Les Changelins(1926)
R.N.V.R.
Débits and Credits
Le poème ouvre la nouvelle : Sea Constables dans laquelle 4 riches membres de la R.N.V.R. (Royal Naval Volunteer Reserve) évoquent lors d'un diner mondain comment ils ont fait leur devoir pendant la première guerre mondiale en harcelant un navire « neutre » jusqu à ce que l'un d’eux laisse mourir le capitaine, au prétexte qu’« il n’agissait pas à titre privé ». La guerre entraine chez ces hommes qui ont fait leur "devoir" un changement qui est décrit comme une dégradation morale..
Le « changelin(g) » appartient au folklore anglo-saxon et scandinave et désigne un enfant fée, ou démon, substitué à un enfant humain (en francais "changeon/ chanjeon"). Kipling l’utilise ici comme métaphore d’un changement moral provoqué par le devoir et la guerre. Loin de l’héroïsme et du discours guerrier qu’on lui prête le prix de cette métamorphose paraît bien amer.
Sur le même thème voir :Back to the Army again ; Chant-Pagan ; Shillin’ a day
« Paquebots meurtris » Les Allemands considéraient les navires se trouvant sur les eaux anglaises comme des cibles, référence aux naufrages du Lusitania (1915) et de l'Arabic
« embarcations pie » : on a d’abord peint les navires en noir et blanc pour les camoufler.
« grade » : démobilisés la plupart des volontaires n’avaient plus le droit de se prévaloir de leur grade.
Les changelins
R.N.V.R
Avant même que les paquebots meurtris ne sombrent
Avec leurs passagers dans les profondeurs,
J'étais directeur de la Walworth Bank,
Et tu étais commis dans une épicerie.
J'étais courtier en actions et valeurs,
Et toi, en beurres et thés ;
Et tous deux, nous avons abandonné nos affaires
Pour nous lancer sur les mers redoutables.
trempés et inquiets pour notre sort,
Panique, attaque et fuite,
Nous tinrent aux commandes pendant mille jours
Et mille nuits sans fin.
Nous avons vu plus que ce que les nuits pouvaient cacher,
Plus que ce que les vagues ne pouvaient garder,
Et certains visages par-dessus bord
Qui ne quittent pas notre sommeil.
Nous étions plus fatigués que les mots ne peuvent le dire
Tandis que l'embarcation pie s'enfuyait,
Et que les houles mouvantes de l’ouest
Nous hissaient jusqu’aux Cieux...
Maintenant, il n'y a plus rien – pas même notre grade –
Pour témoigner de ce que nous avons été ;
Et je suis retourné à ma banque Walworth,
Et toi à ta margarine !
The Changelings
R.N.V.R.
Or ever the battered liners sank
With their passengers to the dark,
I was head of a Walworth Bank,
And you were a grocer's clerk.
2
I was a dealer in stocks and shares,
And you in butters and teas;
And we both abandoned our own affairs
And took to the dreadful seas.
3
Wet and worry about our ways–
Panic, onset and flight–
Had us in charge for a thousand days
And thousand-year-long night.
4
We saw more than the nights could hide–
More than the waves could keep–
And–certain faces over the side
Which do not go from our sleep.
5
We were more tired than words can tell
While the pied craft fled by,
And the swinging mounds of the Western swell
Hoisted us Heavens-high . . .
6
Now there is nothing–not even our rank–
To witness what we have been;
And I am returned to my Walworth Bank,
And you to your margarine!
Une réponse à « C.15. The Changelings »
-
[…] monde "civilisé" anglais.Sur le même thème du soldat démobilisé voir Back to the Army again, The Changelings, Shillin’ a Day ( Un écho peut-être des visions de ce soldat "perdu" dans les derniers mots du […]
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