Le Roi Mort (1910)
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Poème écrit à l’occasion de la mort du roi Edward VII (1841-1910), fils de la reine Victoria. T.S.Eliot ne retient pas ce poème « de circonstance » dans sa sélection des poèmes de Kipling mais reconnait son talent en la matière.
Cet « exercice » de célébration du Roi mort dit sans doute plus de choses sur la conception du chef selon Kipling que sur Edward VII, et ce que sont les devoirs du « Fort » dont la mission oxymorique est d’être à la fois « Master and Servant » et de , statut propre aux souverains anglais, « régner sans régner »
Le poème utilise un certain nombre de références religieuses pour évoquer la mort du roi, chef de l’église anglicane.
Le trésor particulier des rois : Je me suis aussi emparé d’argent et d’or, ainsi que du trésor particulier des rois et des provinces ; Je me suis entouré d’hommes chanteurs et de femmes chanteuses, et de tous les plaisirs des fils des hommes, sous forme d’instruments de musique de toutes sortes. King James Bible, Ecccl.2,8
« Les Royaumes, les Puissances et les Gloires » : expressions bibiques que l’on peut retrouver dans des prières
Le Roi Mort
Qui, dans le royaume aujourd’hui, sacrifie sa vie pour l’amour d’une terre chérie ?
Et, sans se soucier de son propre sort, travaille jusqu'à ce que les derniers grains de sable aient coulé ?
Qu'il s'approche. Il est prouvé ici
Que notre Roi ne demande à aucun homme plus que ce que notre Roi a lui-même accompli.
Car pour lui, par-dessus tout, la Vie était bonne, par-dessus tout, il disposait
De toute son abondance.
Le trésor particulier des Rois était à sa disposition :
Tout ce que les hommes obtiennent en rêve, il en a hérité éveillé.
Sa merveilleuse armée venue du monde entier—un cœur et toutes les races ;
Ses mers sous ses quilles quand ses châteaux de guerre écumaient vers leurs destinations ;
Les rivages grondants qui répondaient à son débarquement annoncé ;
Les immenses villes illuminées qui l'adoraient, les assemblées debout ;
Les Conseils des Rois convoqués en hâte pour connaître ses intentions —
Les Royaumes, les Puissances et les Gloires qu'il traitait sans aveuglement.
Tous les meneurs d’hommes, tous les conquérants de gloire, venaient le voir.
Encore brûlants du feu de leurs combats, ils lui racontaient leur histoire.
Ils lui dévoilaient leur vie en une heure, puis, après l'avoir salué, repartaient,
Heureux de se remettre au travail : il leur avait redonné courage.
Et comme il savait juger les hommes depuis sa jeunesse et qu'aucun mensonge ne le trompait longtemps,
Il parlait et exigeait la vérité, et même les plus humbles le croyaient.
Et Dieu lui versa un vin exquis, qui lui était renouvelé chaque jour,
Dans l'amour limpide de ses peuples qui s'accroissait chaque jour pour lui.
Nous lui avons rendu Honneur et service, avec joie et sans crainte ;
Une foi absolue, une confiance au-delà des mots et une amitié sans pareille.
Et comme il était Maître et Serviteur dans tout ce que nous lui demandions,
Nous nous sommes fortement appuyés sur sa sagesse en toutes choses, ignorant combien nous le chargions.
Car chaque jour nouveau lui imposait, à chaque heure tyrannique,
D'affronter, de confirmer ou d'apaiser quelque terrible question de pouvoir ;
De rendre le juste jugement à l'instant même, sans aide,
Dans la phrase stricte, mesurée et définitive qui autorisait ou dissuadait ;
De prévoir, d'apaiser, d'écarter de nous d'innombrables périls,
De monter la garde à nos portes lorsqu'il soupçonnait les sentinelles de somnoler ;
Gagner du temps, détourner la haine, faire servir la folie et, avec une grande maîtrise,
Mettre sa force au service de ses Nations, pour régner sans régner.
Telles étaient les œuvres de notre Roi ; la paix sur Terre en était la preuve.
Dieu lui a confié de grandes œuvres à accomplir, et à nous, le bénéfice de celles-ci.
Nous avons accepté son labeur comme notre droit—nul ne l'a épargné, nul ne l'a excusé.
Quand il était accablé par son fardeau, son repos lui était refusé.
Nous avons troublé sa vieillesse par notre faiblesse—Plus noire encore notre honte !
Entendant que son Peuple avait besoin de lui, il est aussitôtvenu vers nous.
Comme il recevait il donnait— sans rien regretter, sans rien refuser,
Pas même son dernier souffle lorsqu'il s'est battu pour nous, mourant.
Pour notre bien, sans question, il a renoncé à tout ce qui lui était cher.
Tout simplement, comme tous ceux qui le servent, il a servi et il a péri.
Tout ce que les rois convoitent, il l'avait, et il l'a rejeté pour nous.
Tout simplement, comme tous ceux qui meurent à son service, il est mort pour nous !
Qui, dans le Royaume, a aujourd'hui le choix entre la voie facile et la voie difficile ?
Et, très soucieux de son propre sort, vendrait son âme pour rester au soleil ?
Qu'il s'en aille sans regarder Nos morts.
Notre Roi ne demande à aucun homme plus que ce que notre Roi a lui-même accompli.
The Dead King
Who in the Realm to-day lays down dear life for the sake of a land more dear?
And, unconcerned for his own estate, toils till the last grudged sands have run?
Let him approach. It is proven here
Our King asks nothing of any man more than Our King himself has done.
For to him above all was Life good, above all he commanded
Her abundance full-handed.
The peculiar treasure of Kings was his for the taking:
All that men come to in dreams he inherited waking.
His marvel of world-gathered armies—one heart and all races;
His seas ’neath his keels when his war-castles foamed to their places;
The thundering foreshores that answered his heralded landing;
The huge lighted cities adoring, the assemblies upstanding;
The Councils of Kings called in haste to learn how he was minded—
The Kingdoms, the Powers, and the Glories he dealt with unblinded.
To him came all captains of men, all achievers of glory,
Hot from the press of their battles they told him their story.
They revealed him their lives in an hour and, saluting, departed,
Joyful to labour afresh: he had made them new-hearted.
And, since he weighed men from his youth, and no lie long deceived him,
He spoke and exacted the truth, and the basest believed him.
And God poured him an exquisite wine, that was daily renewed to him,
In the clear-welling love of his peoples that daily accrued to him.
Honour and service we gave him, rejoicingly fearless;
Faith absolute, trust beyond speech and a friendship as peerless.
And since he was Master and Servant in all that we asked him,
We leaned hard on his wisdom in all things, knowing not how we tasked him.
For on him each new day laid command, every tyrannous hour,
To confront, or confirm, or make smooth some dread issue of power;
To deliver true judgment aright at the instant, unaided,
In the strict, level, ultimate phrase that allowed or dissuaded;
To foresee, to allay, to avert from us perils unnumbered,
To stand guard on our gates when he guessed that the watchmen had slumbered;
To win time, to turn hate, to woo folly to service and, mightily schooling
His strength to the use of his Nations, to rule as not ruling.
These were the works of our King; Earth’s peace was the proof of them.
God gave him great works to fulfil, and to us the behoof of them.
We accepted his toil as our right—none spared, none excused him.
When he was bowed by his burden his rest was refused him.
We troubled his age with our weakness—the blacker our shame to us!
Hearing his People had need of him, straightway he came to us.
As he received so he gave-nothing grudged, naught denying,
Not even the last gasp of his breath when he strove for us, dying.
For our sakes, without question, he put from him all that he cherished.
Simply as any that serve him he served and he perished.
All that Kings covet was his, and he flung it aside for us.
Simply as any that die in his service he died for us!
Who in the Realm to-day has choice of the easy road or the hard to tread?
And, much concerned for his own estate, would sell his soul to remain in the sun?
Let him depart nor look on Our dead.
Our King asks nothing of any man more than Our King himself has done.
2 réponses à « D.6. The Dead King »
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[…] Kipling a perdu son fils John, porté disparu. Dans le recueil, ce poème suit significativement The Dead King magnifiant la figure du « bon » roi.Kipling évoque dans ce poème très commenté et critiqué […]
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