D.9.The Declaration of London

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                                               La déclaration de Londres (1911)


Morning Post > The Years Between
Ce poème « politique » superpose deux évènements pour mieux les opposer : d’une part l’union de la nation lors du couronnement de Georges V et d’autre part la Déclaration de Londres sur la réglementation du transport maritime en cas de guerre ( allusions aux famines possibles) : la Chambre des Lords s’opposant à la Chambre des Communes. C’est l’occasion pour Kipling de s’opposer aux libéraux au nom de l’Empire mais il n’est pas très clair de comprendre quelle Chambre il accuse. C’est sans doute secondaire par rapport à l’amer et clairvoyant constat de la dernière strophe :
« Nous trahirons peut-être avec le temps, Dieu seul le sait,
Mais nous ne voudrions pas que cela se sache, »
qui place Kipling au delà de la pensée conservatrice qu’on lui prête (avec raison) mais plutôt dans une position de « moraliste » politique.
Sur ce thème du ravitaillement maritime et de son importance pour un pays insulaire voir Big Steamers

Race : en 1911 est l’équivalent dans ce discours de Peuple, de Nation sans connotations raciales.

                                 La Déclaration de Londres

(Lors de la reprise des travaux du Parlement après le
Couronnement, le gouvernement n'a nullement l'intention
de permettre à ses partisans de voter selon leurs
convictions sur la Déclaration de Londres, mais insiste
pour que le vote soit strictement dans la ligne du parti. — Journaux quotidiens.)


Nous étions tous unis d'un même cœur et d'une même race
Lorsque les trompettes de l'abbaye sonnèrent.
Pendant un instant de répit,
Nous vous avions oubliés.
Mais vous voilà de retour à votre place d'honneur,
Haletants, prêts à nous faire honte à nouveau.

Nous avons marché avec les Âges morts—
Avec notre Passé vivant et flamboyant.
Et vous nous demandez de mettre notre honneur en gage pour du pain,
En ce jour parmi tous les jours !
Et vous ne pouvez attendre que nos invités soient partis,
Ou que la couronne de la semaine dernière se fane ?

La lumière est toujours dans nos yeux,
De la Foi et de la Noblesse,
Du Service et du Sacrifice ;
Et cela ne s’accorde pas à notre sentiment,
De nous tourner si vite vers vos trahisons
Qui privent notre terre de sa nourriture.

Nos oreilles résonnent encore
De nos mers jadis impériales,
Exultantes après le couronnement de notre roi,
Sous le soleil et la brise.
Il est trop tôt pour les enchainer
Ou les vendre selon vos décrets.

Attendez que la mémoire s'efface,
Attendez que les visions s'estompent,
Nous trahirons peut-être avec le temps, Dieu seul le sait,
Mais nous ne voudrions pas que cela se sache,
Quand vous ferez votre rapport à nos ennemis méprisants.


                    The declaration of London

(On the re-assembling of Parliament after the
Coronation, the Government have no intention
of allowing their followers to vote according to their
convictions on the Declaration of London, but insist
on a strictly party vote.—Daily Papers.)


We were all one heart and one race
When the Abbey trumpets blew.
For a moment’s breathing-space
We had forgotten you.
Now you return to your honoured place
Panting to shame us anew.

We have walked with the Ages dead—
With our Past alive and ablaze.
And you bid us pawn our honour for bread,
This day of all the days!
And you cannot wait till our guests are sped,
Or last week’s wreath decays?

The light is still in our eyes
Of Faith and Gentlehood,
Of Service and Sacrifice;
And it does not match our mood,
To turn so soon to your treacheries
That starve our land of her food.

Our ears still carry the sound
Of our once-Imperial seas,
Exultant after our King was crowned,
Beneath the sun and the breeze.
It is too early to have them bound
Or sold at your decrees.

Wait till the memory goes,
Wait till the visions fade,
We may betray in time, God knows,
But we would not have it said,
When you make report to our scornful foes.

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