Le Drapeau anglais 1891
St.James’s Gazette > Barrack-Room Ballads
Poème écrit peu de temps après son retour en Inde. Kipling attaque l’aveuglement des Anglais pour leur Empire et des hommes qui le font vivre. La réaction en Angleterre est mitigée. Ce poème « nationaliste » est réputé pour son vers anti Anglais : « Et que peuvent-ils savoir de l’Angleterre ceux qui ne connaissent que l’Angleterre ? —»
Le drapeau anglais ( L’Union Jack) après une longue hitoire superpose dans sa forme actuelle trois drapeaux : celui de l’Angleterre (croix de Saint-George rouge et blanche), de l’Irlande ( croix de Saint-André rouge et blanche) et de l’Ecosse ( croix de Saint-André bleue et blanche) les deux dernières décalées pour être distinctes.
Bergen : Norvège
Disko Groenland
Dogger : mer du Nord
Iles Vierges : Caraïbes
Lizard : cap le plus au sud des Cornouailles
Kouriles : Archipel entre le Japon et la Russie
Praya : quartier de Hong Kong
Hoogli : Rivière de Calcutta
Le Drapeau anglais
Au-dessus du portique, un mât portant l’Union Jack resta un moment flottant dans les flammes ; mais finalement, lorsqu’il tomba, la foule déchira l’air de ses cris, semblant voir un signe chargé de sens.— Daily Papers
Vents du Monde, donnez votre réponse ! Ils gémissent tantôt d’un côté, tantôt de l’autre —
Et que peuvent-ils savoir de l’Angleterre ceux qui ne connaissent que l’Angleterre ? —
Ces gens bornés qui fanfaronnent, enragent et se vantent,
Ils lèvent la tête dans le silence pour glapir contre le drapeau anglais !
Devons-nous emprunter au Boer un chiffon —pour le couvrir à nouveau de crasse ?
Le bandage d’un menteur irlandais, ou une chemise de lâche anglais ?
On ne peut parler de l’Angleterre ; son drapeau est à vendre ou à partager.
Quel est donc le drapeau de l’Angleterre ? Vents du Monde, prononcez-vous !
Le Vent du Nord souffla : — « Depuis Bergen mes avant‑gardes ferrées vont ;
Je poursuis vos baleiniers paresseux hors de la banquise du Disko ;
Par les Grandes Aurores Boréales au‑dessus de moi j’accomplis la volonté de Dieu,
Et le paquebot se brise sur l’iceberg ou que le bateau se remplisse de morue à Dogger. »
« J’ai fermé mes portes de fer, j’ai verrouillé mes portes de flammes,
Car vos petites coquilles de noix venaient forcer mes remparts ;
J’ai ôté le soleil de leur présence, je les ai renversées de mon souffle,
Et ils sont morts, mais le drapeau de l’Angleterre flottait encore avant que l’esprit ne s’envole. »
« L’ours blanc maigre l’a vu dans la longue, longue nuit arctique,
Le bœuf musqué connaît l’étendard qui défie l’Aurore Boréale.
Quel est le drapeau de l’Angleterre ? Vous n’avez que mes icebergs à affronter,
Vous n’avez que mes courants à conquérir. Partez, car c’est là ! »
Le Vent du Sud soupira : — « Aux Îles Vierges a commencé ma course marine
Par-dessus mille îles perdues dans un océan nonchalant,
Où les oursins flamboient sur le corail et les déferlantes fredonnent
Leurs légendes marines à la lagune refermée et endormie. »
« Errant parmi des îlots solitaires, égaré parmi le labyrinthe des hauts fonds éloignés,
J’ai réveillé les palmiers par mon rire — j’avais dispersé la brume dans la brise —
Jamais ile ne fut trop petite île, jamais mer trop éloignée
Pour qu’au‑dessus des embruns et des palmiers ne flotte un drapeau anglais. »
« Je l’ai libéré des drisses pour en accrocher morceau en doublant le Horn ;
Je l’ai pourchassé vers le Nord jusqu’au Lizard — enroulé, déchiré en lambeaux ;
J’ai étendu ses plis sur ceux qui mouraient, à la dérive sur une mer sans espoir ;
Je l’ai projeté sur le navire négrier, et j’ai vu l’esclave libéré. »
« Mon poisson-lune flottant le connait, tout comme l’albatros en vol,
Là où la vague solitaire s’enflamme sous la Croix du Sud.
Quel est le drapeau de l’Angleterre ? Vous n’avez que mes récifs à défier,
Vous n’avez que mes mers à sillonner. Allez-y , car c’est là qu’il se trouve! »
Le Vent de l’Est rugit : — « Depuis les Kouriles, les Mers Amères, je viens,
Et mes matelots m’appellent le Vent de la Patrie, car je ramène au pays.
Regardez — surveillez vos navires ! Avec le souffle de mon typhon furieux
J’ai balayé votre Praya surpeuplée et échoué vos meilleurs navires à Kowloon ! »
« Les jonques tanguent derrière moi et devant moi les mers qui fuient
J’ai violé votre rade la plus riche — j’ai pillé Singapour !
J’ai mis la main sur le Hooghly ; ses eaux sont élevées comme un serpent capuchonné,
J’ai jeté vos plus solides steamers sur les perchoirs des corbeaux effarés. »
« Jamais le lotus ne se ferme, jamais un oiseau sauvage ne s’éveille,
Sans que s’en aille sur le Vent de l’Est une âme morte pour l’Angleterre —
Homme ou femme, nourrisson, mère ou jeune mariée ou jeune fille —
Parce que sur les os des Anglais, le drapeau anglais est fixé. »
« La poussière du désert l’a terni, l’onagre qui s’enfuit le connaît,
Le léopard blanc effrayé le flaire à travers les neiges immaculées.
Quel est le drapeau de l’Angleterre ? Vous n’avez que mon soleil à affronter,
Vous n’avez que mes sables à parcourir. Allez-y, car c’est là ! »
Le Vent de l’Ouest appela : — « En escadres, les galions insouciants volent
Transportant blé et bétail pour que les gens de la rue ne meurent pas.
Ils font de ma puissance leur porteur, ils font de ma demeure leur chemin,
Jusqu’à ce que je libère mon cou de leur gouvernail et les engloutisse de ma fureur. »
« Je tire le banc de brume glissant comme on sort un serpent de son trou,
Ils mugissent les uns contre les autres, les cloches des navires effrayés sonnent,
Car le jour est une effrayante dérive jusqu’à ce que je soulève le linceul d’un souffle,
Et ils voient des étraves étranges au‑dessus d’eux et les deux s’unissent mortellement. »
« Mais que ce soit dans le calme ou dans les tourbillons, de nuit ou de jour,
Je donne leurs épaves aux congres ou arrache les bordages
En tête des légions dispersées, sous un ciel hurlant,
Trempé entre les rouleaux, le drapeau anglais passe. »
« Le brouillard muet l’a enveloppé — les rosées gelées l’ont embrassé —
Les étoiles nues l’ont vu, une étoile compagne dans la brume.
Quel est le drapeau de l’Angleterre ? Vous n’avez que mon souffle à braver,
Vous n’avez que mes vagues à conquérir. Allez-y, car c’est là qu’il se trouve ! »
The English Flag
Above the portico a flag-staff, bearing the Union Jack, remained fluttering
in the flames for some time, but ultimately when it fell the crowds rent the
air with shouts, and seemed to see significance in the incident.
— DAILY PAPERS.
1
Winds of the World, give answer! They are whimpering to and fro—
And what should they know of England who only England know?—
The poor little street-bred people that vapour and fume and brag,
They are lifting their heads in the stillness to yelp at the English Flag!
2
Must we borrow a clout from the Boer—to plaster anew with dirt?
An Irish liar’s bandage, or an English coward’s shirt?
We may not speak of England; her Flag’s to sell or share.
What is the Flag of England? Winds of the World, declare!
3
The North Wind blew:—“From Bergen my steel-shod vanguards go;
I chase your lazy whalers home from the Disko floe;
By the great North Lights above me I work the will of God,
And the liner splits on the ice-field or the Dogger fills with cod.
4
“I barred my gates with iron, I shuttered my doors with flame,
Because to force my ramparts your nutshell navies came;
I took the sun from their presence, I cut them down with my blast,
And they died, but the Flag of England blew free ere the spirit passed.
5
“The lean white bear hath seen it in the long, long Arctic night,
The musk-ox knows the standard that flouts the Northern Light:
What is the Flag of England? Ye have but my bergs to dare,
Ye have but my drifts to conquer. Go forth, for it is there!”
6
The South Wind sighed:—“From the Virgins my mid-sea course was ta’en
Over a thousand islands lost in an idle main,
Where the sea-egg flames on the coral and the long-backed breakers croon
Their endless ocean legends to the lazy, locked lagoon.
7
“Strayed amid lonely islets, mazed amid outer keys,
I waked the palms to laughter—I tossed the scud in the breeze—
Never was isle so little, never was sea so lone,
But over the scud and the palm-trees an English flag was flown.
8
“I have wrenched it free from the halliard to hang for a wisp on the Horn;
I have chased it north to the Lizard—ribboned and rolled and torn;
I have spread its fold o’er the dying, adrift in a hopeless sea;
I have hurled it swift on the slaver, and seen the slave set free.
9
“My basking sunfish know it, and wheeling albatross,
Where the lone wave fills with fire beneath the Southern Cross.
What is the Flag of England? Ye have but my reefs to dare,
Ye have but my seas to furrow. Go forth, for it is there!”
10
The East Wind roared:—“From the Kuriles, the Bitter Seas, I come,
And me men call the Home-Wind, for I bring the English home.
Look—look well to your shipping! By the breath of my mad typhoon
I swept your close-packed Praya and beached your best at Kowloon!
11
“The reeling junks behind me and the racing seas before,
I raped your richest roadstead—I plundered Singapore!
I set my hand on the Hoogli; as a hooded snake she rose,
And I flung your stoutest steamers to roost with the startled crows.
12
“Never the lotus closes, never the wild-fowl wake,
But a soul goes out on the East Wind that died for England’s sake—
Man or woman or suckling, mother or bride or maid—
Because on the bones of the English the English Flag is stayed.
13
“The desert-dust hath dimmed it, the flying wild-ass knows,
The scared white leopard winds it across the taintless snows.
What is the Flag of England? Ye have but my sun to dare,
Ye have but my sands to travel. Go forth, for it is there!”
14
The West Wind called:—“In squadrons the thoughtless galleons fly
That bear the wheat and cattle lest street-bred people die.
They make my might their porter, they make my house their path,
Till I loose my neck from their rudder and whelm them all in my wrath.
15
“I draw the gliding fog-bank as a snake is drawn from the hole,
They bellow one to the other, the frighted ship-bells toll,
For day is a drifting terror till I raise the shroud with my breath,
And they see strange bows above them and the two go locked to death.
16
“But whether in calm or wrack-wreath, whether by dark or day,
I heave them whole to the conger or rip their plates away,
First of the scattered legions, under a shrieking sky,
Dipping between the rollers, the English Flag goes by.
17
“The dead dumb fog hath wrapped it—the frozen dews have kissed—
The naked stars have seen it, a fellow-star in the mist.
What is the Flag of England? Ye have but my breath to dare,
Ye have but my waves to conquer. Go forth, for it is there!”
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