E.16. Epitaphs of the War 1914-1918

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                                          Epitaphes de la Guerre (1919)
                                                    1914-1918

The years Between> Inclusive Verse
Ces épitaphes font partie de la sélection de T.S. Eliot A Choice of Kipling’s Verse, 1941.
Inspirées d’une anthologie grecque qui regroupe des épitaphes ( inscription commémorative sur une tombe) et des épigrammes qui peuvent également être des inscriptions sur un monument mais aussi de courts vers satiriques; certaines épitaphes étant aussi des épigrammes ironiques.
Membre de la Commission Impériale des tombes de guerre, Kipling a composé ou choisi des  des épitaphes réelles :
Soldats inconnus :" Know unto God"
Soldats dont la tombe a été  déplacée et perdue pendant la Guerre : "Their glory shall not be blotted out"
Soldats enterré dans un cimetière mais sans emplacement certain : "Believed to be buried in this cemetery"
Les épitaphes : "The glorious dead" et "Their name liveth for evermore " figurent sur des momnuments commémoratifs.

En revanche, les épitaphes publiées dans The Years Between sont une œuvre d’imagination:
"Toutes les épitaphes de mon « Inclusive Verse » auxquelles vous faites référence sont entièrement imaginaires. Elles traitent de formes de mort qui ont fort bien pu frapper des hommes et des femmes au cours de la Guerre, mais ne reposent sur aucun fondement ni personnel ni géographique. [Lettre de Rudyard Kipling au colonel C. H. Milburn, citée dans l’article de Milburn sur les Épitaphes de Kipling]"
En réalité, certaines épitaphes commémoratives sont bien réelles.

Le fait que le fils de Kipling soit mort dans les tranchées en 1915 et son corps jamais retrouvé donne évidemment une tonalité particulière à ses épitaphes « imaginaires ", en particulier Un fils, qui commence par "Mon fils"… et Un fils unique. Lieu commun en revanche a été interprété comme la reconnaissance de la culpabilité de Kipling dans l'incorporation et la mort de son fils. C'est sans doute beaucoup simplifier à la fois l'histoire et les sentiments.

La forme brève convient à Kipling qui en peu de mots évoque une silhouette, une action, une personnalité de manière saisissante. Certaines ont la simplicité et la puissance d’un Haïku, comme Le Bleu, d’autres sont plus ironiques et relèvent de l’épigramme comme Bombardé à Londres.
D'autre part,  cette compilation apparemment sans ordre qui couvre bien des combats et des victimes différents relève d'une composition, les épitaphes se suivent, se complètent et s'opposent construisant un récit à voix multiples de la guerre.

Traduction :
—quelques épitaphes ont été traduites par Victor Glachant, Etude sur Rudyard Kipling, chantre de la Grande Guerre, Librairie de France,1922.
— En vers rimés par Jules Castier, Kipling, Poèmes choisis par T.S. Eliot, Robert Laffont, 1949
Pour faciliter le repérage et la comparaison des Epitaphes, je les ai numérotées.

La présentation particulière de ces poèmes me conduit à placer les notes à la fin des épitaphes concernées.



                                                      Epitaphes de la Guerre


                                       1. ÉGALITÉ DANS LE SACRIFICE
       A. « J’étais de ceux qui possédaient. » B. « J’étais de ceux qui ne possédaient pas. »
                       (À l’unisson.) « Qu’as-tu donné que je n’aie pas donné ? »

                                                  2. UN SERVITEUR
                        Nous étions ensemble depuis le début de la Guerre.
                         C'était mon serviteur— et le meilleur des deux

La formule finale rappelle le célèbre poème de Kipling Gunga Din, porteur d’eau hindou qui se sacrifie pour un soldat anglais. Le dernier vers est : "You're a better man than I am, Gunga Din !"

                                                         3. UN FILS
             Mon fils a été tué alors qu'il riait d'une plaisanterie. Si seulement je savais  
    Ce que c’était, cela pourrait me servir à une époque où les plaisanteries sont rares.

                                                    4. UN FILS UNIQUE
                                       Je n'ai tué personne, sauf ma Mère.
                    Elle (bénissant le meurtrier) est morte de chagrin à cause de moi.

                                                   5. ANCIEN COMMIS
                                     N’ayez pas pitié ! L’armée a donné
                                        La Liberté à un esclave timide :
                                         Dans cette Liberté, il a trouvé
                                Force du corps, de la volonté et de l’esprit :
                                   Grâce à cette force, il a pu connaître
                                         Joie, Camaraderie et Amour :
                                    Pour cet Amour, il est allé à la Mort :
                                     Dans cette Mort, il repose satisfait


                                                  6. LE PRODIGE
                              Corps et Âme, je me suis livré tout entier
                       À des instructeurs sévères — et j’ai reçu une âme…
                 Si un simple mortel a pu me transformer de fond en comble,
                          De tout ce que j’étais — que ne pourrait faire Dieu ?

                                  7. UN SOLDAT HINDOU EN FRANCE
        Cet homme dans son pays,  priait nous ne savons pas quelles puissances.
              Nous Les prions de le récompenser pour sa bravoure dans le nôtre.

                                                          8. LE LÂCHE
                        Je ne pouvais supporter de voir la Mort ; sachant cela,
                    Des hommes m'ont conduit vers elle, les yeux bandés et seul.

306 soldats britanniques ou du Commonwealth ont été exécuté pour désertion ou lâcheté pour 3080 condamnations à mort, 18 seulement pour »Cowardice » (côté français, 600 fusillés pour 2400 condamnés à mort). Ils ont été réhabilités en 2006 comme victimes de la guerre.


                                                            9. CHOC
                       J'avais oublié mon nom, ma parole, moi-même.
              Ma femme et mes enfants vinrent— je ne les reconnus pas.
                               Je suis mort. Ma Mère suivit. À son appel
                                 Et sur son sein, je me souvins de tout.

Choc : en anglais Shell shock, en français obusite : Troubles psychiques et physiques observés chez les soldats de la première guerre mondiale, souvent associés à l’onde de choc d’un bombardement, considérés aujourd’hui comme un trouble du stress post traumatique


                                        10. UNE TOMBE PRÈS DU CAIRE
                                        Dieux du Nil, si ce solide gaillard-là
                        S'en va—qu’il s'en aille ! Il ne connaît ni honte ni peur.


                                        11. PÉLICANS DANS LE DÉSERT
                                              (Une tombe près de Halfa)
                Le sable emporté par le vent s'amoncelle sur moi, afin que nul ne sache
                                Où je suis enseveli, pour qui mes enfants pleurent…
                                   Ô ailes qui battent à l'aube, vous revenez
                                    Du désert vers vos petits au crépuscule !             

                                     12. DEUX MEMORIALS CANADIENS
                                                                  I
                                         Nous avons tout donné, tout gagné.
                                       Ne nous pleurez pas, ne nous louez pas.
                                  Seulement, en toutes choses, souvenez-vous
                                      Que c’est la Peur, et non la Mort, qui tue.

                                                                  II
                        Nous sommes venus de petites villes d’un pays lointain,
                          Pour sauver notre honneur, et un monde en flammes.
                          Près de petites villes d’un pays lointain nous reposons
  Et nous vous confions ce monde que nous avons conquis pour que vous le gardiez !

Les deux épitaphes ont été écrits pour deux mémorials canadiens, seul le deuxième a été utilisé, le premier étant arrivé trop tard.


                                                              13. LA FAVEUR
        La mort me favorisa dès le début, sachant bien que je ne pourrais supporter
      De l’attendre jour après jour. Elle quitta ceux qui valaient mieux que moi et vint
                    Sifflant à travers les champs, et, une fois tout arrangé,
        « Ta lignée touche à sa fin », a-t-elle dit, « mais au moins, j’en ai sauvé le nom. »
La faveur : éviter la lâcheté et le déshonneur

                                                           14. LE BLEU
                                A la première heure de mon premier jour,
                        Je suis tombé dans la tranchée de première ligne.
                               (Les enfants, dans les loges au théâtre,
                                            Se lèvent pour mieux voir.)


                                  15. R.A.F. (AGÉ DE DIX-HUIT ANS)
                    Riant à travers les nuages, ses dents de lait encore intactes,
                             Villes et hommes il frappait depuis les airs.
                                 Ses morts livrés, il retournait jouer
                      Comme un enfant, avec l’enfance désormais rangée.

"l’enfance"  traduction de "childish things", référence biblique : 1 Corinthiens 13:11 : «Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant; lorsque je suis devenu homme, j'ai fait disparaître ce qui était de l’enfant.(childish things) »


                                  16. L’HOMME RAFFINÉ
       J'avais l'esprit délicat. Je me suis écarté pour satisfaire mes besoins,
      Méprisant les lieux communs. On m'aperçut de loin et on me tua…
         Est-ce là matière à rire ? Que chacun soit jugé selon ses actes.
  J'ai payé le prix pour vivre avec moi-même, selon les conditions que j’ai voulues.

Lieux communs : Common office : "office" ici dans le sens de latrines, feuillées


                                      17. PORTEUR D'EAU INDIGÈNE (M.E.F.)
                                      Prométhée avait apporté le feu aux hommes.
                                                        Celui-ci apporta l'eau.
                                  Les dieux sont jaloux—maintenant comme alors,
                                                   Ne faisant aucun quartier.

M.E.F. Mesopotamian Expeditionary Force: Contigent indien engagé en Mesopotamie qui a donné lieu à un désastre militaire évoqué par Kipling dans le poème Mesopotamia.


                                   18. BOMBARDÉ À LONDRES
              Sur terre et sur mer, je me suis battu avec acharnement
                Pour échapper à la conscription. C'était dans l'air !

Pendant la première guerre mondiale l’Angleterre et Londres en particulier ont été bombardés depuis des Zeppelins et des avions faisant 557 victimes.


                                19. LA SENTINELLE ASSOUPIE
     Défaillante fut la garde que je montais: désormais, je n'ai plus rien à monter.
          On m'a tué parce que je dormais : maintenant que je suis tué, je dors.
         Que nul ne me reproche plus rien ; quelle que soit la garde négligée—
            Je dors parce que je suis tué. Ils me tuèrent parce que je dormais.


                       20.BATTERIES À COURT DE MUNITIONS
                    Si quelqu’un nous pleure dans l’atelier, dites-lui
         Que nous sommes morts parce que l’équipe était en vacances.


                                21. LIEU COMMUN
        Si quelqu'un demande pourquoi nous sommes morts,
          Dites-lui que c'est parce que nos pères ont menti.

Le titre original, Common Forme : formule usuelle, peut signifier que cette épitaphe serait valable pour toutes les tombes, et pas seulement celle du fils de Kipling.
Cette épitaphe est liée à la suivante qui désigne les « pères » responsables :

                                22. UN HOMME D'ÉTAT MORT
                  Je ne pouvais pas voler : je n'osais pas piller :
                C'est pourquoi j'ai menti pour plaire à la foule.
         Aujourd'hui, tous mes mensonges se sont révélés faux
                 Et je dois faire face aux hommes que j'ai tués.
                  Quel conte pourrai-je raconter ici, parmi
                         Mes jeunes, furieux et floués ?

                                 23. LE REBELLE
                     Si j’avais réclamé à Ta Porte
                  Pour le don de la Vie sur Terre,
   Et, me frayant un chemin à travers les âmes en attente,
           Précipité tête baissée dans la naissance—
      Même alors, même alors, pour les pièges et les filets
                   Sur mon chemin étendus,
Seigneur, je me serais moqué de Ta bienveillante sollicitude
                 Avant de rejoindre les Morts !
       Mais maintenant ? . . . J’étais sous Ta main
       Avant même que les Planètes n’apparaissent.
  Et maintenant — bien que les planètes passent, je reste
                   Le Témoin de Ta honte.

Les pièges et les filets : Esaïe 8.14 :"C’est l'Eternel des armées que vous devez sanctifier, C'est lui que vous devez craindre et redouter. Et il sera un sanctuaire, Mais aussi une pierre d'achoppement, Un rocher de scandale pour les deux maisons d'Israël, Un filet et un piège pour les habitants de Jérusalem. ".


                            24. L’OBÉISSANT
    Chaque jour, bien qu'aucune oreille ne m'écoutât,
                         Mes prières s'élevaient.
         Chaque jour, bien qu'aucun feu ne descendît,
                       Je faisais mon sacrifice.
       Bien que mes ténèbres ne se dissipassent pas,
          Bien que mon sort ne s'allégeât pas,
   Bien que les dieux ne m'accordassent aucun don,
                             Néanmoins,
                 Néanmoins, je servais les Dieux !


                                 25. UN CHALUTIER AU LARGE DE TARENTE
Lui, venu du nord balayé par les vents, descendit avec son navire et ses compagnons.
               Cherchant les œufs de mort pondus par des coques invisibles.
             Il en trouva beaucoup et les remonta. Soudain, la pêche prit fin
Dans les flammes et un souffle assourdissant, rien de nouveau pour les mouettes qui picorent les yeux.

Drifter : chalutier pour la pêche au hareng, transformé en dragueur de mines, venu d’Ecosse au sud de l’Italie.
Les mines sont sans doute ici larguées depuis un sous-marin.


                                   26. DESTROYERS EN COLLISION
                    Contre le Brouillard et le Destin nul charme n’est trouvé
                                        Pour alléger ou réparer.
                    Moi qui me précipitais vers mon épouse, je fus noyé —
                                      Frappé par mon meilleur ami.


                                      27. ESCORTE DE CONVOI
                                        J'étais le berger d'insensés,
                               Sans raison téméraires ou craintifs.
                          Ils ne voulaient pas respecter mes règles.
                          Et pourtant, ils s’en sont sortis. Car je suis resté.


                  28.CADAVRE D'UNE FEMME NON IDENTIFIÉE
                                     Sans tête, sans pieds ni mains,
                                    Horrible j'échoue sur le rivage.
                                   J’implore tous les fils des femmes
                                   Sachez que je fus mère, autrefois.


                                     29.VIOLÉE ET VENGÉE
                   L’un m’a violée  et massacrée ; un autre m’a vue
                          Brisée —Pour cela cent moururent
                     Ainsi fut appris par les hordes païennes
                Combien coûte la faveur d’une femme née libre.

Cent moururent : Cf The grave of the Hundred Head. Un régiment massacre cent Birmans pour venger la mort d’un des leurs.


                                  30. LA TOMBE DE SALONIQUE
                                             J'ai vu mille jours
                                Emerger et ramper vers la nuit
                               Lentement, comme des tortues.
                                À présent, moi aussi, je les suis.
                              C'est la fièvre, et non le combat—
                              Le temps, et non la bataille—qui tue.

Un corps expéditionnaire a été envoyé en 1915 en Grèce à Salonique , où le paludisme fit plus de victimes que les combats.


                                   31. LE MARIÉ
                 Ne me traite pas d’infidèle, bien-aimée,
                       Si, de ton sein à peine connu
                         Si peu de temps passé,
                    Dans d’autres bras je repose.

                   Car cette épouse plus ancienne
                      Que j’enlace froidement
                         Fut fidèle à mes côtés
                 Avant que je ne voie ton visage.

                Notre mariage, maintes fois fixé,
                     Par un miracle retardé,
                      Est enfin consommé,
                     Et ne peut être défait.

                Vis donc, que la Vie guérira
                  Presque de la Mémoire,
                   Et laisse-nous endurer
                      Son immortalité.


                                   32. V. A. D. (MÉDITERRANÉE)
Ah, si seulement les navires rapides n’avaient jamais existé, nous n’aurions jamais trouvé,
         Entre ces âpres rochers  de la mer Égée, cette jeune vierge noyée,
Que ni époux ni enfant ne pleureront, mais les hommes qu’elle a soignée dans la souffrance,
          Et… certains navires dont les païens attendent en vain le retour.

V.A.D : Voluntary Aid Detachment : Infirmières auxiliaires
Le premiers vers est une traduction d’une épitaphe antique, le dernier une référence à la mort du roi Egée, père de Thésée, guettant le retour du navire et la couleur des voiles.


                                              33. ACTEURS
Sur une plaque commémorative dans l’église Holy Trinity, à Stratford-upon-Avon
                   Nous avons autrefois mimé, pour votre divertissement,
               Les joies et les peines des hommes ; mais l heure est passée.
          Nous vous prions de pardonner tout ce en quoi nous avons failli,
                  Puisque nous avons été vos serviteurs jusqu’à la fin.

Cette épitaphe réelle se trouve dans une chapelle de Statford-on-Avon, ville de Shakespeare : « The Actor’s Memorial »

                                          34. JOURNALISTES
                   (Sur un plaque dans le hall de l'Institut des Journalistes)
                                    Nous avons servi notre temps.

Cette plaque réelle est en mémoire des Journalistes tués pendant la grande guerre, Kipling a été sollicité pour l’inscription, en anglais : We have save our Day.
La phrase pouvant se lire : faire son temps de service// servir son époque


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Quelques épitaphes ont été traduites par Victor Glachant, Etude sur Rudyard Kipling, chantre de la Grande Guerre, Librairie de France,1922.
Glachant traduit en vers rimés et modifie, parfois considérablement, le texte, ajoutant des vers de son cru, parfois jusqu’à doubler la longueur du poème, là où Kipling est dans l’ellipse, Glachant ajoute du bavardage. Il ajoute et/ou modifie titres et sous-titres.
J’ai reporté le numéro des épitaphes dans l’ordre donné par la Kipling Society

« Et voici maintenant les épigrammes, au trait acéré, rapide, de forme parfois un peu énigmatique. L'épi-gramme, au sens moderne du mot, signifie, vous ne l'ignorez pas, un court poème satirique, amer ou railleur et mordant, bref comme une inscription lapi-daire. Les anciens ont cultivé ce genre avec succès; les modernes aussi: Boileau, par exemple, ou Voltaire. Telles épigrammes de Kipling égalent les plus belles épigrammes antiques de l'Anthologie grecque. J'ai tâché de rendre en vers très exactement, en quatrains ou huitains, ces raccourcis de poèmes, ces miniatures de forme à la fois savante et naïve, empreintes d'une sobre et sombre ironie. Je cite au hasard:

(11)Pour une tombe, dans le désert de la Haute-Égypte.

« Le sable, au gré du vent, par-dessus moi s'entasse,
pour que nul n'aille dire à mes enfants en pleurs
où gît mon corps, en quel point précis de l'espace !...
O vous, ailes, ô vous qui battez aux lueurs
de l'aube, oiseaux brillants, légers, vivantes fleurs,
vers vos jeunes, le soir, le retour vous délasse!»

(22)Pour la tombe d'un homme d'État, sans franchise et sans conscience, qui sacrifia la jeunesse de son pays (1).

... Je ne pouvais bêcher la terre, n'est-ce pas ?
Je n'osais pas voler; donc, pour plaire à la foule,
j'ai menti: l'imposteur pour elle a tant d'appas !…
J'ai donc menti, Messieurs, menti comme l'eau coule….
Mais, à présent que tous mes actes sont hués,
que l'on a démenti toutes mes impostures,
je dois faire face à tous ceux que j'ai tués,
qui me montrent le poing hors de leurs sépultures !...

Qu'inventerai-je, alors, pour me sauver, parmi
l'élite décimée, irritée et déçue,
d'un peuple où désormais je n'ai plus un ami ?…
jeunesse dont je suis l'horreur... et la sangsue!

(1) Le ministre allemand..., à moins que ce ne soit le Kaiser en personne; mais peut-être bien a aussi pense-t-il à des ministres anglais !


21. UN LUGUBRE REPROCHE
(Plainte des jeunes victimes du conflit.)

Hier nous étions vivants; mais aujourd'hui... nous fûmes !
Le garçon de vingt ans sans retour est parti !...
Si l'on demande un jour, vieux, pourquoi nous mourûmes,
réponds: Parce qu'hélas! leurs pères ont menti!»

28. TÉNÉBREUSE CATASTROPHE
(Pour une femme qui succomba dans un torpillage.)

... Une nuit, je sombrai, poussant des cris hagards,
dans des flots que n'enflait pas la moindre tempête....
Vers la grève poussé, s'offrit à vos regards
l'affreux tronçon d'un corps sans pieds, sans mains, sans tête.
La malédiction pèse sur mes bourreaux !...
Fils des femmes, vous tous qu'émeut ma plainte amère,
révoltés par le crime, ó lumineux héros,
ah! n'oubliez jamais que je fus une mère !

(5) EPITAPHE
(Pour un ancien commis, qui marcha vaillamment à la mort.)

PASSANT, ne me plains pas car au timide esclave
l'armée, avec l'honneur, donna la liberté !
Dans la liberté seule il trouva l'humeur brave:
force de corps, de cœur, d'esprit, de volonté.

Par cette belle force, il a connu la joie,
la camaraderie et la pure amitié....
Si, dans cette amitié, la Mort l'a pris pour proie,
il repose content.... Rengaîne ta pitié !

Ailleurs, le ton s'attendrit, la note devient mélancolique et douce, comme dans les deux pièces que nous citons à la suite de celle-ci:

(9) UN "CHOQUÉ " (1)
(Puissance incomparable de l'amour maternel.)

J'oubliai tout mon nom, et ma langue, et moi-même ! (2)
Ma femme, mes enfants, à mon heure suprême,
sont venus: mes yeux ne les ont point reconnus....
Je suis parti sans rien voir..., non, rien ! — Je mourus
Ma mère me suivit.... O le touchant mystère !...
A son appel si doux, sur le sein de ma mère,
le souvenir revint, qui s'était envolé !
Par miracle, oui, tout... je me suis tout rappelé 1 >>

(1) Victime d'un choc, d'une commotion cérébrale.
(2) VARIANTE: J'avais tout oublié: nom, langue, age, et moi-même!»

(14) INSCRIPTION
Sur la sépulture d'un bleu, victime sur le parapet de son imprudente curiosité héroïque.

Je tombai le premier jour, à la première heure,
dans la tranchée, à l'avant-poste, au premier coup !...
Quel enfant dans la loge, au théâtre, demeure
tranquille, et, pour mieux voir (1), ne se met pas debout?

(1) Dans le texte: pour tout voir.

(4) MORT L'ENFANT, MORTE LA MERE!
Pour un fils unique, parricide involontaire.

... Je ne tuai personne au monde..., hormis ma mère,
que j'adorais pourtant, hélas! de tout mon cœur ;
car, bénissant son meurtrier dans sa prière,
pour moi, par moi seul, elle est morte de douleur! »

(1)L’ÉGALITÉ DANS LE SACRIFICE
Pour une double tombe (Dialogue express).

A.J’étais un riche, moi! B. J'étais pauvre... et pas gras!
(Ensemble.) Eh bien! qu'as-tu donné que je ne donnai pas?


(8) Le déserteur passé par les armes.

Moi, lâche, je n'osais braver la Mort en face.
Pour mon malheur, à tous cette honte apparut.
La Camarde a happé ma tremblante carcasse :
quand même, il me fallut lui payer mon tribut!

Un bandeau sur les yeux, on m'a conduit vers elle....
Des hommes m'ont couché, sans bière, sans linceul
et sans croix, comme il sied au soldat infidèle...
Le jour où je péris sous leurs plombs, j'étais seul!

(3) Pour un fils, mort à l'ennemi en riant.

.... Ah! mon fils fut tué tandis qu'il riait !— Peste
je voudrais tant savoir de quoi !... Dans la bagarre
où nous vivons, où l'œil pour pleurer seul nous reste,
cela me serait bon le rire se fait rare!»

(6) Un miracle (la discipline militaire).

Mon corps, ma volonté, j'ai tout remis, ma foi !
à de durs instructeurs j'ai reçu d'eux une âme….
Si des mortels m'ont fait sans peur comme sans blâme (2),
s'ils m'ont soufflé l'ardeur qui m'entraîne et m’enflamme,
qu'est-ce que Dieu, plus tard, ne fera pas de moi?»

(2) Dans le texte : ont pu me changer jusqu'au fond.


                                         §§§§§§§§§§§§§

Traduction en vers rimés de Jules Castier, Kipling, Poèmes choisis par T.S. Eliot, Robert laffont, 1949

                                                     ÉPITAPHES DE LA GUERRE
                                                                

(1914-1918)


1.ÉGALITÉ DE SACRIFICE
A. J’étais de ceux qui ont. B.-Moi, de ceux qui n'ont pas.
ENSEMBLE. Que donnas-tu, dont moi n'aie aussi fait nul cas?

2. UN DOMESTIQUE
Côte à côte depuis que la Guerre eut sa loi,
Il était mon servant, il fut meilleur que moi.

3.UN FILS
Mon fils tomba, riant d'une plaisanterie.
Puissé-je la connaître elle me servirait
      Dans ce temps où nul n'est prêt
      Pour faire que parfois on rie!

4.UN FILS UNIQUE
Je n'ai tué personn', sauf ma mère. Elle, en pleurs,
(Bénissant qui l'occit) est morte de douleur.

5. L’EX-EMPLOYÉ
          Non point de pleurs! La Guerre avide
          Fit libre un esclave timide!
          Il vit en cette liberté
          Force de corps et volonté :
          Et cette force fit connaître
          L'Amour, la Joie, à tout son être :
          Pour cet Amour, il eut la Mort:
          Dans cette Mort, heureux, il dort.

6. LA MERVEILLE
Mon corps et mon Esprit, j'en donnai toute trame
A de durs Instructeurs, et je reçus une âme...
Puisqu'un mortel m'a pu changer dans mon milieu
Aussi complètement, que ne pourra le Dieu ?

7. UN CIPAYE HINDOU EN FRANCE
    Cet homme en son pays adora quelque Apôtre.
    Prions-le de payer sa bravoure en le nôtre.

8.LE LACHE
  Je n'osais voir la Mort: voyant mes lâchetés,
  On m'y mena tout droit, seul, et les yeux bandés.

9. LE CHOC
Mon nom, ma voix, mon moi, je n'en faisais plus cas.
Vint ma femme, et l'enfant, - je ne les connus pas.
Je mourus. Et ma Mère suivit.
A sa voix Et sur son sein, s'ouvrit la porte d'autrefois.

10. TOMBEAU PRÈS DU CAIRE
Dieu du Nil, si ce brave à d'autres cieux remonte,
Écartez-vous! Il n'a connu ni peur, ni honte!

11. LES PÉLICANS DANS LE DÉSERT
(Tombeau près de Halfa.)
Le vent masse le sable sur moi, pour qu'on ne sache
Où je dors, —moi pour qui mes enfants sont interdits...
Ailes qui, dès l'aurore, battez, c'est votre tâche
De rentrer du désert chaque soir vers vos petits!

12. DEUX STÈLES CANADIENNES
I
En donnant tout, gagnâmes tout.
Que pleurs et louanges soient tues.
Mais en tous points, souvenez-vous:
C'est la Peur, non la Mort, qui tue.

II
De loin, d'humbles cités, nous sommes arrivés
Pour sauver notre honneur et un monde embrasé.
Au loin, en d'humbles lieux, dormons au sol jaloux.
Vous confiant ce monde exorcisé par nous!

13.LA FAVEUR
Dès le début, la Mort m'a su favoriser,
Sachant que je n'en suis, qui endurent sans cesse
D'attendre jour par jour son suprême baiser.
Elle s'en vint, quittant plus d'un en sa promesse,
Sifflant joyeusement par-dessus les épis;
Et, quand elle eut acquis que la chose était prête,
Elle dit: «  Ta lignée est à jamais complète,
Mais j'ai sauvé, du moins, ton nom des noirs oublis. « 

14. LE DÉBUTANT
       A mon premier jour, prime heure d'horloge,
       Au boyau de front je suis venu choir.
       (L'enfant, au théâtre, au fond d'une loge,
       Se lève de même, afin de mieux voir.)

15. R. A. F. (UN AVIATEUR DE 18 ANS)
    Aux nuages riant, ses dents de lait non chues,
    Il frappa de plein ciel hommes, cités et rues.
    Puis, sa mort délivrée, il reprit, puéril,
    Ses jeux, avec des choses du passé subtil.
16. L’HOMME RAFFINÉ
    J'étais d'esprit trop fin pour la foule compacte;
    Dédaignant le commun, de loin je fus tué...
    Est-il donc là gaîté? Qu'on juge d'après l'acte.
    Pour vivre avec moi seul, à mon goût, j'ai payé.

17. UN PORTEUR D'EAU INDIGÈNE (M. E. F.)
Prométhée apporta le feu des cieux brandis;
             Lui porta l'eau qui passe.
Les Dieux restent jaloux, à présent, tel jadis,
             Ils n'ont point fait de grâce.

18.UNE VICTIME D'UN BOMBARDEMENT A LONDRES
Pour n'être point soldat, sur terre ou bien sur mer,
Ai-je fait des efforts!... Le mal était dans l'air!

19.LA SENTINELLE ENDORMIE
  Infidèle à ma garde, et mon devoir trahi,
  On ne m'en donne plus à remplir comme alors.
  Les hommes m'ont tué parce que j'ai dormi:
  Et maintenant, tué, pour tout jamais je dors.
  Que nul ne me reproche un devoir oublié,
  Quelle que soit la garde au grand devoir trahi,
  Car je dors parce que les hommes m'ont tué.
  Ils m'ont tué sans plus parce que j'ai dormi.

20. LES BATTERIES QUI MANQUENT DE MUNITIONS
  Si l'atelier nous pleure un beau jour, dites-leur
  Que l'équipe au repos fut cause que l'on meurt.

21. LA PRIÈRE COMMUNE
Si quelqu'un veut savoir pourquoi la mort nous prit
Dites: c'est parce que nos pères ont menti.

22.UN HOMME D'ÉTAT DÉFUNT
Creuser la terre, - non; voler. - point n'eus l'audace
C'est pourquoi j'ai menti, pour mieux plaire à la masse,
Le temps prouve à présent mes mensonges joués,
Et je vais retrouver tous ceux que j'ai tués.
Quels mots me sauveront, dans ces sombres abîmes,
De la colère en feu de mes jeunes victimes?

23. LE REBELLE

Si j'avais, devant Ta Porte battante,
Demandé la Vie à fracas,
Et forcé le flot d'âmes en attente,
Pour vouloir naître en tous les cas,—
Alors, même alors, maint appât blandice
Étant semé devant mes pas,
J'eusse ri, Seigneur, de Ton soin complice,
Avant de m'enfuir d'ici-bas! A présent?...
Je fus, moi, dessous Ta main,
Avant qu'une Planète compte.
Et, quoiqu'elles meurent en leur chemin, J
e reste, en signe de Ta honte.

24. L’OBÉISSANT
Chaque jour, bien que nulle oreille n'entendît,
Je laissai monter ma prière.
Et chaque jour, je fis, sans feu qui descendit,
Mon sacrifice, à ma manière.
Bien qu'au fond de ma nuit ne se levât nul voile.
Bien que je n'eusse vu l'univers moins hargneux,
Bien que nul Dieu n'eût mis un frisson dans ma moelle.
Néanmoins, néanmoins, j'ai bien servi les Dieux!

25. UN CADAVRE FLOTTÉ AU LARGE DE TARENTE
Du Nord aux vents mordants, il s'en vint en bateau.
Cherchant les œufs de mort qu'un flanc caché nous jette,
Il en trouva plus d'un. L'exploit finit bientôt,
Dans le feu, le fracas, que connaît la mouette.

26. CONTRE-TORPILLEUR EN COLLISION
Il n'est point de charme aux pouvoirs sans nombre
Pour le Brouillard et le Destin :
Voguant vers l'épouse, à mon tour je sombre
Sous mon ami le plus certain.

27. L’ESCORTE D'UN CONVOI
Je fus le berger d'imbéciles
Sans raison hardis ou peureux.
Et bien qu'à ma règle indociles,
Ils ont pu s'échapper. Je suis resté pour eux.

28. UN CORPS DE FEMME INCONNUE
Sans tête, main et pied tranché,
J'aborde, sous les flots léché.
Et sachez bien, ô tous les fils,
Que je fus mère, moi, jadis !

29.VIOLÉE ET VENGÉE
L'un me prit, et m'occit: un autre vit mon sang,
Et, pour l'outrage, alors, il en succomba cent.
Ainsi la sombre horde, alors, fut renseignée
Sur le prix des faveurs d'une femme bien née.

30. UNE TOMBE A SALONIQUE
Mille jours, déjà, dont la course ardue
S'allonge et s'étend vers la morne nuit,
Aussi lentement que va la tortue!
A présent, vers eux, moi, je m'évertue...
C'est la fièvre, hélas, la bataille fuit,
C'est le temps, et point le combat, qui tue.

31. LE FIANCÉ
  Ne m'accuse pas, bien-aimée,
  A peine goûtés tes appas,
  Si, l'heure si brève envolée,
  Je repose dans d'autres bras.

  Car cette vieille fiancée
  Dont j'embrasse le front ancien,
  A moi se tenait enlacée
  Avant que je visse le tien.

  Notre union souvent promise,
  Et par miracle sans effet,
  Ce pacte, enfin, se réalise,
  Et rien ne peut le voir défait.

  Toi, vis, et que la Vie enraye
  Le Souvenir par trop hanté,一
  Nous seuls, que nul passé n'effraye,
  En souffrons l'immortalité.

32. V. A. D. (UNE INFIRMIÈRE, DANS LA MÉDITERRANÉE)
Que n'avons-nous encor les plus lentes galères !
Sans nos rapides nefs, nous n'aurions pas trouvé
Parmi la Mer Égée aux rocs pleins de colères,
Cette petite vierge au frêle corps lavé,
Qu'époux ni bel enfant ne pleureront d'amour,
Mais ceux qu'elle a soignés dans l'amère souffrance,
Et quelques nefs aussi, dont attend le retour
En vain le lourd barbare à la morne espérance.

33. LES ACTEURS
(Sur une stèle dans l'Église de la Sainte Trinité, Stratford-sur-l'Avon.)

Jadis avons mimé— c'est pour votre plaisance —
Joie et douleur des homm's; notre jour est fané.
Ne nous en veuillez pas de notre insuffisance,—
Nous fûmes vos servants jusqu'à ce jour dernier.

34. LES JOURNALISTES
(Sur un panneau dans le Vestibule de l'Institut des Journalistes.)
Nous avons servi notre journée.

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                                     Epitaphs of the War
                                             1914-1918
 
EQUALITY OF SACRIFICE

A. “I was a Have.” B. “I was a ‘have-not.’”
(Together.) “What hast thou given which I gave not?”


A SERVANT

We were together since the War began.
He was my servant—and the better man.


A SON

My son was killed while laughing at some jest. I would I knew
What it was, and it might serve me in a time when jests are few.


AN ONLY SON

I have slain none except my Mother.
She (Blessing her slayer) died of grief for me.


EX-CLERK

Pity not! The Army gave
Freedom to a timid slave:
In which Freedom did he find
Strength of body, will, and mind:
By which strength he came to prove
Mirth, Companionship, and Love:
For which Love to Death he went:
In which Death he lies content.


THE WONDER

Body and Spirit I surrendered whole
To harsh Instructors—and received a soul . . .
If mortal man could change me through and through
From all I was—what may The God not do?


HINDU SEPOY IN FRANCE

This man in his own country prayed we know not to what Powers.
We pray Them to reward him for his bravery in ours.


THE COWARD

I could not look on Death, which being known,
Men led me to him, blindfold and alone.


SHOCK

My name, my speech, my self I had forgot.
My wife and children came—I knew them not.
I died. My Mother followed. At her call
And on her bosom I remembered all.


A GRAVE NEAR CAIRO

Gods of the Nile, should this stout fellow here
Get out—get out! He knows not shame nor fear.


PELICANS IN THE WILDERNESS

(A Grave Near Halfa)
The blown sand heaps on me, that none may learn
Where I am laid for whom my children grieve . . .
O wings that beat at dawning, ye return
Out of the desert to your young at eve!


THE FAVOUR

Death favoured me from the first, well knowing I could not endure
To wait on him day by day. He quitted my betters and came
Whistling over the fields, and, when he had made all sure,
“Thy line is at end,” he said, “but at least I have saved its name.”


THE BEGINNER

On the first hour of my first day
In the front trench I fell.
(Children in boxes at a play
Stand up to watch it well.)


R.A.F. (AGED EIGHTEEN)

Laughing through clouds, his milk-teeth still unshed,
Cities and men he smote from overhead.
His deaths delivered, he returned to play
Childlike, with childish things now put away.


THE REFINED MAN

I was of delicate mind. I stepped aside for my needs,
Disdaining the common office. I was seen from afar and killed . . .
How is this matter for mirth? Let each man be judged by his deeds.
I have paid my price to live with myself on the terms that I willed.


NATIVE WATER-CARRIER (M.E.F.)

Prometheus brought down fire to men.
This brought up water.
The Gods are jealous—now, as then,
Giving no quarter.


BOMBED IN LONDON

On land and sea I strove with anxious care
To escape conscription. It was in the air!


THE SLEEPY SENTINEL

Faithless the watch that I kept: now I have none to keep.
I was slain because I slept: now I am slain I sleep.
Let no man reproach me again; whatever watch is unkept—
I sleep because I am slain. They slew me because I slept.


BATTERIES OUT OF AMMUNITION

If any mourn us in the workshop, say
We died because the shift kept holiday.


COMMON FORM

If any question why we died,
Tell them, because our fathers lied.


A DEAD STATESMAN

I could not dig: I dared not rob:
Therefore I lied to please the mob.
Now all my lies are proved untrue
And I must face the men I slew.
What tale shall serve me here among
Mine angry and defrauded young?


THE REBEL

If I had clamoured at Thy Gate
For gift of Life on Earth,
And, thrusting through the souls that wait,
Flung headlong into birth—
Even then, even then, for gin and snare
About my pathway spread,
Lord, I had mocked Thy thoughtful care
Before I joined the Dead!
But now? . . . I was beneath Thy Hand
Ere yet the Planets came.
And now—though Planets pass, I stand
The witness to Thy shame.


THE OBEDIENT

Daily, though no ears attended,
Did my prayers arise.
Daily, though no fire descended
Did I sacrifice.
Though my darkness did not lift,
Though I faced no lighter odds,
Though the Gods bestowed no gift,
None the less,
None the less, I served the Gods!


A DRIFTER OFF TARENTUM

He from the wind-bitten north with ship and companions descended.
Searching for eggs of death spawned by invisible hulls.
Many he found and drew forth. Of a sudden the fishery ended
In flame and a clamorous breath not new to the eye-pecking gulls.


DESTROYERS IN COLLISION

For Fog and Fate no charm is found
To lighten or amend.
I, hurrying to my bride, was drowned—
Cut down by my best friend.


CONVOY ESCORT

I was a shepherd to fools
Causelessly bold or afraid.
They would not abide by my rules.
Yet they escaped. For I stayed.


UNKNOWN FEMALE CORPSE

Headless, lacking foot and hand,
Horrible I come to land.
I beseech all women’s sons
Know I was a mother once.


RAPED AND REVENGED

One used and butchered me: another spied
Me broken—for which thing an hundred died.
So it was learned among the heathen hosts
How much a freeborn woman’s favour costs.


SALONIKAN GRAVE

I have watched a thousand days
Push out and crawl into night
Slowly as tortoises.
Now I, too, follow these.
It is fever, and not the fight—
Time, not battle—that slays.


THE BRIDEGROOM

Call me not false, beloved,
If, from thy scarce-known breast
So little time removed,
In other arms I rest.

For this more ancient bride
Whom coldly I embrace
Was constant at my side
Before I saw thy face.

Our marriage, often set—
By miracle delayed—
At last is consummate,
And cannot be unmade.

Live, then, whom Life shall cure.
Almost, of Memory,
And leave us to endure
Its immortality.


V. A. D. (MEDITERRANEAN)

Ah, would swift ships had never been, for then we ne’er had found,
These harsh Ægean rocks between, this little virgin drowned,
Whom neither spouse nor child shall mourn, but men she nursed through pain
And—certain keels for whose return the heathen look in vain.


ACTORS

On a Memorial Tablet in Holy Trinity Church, Stratford-on-Avon
We counterfeited once for your disport
Men’s joy and sorrow: but our day has passed.
We pray you pardon all where we fell short
Seeing we were your servants to this last.


JOURNALISTS

(On a Panel in the Hall of the Institute of Journalists)
We have served our day.       

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