blé, leur vin, l'huile, et la paille,
Derricks, métiers, balles, fardeaux,
Et les canons de leur muraille,
Echangeant défis et credos :
<< Et qu'as-tu donc, toi, qui les vaille? >>>

Et tous ceux qu'elles ont portés,
Au monde font leur tâche amère,
Mais s'accrochent à leurs cités,
Tel l'enfant aux pas de sa mère.

Parlant aux étrangers en tas,
Et pris de solitude lasse,
Aux sols nouveaux portant leurs pas,
Dont le grondement les harasse, —
Comme ils la bénissent, là-bas,
Pour sa force qui les dépasse!

Ils se promettent fièrement
De révérer sa noble gloire,
De l'appuyer de leur serment
D'amour fidèle et sans déboire, —
Son nom à peine dit formant
Le sceau sur leur serment notoire.
. . . . .  . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . .

Dieu soit béni, qui me fit naître
Non pas sur un roc écarté,
En quelque endroit stérile et traître,
Où l'homme est encore indompté :
Non: sa valeur m'a pu permettre
D'en ressentir de la fierté!

Au labeur, comme en lutte ardente,
Dessous un ciel lointain jeté,
C'est, certe, un mot qui vous contente:
< Elle est bien noble, ma cité! >>>

(Ni par service, ou par salaire,
N'ai-je gagné ce droit d'amour, —
Mais, des Cités, elle est ma Mère,
Car je naquis dans son pourtour,
Entre la palme et l'onde amère
Où les grand'nefs lui font leur cour).

Et, pour ma dette tant portée,
Et pour son réconfort lointain,
J'accours auprès de sa jetée,
Lourd du tribut de mon butin.

Qu'elle touche, et rende à la ronde,
Suivant l'usage des grands rois,
(Le juste usage d'autrefois)
Mon butin de la mer profonde
Et des lieux où j'ai fourragé.
Et j'agis bien ainsi, pour signe
Que sa puissance est toute insigne,
Que d'elle me vient ce que j'ai!

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                   To the City of Bombay
            (Dedication to The Seven Seas)


1
The Cities are full of pride,
  Challenging each to each—
This from her mountain-side,
  That from her burthened beach.
2
They count their ships full tale—
  Their corn and oil and wine,
Derrick and loom and bale,
  And rampart’s gun-flecked line;
City by City they hail:
   “Hast aught to match with mine?”
3
And the men that breed from them
  They traffic up and down,
But cling to their cities’ hem
  As a child to their mother’s gown.
4
When they talk with the stranger bands,
  Dazed and newly alone;
When they walk in the stranger lands,
  By roaring streets unknown;
Blessing her where she stands
   For strength above their own.
5
(On high to hold her fame
  That stands all fame beyond,
By oath to back the same,
   Most faithful-foolish-fond;
Making her mere-breathed name
  Their bond upon their bond.)
6
So thank I God my birth
  Fell not in isles aside—
Waste headlands of the earth,
  Or warring tribes untried—
But that she lent me worth
  And gave me right to pride.
7
Surely in toil or fray
    Under an alien sky,
Comfort it is to say:
  “Of no mean city am I!”
8
(Neither by service nor fee
  Come I to mine estate—
Mother of Cities to me,
  For I was born in her gate,
Between the palms and the sea,
  Where the world-end steamers wait.)
9
Now for this debt I owe,
   And for her far-borne cheer
Must I make haste and go
   With tribute to her pier.
10
And she shall touch and remit
  After the use of kings
(Orderly, ancient, fit)
  My deep-sea plunderings,
And purchase in all lands.
  And this we do for a sign
Her power is over mine,
  And mine I hold at her hands!

Une réponse à « D.14. Dedication (The Seven Seas) »

  1. […] : 11 poèmes dont je n'ai pas encore la liste.Sommaire de la traduction de Castier : Dédicace → Dedication ( to the City of Bombay)La Chanson des Anglais → The Song of the EnglishLa Prime Chanson → The […]

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