Traducteurs et traductions : Victor Glachant ( en construction)

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https://fr.wikisource.org/wiki/Discussion_Auteur:Rudyard_Kipling#Les_traducteurs

                                                       Victor Glachant (1864-1941)

(Par commodité, je donnerai plus bas le texte de l'avant-propos et la conférence de Glachant, en revanche les poèmes seront présentés sur l'article dédié, un lien permettra d'y avoir accès facilement)

Traductions de Kipling (souvent partielles) : "
A Charm => Le Charme du pays natal"
The Children =>Hommages et regrets aux jeunes disparus
Comon Form => Un lugubre reproche
A Dead Statesman=> Pour la tombe d’un homme d’état
A Death Bed => Le Kaiser in extremis"
Dedication" (Five Nations) => Prélude des Cinq Nations
The Dykes =>Les Digues (seulement stances 6–10),
Epitaphs of the War => 9 "Épitaphes"
For All We Have and Are=>"La Mobilization anglaise"
France=> France, tr. Victor Glachant
The Irish Guards => Chanson de marche des Irlandais"
Justice=>La Justice par l’épée, ; L’Écho de Versailles (11 juin 1920)
"My New Cut Ashlar"=>"Exegi momentum",
"A Nativity" "Mater dolorosa",
"The Question" Le Neutre (1916) après la guerre",
"The Recall""L’Âme éternelle du pays",
"Après l’examen de conscience et la douleur d’âme ! (Italie entre dans le conflit européen)",

Toutes ces traductions sont regroupées dans un recueil de conférences : Etude sur Rudyard Kipling, Chantre de la Grande Guerre 1914-1918. Conférences faites à l'Hôtel de Ville de Versailles en juin 1921. Librairie de France. 1922

Victor Glachant s'y présente comme membre de la Société des Gens de Lettres, professeur de Rhétorique au Lycée Hoche et Lauréat de l'Académie française.

Il est par ailleurs ancien élève de l'ENS, promotion 1883, professeur de rhétorique au Lycée Buffon. Traducteur de latin et de Grec,  il a publié des articles de pédagogie, des études littéraires. Il écrit des comptes rendus dans la Revue des études grecques et un article sur l'enseignement du Français dans la Revue internationale de l'enseignement (source)
Prix de l'Académie pour : Papiers d'autrefois. Hachette 1899 et Un laboratoire dramaturgique Essai critique sur le théâtre de Victor Hugo, Hachette,1903.
Le relevé de ces articles, de Lucien de Samosate à Hugo en passant par Benjamin Constant révèle des intérêts éclectiques mais pas dans le domaine de la littérature anglaise en général ni sur Kipling en particulier.

Le style "conférence"  donne un ton particulier à l'exposé de Glachant, dans un registre patriotique et anti-allemand sans doute assez général en 1921 et adapté à son public versaillais : "J'estime qu'il est au monde des haines légitimement vivaces" ( Avant-Propos p.9). C'est dans cet esprit qu'il veut donner à entendre "la grande voix virile, irritée et vengeresse" (Avant-Propos p.8) de Kipling.

Les traductions sont de Glachant, et modifient parfois considérablement le texte. Les poèmes sont en vers rimés et sont lus ou déclamés pendant la conférence par Mme Caristie-Martel de la Comédie-Française, professeure de déclamation à Versailles, surnommée " La muse des Armées".
On peut souligner que Glachant donne du "Sir" à Kipling qui laisse entendre qu'il aurait été anobli, ce qu'il a toujours refusé.

                                         ETUDE SUR RUDYARD KIPLING
                                              Chantre de la Grande Guerre
                                                          (1914-1918)

"                                                   AVANT-PROPOS

                                                                         "Il y a au monde deux choses plus
                                                                                        belles que les autres: — l'une est la
                                                                                       guerre; et l'autre, c'est l'amour"
                                                                                      (RUDYARD KIPLING)

* Peut-être il est trop tard pour parler encor d'Elle», ... j'entends de la Guerre, hideuse souveraine que détestent les mères et qu'apostrophent les poètes :

                                      Guerre, déesse de l'Érèbe,
                                    sombre Guerre aux cris indignés....
                                    toi dont le glaive est le ministre,
                                    toi que l'éclair suit dans les cieux! ...
VICTOR HUGO. Légende des Siècles, I: La Chanson de Sophocle à Salamine.

    Ne vaudrait-il pas mieux enfin se taire, après que tant d'historiens, de romanciers, voire de rimeurs, en ont, depuis huit ans, dépeint sous toutes ses faces la majestueuse et tragique horreur ? Ce thème, repris à l'envi dans la conversation, dans la presse, dans la politique, par tous ceux qui, de près ou de loin, ont pris part à la lutte terrifiante, ou simplement en ont suivi les phases et pesé les fatales conséquences, ce thème, dis-je, commencerait-il vraiment à lasser notre intérêt immédiat? - Tel n'était pas du moins, ce semble, l'avis de mes nombreux auditeurs qui, l'an passé, soit à la Société des Sciences morales, des Lettres et des Arts de Seine-et-Oise, soit à la Bibliothèque populaire, soit à la Société des Sciences de Seine-et-Oise, ont frémi à l'écho de la grande voix virile, irritée et vengeresse que je tâchais de leur traduire en notre idiome : Rudyard Kipling devenait bien alors l'interprète autorisé de leur sentiment propre, fait de rancune et d'horreur.

    Un historien qui, jadis, étudia magistralement les origines de la monarchie prussienne et traça la vivante silhouette de Guillaume II jeune, insolent et superbe (1), un bon patriote dont la maison familiale de province fut, par représailles, incendiée par l'ennemi, déclarait un jour avec raison que la haine est en général aveugle et mauvaise conseillère: aussi ne devons-nous pas la prendre pour guide dans notre rude chemin. Belle doctrine d'impartialité, assurément, et qui fait honneur à quiconque a le courage de la professer intégralement! J'estime pourtant, moi dont l'âge d'enfant et l'âge d'homme mûr ont vu les deux assauts également atroces du même irréconciliable adversaire, j'estime qu'il est au monde des haines légitimement vivaces; et je tiens que nulle règle stricte de morale, laïque ou religieuse, n'oblige l'offensé, même après sa victoire, — au pardon de certains outrages, même après la réparation, forfaits. encore moins, — à l'oubli de certains forfaits.

                                                                                                         V. G.
                                                                                      Versailles, 2 août 1922.
(1) ERNEST LAVISSE, Préface de Trois Empereurs d'Allemagne (Arm. Colin, édit.). M. Lavisse est décédé pendant l'impression de cette brochure (le 18 août 1922).

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MESDAMES, MESSIEURS,

     Je vous rappelle d'abord le sujet de cette simple causerie. Je veux faire devant vous une revue rapide des Poèmes de la Grande Guerre de 1914-1918, composés par l'illustre romancier anglais contemporain, Sir RUDYARD KIPLING. La version poétique de ces extraits,—toute de ma façon,— que vous allez entendre, a du moins, je puis vous le garantir, le mérite de l'exactitude absolue : je n'en ambitionne pas d'autre. Cette traduction en vers de fragments choisis, tirades ou stances, ne vise qu'à interpréter la pensée libre et hardie du grand écrivain de la manière la plus nette et précise, avec une scrupuleuse fidélité au modèle, lequel— vous le verrez— est de toute beauté : force, délicatesse, émotion pathétique, tout y est, rien n'y manque. est

     Mme Caristie-Martel, de la Comédie-Française, artiste éminente par l'esprit comme par le cœur (elle l'a encore prouvé pendant ce long conflit), veut bien, avec plusieurs de ses élèves les plus distinguées, nous faire l'honneur et le plaisir de nous prêter, ce soir, le précieux concours de son très beau talent. Qu'elle en soit ici hautement remerciée, au nom de tous ! Elle a tous les droits à notre sincère reconnaissance.

    Veuillez enfin, Mesdames et Messieurs, me permettre une toute petite annonce préliminaire, bref, si j'ose dire, un prologue miniature..., que plus d'un taxera sans doute de « précaution inutile ».... Mais... qui sait ?... Nos voisins de l'Est viennent parfois rôder à Versailles, ne fût-ce que pour signer un.... cahier de papier, ou livrer un zeppelin. Eh bien! en toute franchise et loyauté, si, par un fâcheux hasard, il faut tout prévoir, car

                         S'il s'est glissé quelque Allemand
                         dans votre aimable compagnie,
                         je le convie obligeamment
                         à se boucher bien fort l'ouïe!...

                       Ou mieux, car je crierai très haut, —
                       qu'autre part le diable l'emporte !...
                       S'il ne veut enrager, il faut
                      qu'il prenne au plus vite la porte!

                       C'est peu probable, assurément ;
                       et c'est par excès de prudence
                      que je vous fais ce boniment !
                      — Personne, ici, n'est Allemand ?!!!...
                     Nul ne sort ?... — Alors, je commence!

Messieurs, à la date précise où nous sommes (29 juin 1921), au lendemain du deuxième anniversaire de la Paix, date postérieure de quelques mois seulement à une courte crise de flottements regrettables et de divergences (espérons-les passagères) de vues et d'opinions sur la politique extérieure entre deux nations solidaires, très étroitement unies, France et Grande-Bretagne, il n'est pas inopportun d'évoquer tout d'abord la belle et chaleureuse apostrophe, et si connue, que Kipling adresse à notre pays. J'en résume la substance en quinze lignes de prose, avant de vous lire la pièce entière. Elle est fort remarquable :

«O France, ô compagne, ô noble émule, nous mesurant sous tous les cieux, nous avons agité l'humanité jusqu'à ce que la terre fût nôtre, et vécu grandement à travers les âges !...
        Maintenant, liées dans le souvenir et le remords, nous avons posé nos armes, riant des vieilles scélératesses..., nous pardonnant des crimes que nul pardon ne peut effacer, cet immortel péché accompli par toutes deux à Rouen, sur la Place du Marché! Main-tenant nous regardons de nouveaux temps prendre forme, nous demandant s'ils recèlent de plus terribles éclairs que ceux que nous avons lancés jadis! Main-tenant nous entendons de nouvelles voix qui se lèvent !... Écoutons bien !... et, nous serrant l'une contre l'autre, tournons ensemble, face au danger, épaule contre épaule, dans notre double et constante garde pour la paix sur la terre ! »

Et nous constaterons que l'auteur de ce noble hymne, intitulé France (1913), se montre plus sévère, à l'égard de ceux qui osèrent troubler cette paix sacrée de l'univers, que le Premier Ministre anglais actuel (1), que je respecte, mais qui, vraiment, afficha parfois, par système, un trop débonnaire souci de ménager les bourreaux aux dépens des victimes !
Voici la traduction intégrale que j'ai tentée de cette brûlante et superbe adjuration. Le morceau est de premier ordre. Je vous en fais juges."

(1) M. Loyd George , ce grand séducteur (?) européen, dont malheureusement le défaut, comme a dit plaisamment M. de Jouvenel au Sénat ( séance du 29 janvier 2022), "consiste à vouloir conquérir la sympathie nouvelle de l'ennemi plutôt que l'affection monotone de l'ami". Des faits récents l'ont amplement prouvé.


                                                       FRANCE !
(A suivre,,,)

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