Le curé (1930)
("Le miracle de Saint Jubanus")
Story-Teller Magazine >Limits and Renawals
« Curé » en français dans le texte original
Précède la nouvelle : The Miracle of Saint Jubanus suivie du poème Songs of Seventy Horses.
Saint Jubanus est réputé avoir fait un seul miracle : il a guéri un moribond en le faisant rire. Un curé aidé par un parapluie récalcitrant et autonome va faire sensiblement le même miracle avec un soldat revenu choqué des tranchées.
Traductions :
— Dans l’édition française de sept nouvelles de Limits and Renawals, Le Miracle de Saint Jubanus, traduction de Jean Pierre Richard. Rivages, 1993, les poèmes ont été supprimés. Signe sans doute de la difficulté de reconnaitre le statut original de ces poèmes dans une œuvre en prose. Le poème fait un portrait du caractère que révèlera le récit, majoritairement raconté à la première personne par le curé. Ce n’est pas un résumé, c’est une autre voix, un autre point de vue, un autre procédé qui permet à Kipling d’être partout dans ses récits.
— Gallimard La pléiade T4
Les noms propres incomplets sont donnés à la fin du poème.
Dole : Allocation chômage britannique (faible dans les années 20)
La Grippe : en français dans le texte
« Délacer son lacet » référence biblique proche des paroles de Saint Jean-Baptiste (Luc 3:16)
Le Curé
Il y a bien longtemps, avant que R—lls ou R—ce
ne triplent le nombre de miles que l'homme pouvait parcourir ;
Quand la jument de Sh—nks était le choix de H—bs—n,
Et que Bl—r—ot n'avait pas encore pris l'avion pour Douvres
Quand les bons hôteliers regardaient de travers
Si quelque force autre que celle des chevaux tirait les chariots—
À cette époque, dans une France tranquille et artisanale,
J'ai rencontré le curé de Saint-Juvans.
Il n'était pas bavard, mais, à la longue
on apprenait de ce qu'il ne disait pas
comment, dans un passé ardent et lointain,
son cœur, et celui d'une femme, furent brisés.
Il chercha la mort, mais ne la trouva pas.
Pourtant, en cherchant, il trouva sa véritable vocation,
et durant cinquante ans, oublié de tous,
il œuvra pour le salut des gens simples.
Son salaire était inférieur à notre Dole ;
La petite église délabrée dont il avait la charge
N'avait ni toit ni vêtements liturgiques intacts
Hormis ceux que ses propres doigts calleux raccommodaient.
Alors qu’ à tout moment, pour tout besoin
(Que leur Conscience ou La Grippe les assaillît),
Sa paroisse lui mandait de venir en hâte,
Et, à pied ou en charrette, il ne leur faisait jamais défaut.
Son parler, adapté à son auditoire, allait
Du pur Parisien au langage grossier des paysans,
Avec des intermèdes nord-africains
Si quelque Légionnaires était présent.
Et lorsqu un athée éméché se moquait
de sa charge ou de la Foi pour laquelle il s'était agenouillé,
Il laissait le pécheur muet et stupéfait
Par les jurons dont son ancien Bataillon faisait usage..
Et il était versé dans la Mort et la Vie ;
Et il était la Logique incarnée (comme la France l’est).
Il connaissait les siens — homme, jeune fille et épouse —
Leurs ancêtres, leurs défauts et leurs finances.
Rancune, Avarice, Dévotion, Mensonges —
La Passion ardente ou l'Obsession malsaine —
Il traitait chacun en médecin ;
Avec sévérité ou plus de tendresse, en Confession.
* * * * * *
Aujourd'hui ? Dieu sait où il peut reposer —
Sa croix de perles usées au-dessus de lui
Mais celui qui n'est pas digne de délacer
Son lacet de chaussure, vous prie de lire — et de l'aimer !
Les mots tronqués de la première strophe sont : Rolls, Royce, Shank, Hobson, Blériot.
Kipling a parcouru la France dans les années 20 dans Rolls Royce.
Voyager avec la Jument de Shanks signifie marcher à pied.
Le choix de Hobson n’est pas un choix. Ce propriétaire d’écurie proposait le cheval le plsu proche de la porte, ou rien.
Blériot a fait la première traversée de la Manche en avion en 1909
The Curé
(“The Miracle of Saint Jubanus”)
Long years ago, ere R—lls or R—ce
Trebled the mileage man could cover;
When Sh—nks’s Mare was H—bs—n’s Choice,
And Bl—r—ot had not flown to Dover
When good hoteliers looked askance
If any power save horse-flesh drew vans—
’Time was in easy, hand-made France,
I met the Curé of Saint Juvans.
He was no babbler, but, at last,
One learned from things he left unspoken
How in some fiery, far-off past,
His, and a woman’s, heart were broken.
He sought for death, but found it not,
Yet, seeking, found his true vocation,
And fifty years, by all forgot,
Toiled at a simple folks’ salvation.
His pay was lower than our Dole;
The piteous little church he tended
Had neither roof nor vestments whole
Save what his own hard fingers mended.
While, any hour, at every need
(As Conscience or La Grippe assailed ’em),
His parish bade him come with speed,
And, foot or cart, he never failed ’em.
His speech—to suit his hearers—ran
From pure Parisian to gross peasant,
With interludes North African
If any Légionnaire were present:
And when some wine-ripe atheist mocked
His office or the Faith he knelt in,
He left the sinner dumb and shocked
By oaths his old Battalion dealt in ...
And he was learned in Death and Life;
And he was Logic’s self (as France is).
He knew his folk—man, maid, and wife—
Their forebears, failings, and finances.
Spite, Avarice, Devotion, Lies—
Passion ablaze or sick Obsession—
He dealt with each physician-wise;
Stern or most tender, at Confession.
* * * * * *
To-day? God knows where he may lie—
His Cross of weathered beads above him
But one not worthy to untie
His shoe-string, prays you read—and love him!
Une réponse à « C.63. The Curé »
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