E.25. The Explorer

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                                             L’Explorateur ( 1898)

The Five Nations
Poème souvent cité lorsqu’il est question d’aventure, en particulier : «  Something hidden. Go and find it. »
Traduction de Jules Castier, Les Cinq Nations, Louis Conard, 1920

Dans cet étonnant poème, Kipling réunit plusieurs figures de l’explorateur : l’envoyé de Dieu vers une Terre Promise, l’anonyme, qui, à partir d’une « station », à la frontière, va voir au-delà, en mission divine pour le nouveau peuple « élu » : les Anglais (Song of the English), mais aussi les Américains qui poursuivent  leur Manifest Destiny, cette Destinée Manifeste de colonisation de tout le continent.. Repoussant la frontière ce héros est plus ingénieur que civilisateur. Il estime et calcule les ressources et les richesses exploitables. Solitaire moins guidé par Dieu que par ses propres démons et taraudé par une voix intérieure obsédante, quête initiatique où il faut mourir pour renaître plus grand (L’homme qui voulut être Roi). Cependant, l’explorateur de Kipling est pré-colonial, il découvre, rêve, imagine, suis son «murmure intérieur » mais laisse l’exploitation à ceux qu’il sait le suivre de près, les Pionniers qui sauront utiliser ce que l’explorateur a osé découvrir. Le romantisme du thème de l'explorateur et de la frontière ne cache pas qu'il s'agit d'un élément du discours colonialiste et impérialiste que Kipling semble ici à la fois célébrer et dénoncer.
Le poème est lu dans une scène du film  The Lost city of Z de James Gray (2016) d'après le récit de David Grann (2009) retraçant l'histoire vraie du major britannique Percy Fawcett (1867-1925).

Vent du Nord : Kipling utilise un terme américain : Norther.
Le pays de l’homme Blanc : au climat adapté aux européens. Pourtant si le «vide» d’autochtones peut suggérer une "terre promise", un paradis terrestre, il s'agit plutôt d'une terre "vidée" une Terra Nullius, "terre sans maître" n'appartenant à personne et surtout pas par les peuples "premiers", que l'explorateur peut revendiquer.
Cercler les arbres : repères.
Saul et les ânesses : Saul est envoyé par son père chercher des ânesses perdues, il rencontre le prophète Samuel, il est choisi pour devenir roi d’Israël.
« Pays de nulle part » traduction de Never-never Land expression australienne pour désigner les étendues du centre et du nord.

                                                     L’Explorateur

« Ça ne sert à rien d’aller plus loin—c’est la limite des terres cultivées »,
  M’ont-ils dit, et je les crus — je défrichai ma terre et semé mes cultures —
Je construisis mes granges et dressai mes clôtures dans cette petite ville frontalière
  Nichée sous les contreforts , là où les sentiers s’évanouissent et s’arrêtent :

Jusqu’à ce qu’une voix, aussi mauvaise que la Conscience, sonne en interminables variations
Un incessant Murmure, répété jour et nuit—ainsi :
« Quelque chose est caché. Va et trouve-le. Va et regarde derrière les Montagnes—
« Quelque chose est perdu derrière les montagnes. Perdu et qui t’attend. Va! »

Alors je suis parti, à bout de patience ; rien dit à mes voisins les plus proches —
  Me suis éclipsé avec mon bagage et mes poneys — les laissant boire en ville ;
Et la foi qui déplace les montagnes ne semblait pas m'aider dans mes efforts
  Alors que j'affrontais les chaînes de montagnes à pic, fouettant en montant et guidant en descente.

Pas à pas, je me frayais un chemin à travers, contournant les flancs et évitant les épaulements,
  Me hâtais dans l'espoir de trouver de l'eau, puis faisais demi-tour faute d'herbe ;
Jusqu'à ce que je campe au-dessus de la limite des arbres — neige accumulée et rochers dénudés –
  Je sentis l'air libre s'agiter au vent – sus que j'étais tombé par hasard sur la Passe.

Pensé la baptiser du nom de son découvreur : mais cette nuit-là, le Vent du Nord me rattrapa —
  Gela et tua les poneys des plaines ; alors je l'ai appelé le camp Désespoir
(Aujourd’hui c’est « Railway Gap », cependant). Alors mon Murmure s’éveilla pour me harceler : —
  « Quelque chose est perdu derrière les Montagnes.  Là-bas, plus loin ! Va là-bas ! »
Alors je sus, alors même que je doutais— Sus que Sa Main veillait certainement sur moi.
  Pourtant—c’était peut-être une illusion—des dizaines d’hommes meilleurs étaient morts—
Je pouvais rejoindre le village vivant, mais… Lui sait quelle terreur me déchira…
  Mais je ne le fis pas… je ne le fis pas. Je descendis de l'autre côté.

Jusqu’à ce que la neige se transforme en fleurs, et que les fleurs se changent en aloès,
  Et que les aloès poussent en fourrés, et qu’un ruisseau débordant coule à côté ;
Mais les fourrés se flétrirent en broussailles épineuses, et l’eau s’amenuisa en flaques
  Et je retombai sur le désert — une terre dévastée, et ciel brûlant…

Je me souviens avoir allumé des feux ; je me souviens m'être assis près d'eux ;
  Je me souviens avoir vu des visages, entendu des voix, à travers la fumée ;
Je me souviens qu'ils étaient étranges – car j'ai lancé une pierre pour les éprouver.
  « Quelque chose est perdu derrière les Montagnes », voilà les seuls mots qu'ils  prononcèrent.

Je me souviens être devenu fou. Je me souviens que je le savais
quand je me suis entendu crier après ces gens étranges  que je voyais.
Emplis de rêves ce désert, mais mes deux jambes m’ont permis de le traverser…
Et je les regardais avancer, les orteils tout noirs et à vif.

Mais enfin, le paysage changea – c'était indéniablement le pays de l'Homme Blanc –
  Des prairies ondulantes et des bois clairsemés, avec un aperçu de collines à l'arrière-plan –
Là je trouvai nourriture et eau, et je restai une semaine à me refaire.
  retrouvais mes forces et perdis mes cauchemars. Puis j’explorai ma trouvaille.

De là je fis ma première reconnaissance sommaire—j’ai choisi mes arbres, je les ai marqués et cerclés.
  Semaine après semaine, je sondais et prélevais des échantillons ; semaine après semaine, mes découvertes se multipliaient.
Saul allait cherche des ânesses, et, par Dieu, il a trouvé un royaume !
  Mais, par Dieu qui m'a envoyé Son Murmure, j'en avais trouvé le double !

En haut, le long des montagnes hostiles, où l'avalanche suspendue à un cheveu tremble —
  En bas, à travers les vastes marécages épais, teintés par le gisement de minerai vierge,
Jusqu'à ce que j'entende l’immense grondement de rivières inimaginables
  Et au-delà de forêts sans nom, je vis des plaines sans limite !

« Je planifiai les emplacements de villes futures, traçai les pentes douces qui les relient ;
  Regardais les rapides inexploités gaspiller cinquante-mille chevaux par heure ;
Comptais les lieues de berges à travers les forêts mûres pour la coupe qui les cachaient —
  Voyais l’installation qui nourrira un peuple — déjà là, prête à capter l'énergie ! »

Eh bien, je sais qui s'attribuera le mérite —tous ces malins qui m'ont suivi—
  Sont arrivés, une douzaine d’hommes ensemble—sans jamais connaître mes craintes du désert ;
Ils m’ont pisté par les camps que j’avais laissés, utilisé les points d’eau que j’avais creusés.
  Ils rentreront et raconteront l’histoire. On les appellera les Pionniers !

Ils trouveront les sites de mes villes – et non les villes que j’y ai fondées.
  Ils redécouvriront les rivières – et non mes rivières que l’on entend la nuit.
À l’aide de mes anciens repères et de mes anciennes orientations, ils me montreront comment s’y rendre
  Grâce aux cairns solitaires que j’ai bâtis, ils guideront mes pas vers la bonne direction.

Ai-je nommé une seule rivière ? Ai-je revendiqué un seul acre?
  Ai-je gardé une seule pépite (à part quelques échantillons) ? Non, pas moi !
Parce que mon prix m’a été payé dix fois par mon Créateur.
  Mais vous ne pourriez pas le comprendre. Vous y allez et vous occupez.

Des minerais à exploiter ; du bois et du bétail ; un transport fluvial sûr et régulier
  (ce qui devrait permettre de maintenir les tarifs ferroviaires à un niveau bas) ; charbon et fer  à vos portes.
Dieu a pris soin de cacher ce pays jusqu’à ce qu’Il juge Son peuple prêt,
  Puis Il m’a choisi pour être Son murmure, et je l’ai trouvé, et il est à vous !

Oui, votre « pays de nulle part » – oui, votre « lisière de la civilisation »
  Et « ça ne sert à rien d’aller plus loin » – jusqu’à ce que je traverse la chaîne de montagnes pour voir.
Que Dieu me pardonne ! Non, je ne l’ai pas fait. C’est le cadeau que Dieu a fait à notre nation.
N’importe qui aurait pu le découvrir, mais – c’est à moi que Sa voix m’a murmuré !



                                                   §§§§§§§§§§§§

Traduction  en vers rimés de Jules Castier, Les Cinq Nations, Louis Conard, 1920
Le choix de l’alexandrin conduit Castier à introduire des élisions qui n’existent pratiquement pas dans le poème original qui mêle plusieurs niveaux de langue : la langue orale coloniale britannique, le vocabulaire technique de l’exploration, des résonances bibliques. Castier

                              L'EXPLORATEUR

« C'est idiot d'aller plus loin, rien n'pouss' plus là-bas derrière».
Disaient-ils, —et moi, j'l'ai cru,— puis, j'ai labouré, semé,
Fait mes grang's et mes clôtur's dans la p'tit' station frontière
Qui se cache au pied des monts, où l'sentier s'arrêt', borné.

Puis, un' voix, pis qu'la Conscienc', m'a sonné de longu's matines,
Sur un murmure éternel, jour et nuit, toujours,—ainsi :
C'est caché. Va-t'en l'trouver. Cherch' plus loin que les collines,—
Quelque chos' derrièr' les monts,—qui t'attend, toi seul. Vas-y!>

Et j'ai fui, à bout d'patienc', sans rien dir', même aux plus proches, —
Pris mes ballots, mes poneys, tandis qu'eux buvaient gaîment;
Et la foi qui meut les monts n'semblait pas sans anicroches
Au d'vant d' la grand' chaîne à pic,—escalade, et saut þéant.

March' sur march' par leur dédal's, flancs tournés et rocs qu'on serre,
J'ai couru, espérant d' l'eau, — l'manqu' de foin m'a t'nu au sol :
J'ai campé plus haut qu' tout arbr', sur la neige et sur la pierre,—
J'ai senti l' vent frais au large,—et j'ai su que c'était un Col !

mais la Bis' s'est abattue,— J'voulais lui donner mon nom,
Tuant mes poneys d' la plaine, et j' l'ai nommé Désespoir.
(C'est l' col du Ch'min d' fer, maint'nant). Puis la mêm' voix m'est rev'nue:
« Quelque chos' derrièr' les monts. C'est au loin, là-bas. Va voir. »

Là, j'ai su, moi qui doutais,—su qu' Sa main était mon guide.
—Mais peut-être je m'trompais, —maint plus fort y est resté...
J'aurais pu r'tourner vivant. Dieu connaît ma peur candide...
Mais je n' l'ai pas fait, non, non. J'ai franchi par l'autr' côté.

Puis la neig fit place aux fleurs, puis vint l'aloès, dar’-dare,—
L'aloès devint buissons, près d'un bon ruisseau coulant.
Mais l'buisson devint d' l'épin', l'eau se fit d' plus en plus rare,—
Puis, de nouveau, l' désert nu, sol brûlé, sous l'ciel brûlant.

Je m'souviens qu' j'ai fait des feux, qu' j'ai r'posé sous leurs lumières,
Et que j'ai, dans leur fumé, vu des form's, senti des voix;
Je m'souviens qu' c'étaient des rêv's, car j'leur ai lancé des pierres...
« Quelque chos' derrièr les monts »—, disaient-ell's, comme autrefois.

Je m'souviens d'êtr' dev'nu fou, et d'en avoir connaissance,
Quand j'me suis senti crier vers les form's de mes soucis.
Rempli d'rêv's, ce désert-là !... Mais j'ai franchi sa distance...
Moi, j'les r'gardais qui s'mouvaient sur leurs orteils tout noircis...

Mais, enfin, l'pays changea,—terr de Blancs, sans null' conteste:
Des prairi's, des bois montants, un soupçon d'collin's dans l’fond,—
Là, j'ai trouvé d'l'eau, des vivr's, un' semain' de r'pos et d'sieste,
Forc's repris's, cauch'mars perdus. Puis, j'ai trouvé pour de bon.

D' là, j'ai fait ma premièr' rond', pris mes arbr's, marqué leur chaume; S'main' par s'main' j'ai farfouillé,— s'main' par s'main', trouvé du mieux...
Saul, lui, cherchant des ân's, grâce à Dieu prit un royaume, —
Mais, par Dieu et son murmur', c'que j'trouvais en valait deux !

Tout en haut des monts hostil's, où s' balanc'nt les glac's ruinées,
En bas, par les marais gras teints du filon virginal,
Jusqu'au murmure élargi des rivièr's indevinées,
Jusqu'à voir, delà les bois, l'infini du plat banal!

J'ai tracé des sit's futurs, et les pent's qui les séparent,
Vu des torrents sans nul frein, lâchant cinquant' mill' chevaux;
J'ai compté des lieu's d' front d'eau sous les bois qui les égarent.—
Vu d'quoi nourrir tout un peupl’—n'attendant qu' des bras nouveaux !

J'sais bien qui prendra la gloir—tous les débrouillards d'ensuite;
Eux sont v'nus, à douze ensembl', sans mes cauch'mars enguignés,
En m' pistant par mes vieux camps, en s'servant des puits d'ma fuite,—
Eux s'en r'tourneront, caus'ront, eux, ce s'ra les Pionniers !

Ils trouv'ront mes sit's de vill’s,— pas les vill's que j'y ai mises.
Ils r'découvriront des fleuv’s.— pas mes fleuv's, sentis la nuit.
Par mes trac's et mes signaux, eux m' f'ront voir les routes permises,
Par les meurgers qu' j'ai construits, eux m'guid'ront à mon réduit !

Ai-j' nommé un' seul' rivièr', réclamé un seul hectare?
Ai-j' gardé un seul min'rai (hors l'échantillon)? Pas moi.
Non, parc' que j'ai r'çu mon prix de Celui que rien n'effare...
Mais... vous n'comprendriez pas. Occupez, vous, sans émoi !

Les min'rais, le bois, l'bétail, l'eau pour porter c'qu'on affrète,
(Ça baiss'ra l'tarif des trains), l'fer, l'charbon, bien sûr, 'y a d'tout.
Dieu prit soin d'cacher l'pays jusqu'au jour qu'un' rac' fût prête,
Et, c'jour-là, Il m'a choisi, j'l'ai trouvé, il est à vous !

Oui, votr' pays d' « tout-jamais, oui, votr'a rien n'pouss' là derrière»,
Votr c'est fou d'aller plus loin!... J'ai franchi les monts qu'on voit...
Dieu m'pardonne'! J' n'y suis pour rien: Dieu dispense à Sa manière;
N'import' qui eût pu l'trouver, mais Son murmur' fut pour moi !


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                            The Explorer
1
"There's no sense in going further - it's the edge of cultivation,"
  So they said, and I believed it - broke my land and sowed my crop -
Built my barns and strung my fences in the little border station
  Tucked away below the foothills where the trails run out and stop:
2
Till a voice, as bad as Conscience, rang interminable changes
  On one everlasting Whisper day and night repeated - so:
"Something hidden.  Go and find it. Go and look behind the Ranges -
"Something lost behind the Ranges. Lost and waiting for you. Go!"
3
So I went, worn out of patience; never told my nearest neighbours -
  Stole away with pack and ponies - left 'em drinking in the town;
And the faith that moveth mountains didn't seem to help my labours
  As I faced the sheer main-ranges, whipping up and leading down.
4
March by march I puzzled through 'em, turning flanks and dodging shoulders,
  Hurried on in hope of water, headed back for lack of grass;
Till I camped above the tree-line - drifted snow and naked boulders -
  Felt free air astir to windward - knew I'd stumbled on the Pass.
5
'Thought to name it for the finder: but that night the Norther found me -
  Froze and killed the plains-bred ponies; so I called the camp Despair
(It's the Railway Gap to-day, though). Then my Whisper waked to hound me: -
  "Something lost behind the Ranges.  Over yonder! Go you there!"
6
Then I knew, the while I doubted - knew His Hand was certain o'er me.
  Still - it might be self-delusion - scores of better men had died -
I could reach the township living, but ... He knows what terror tore me...
  But I didn't... but I didn't. I went down the other side.
7
Till the snow ran out in flowers, and the flowers turned to aloes,
  And the aloes sprung to thickets and a brimming stream ran by;
But the thickets dwined to thorn-scrub, and the water drained to shallows,
  And I dropped again on desert - blasted earth, and blasting sky....
8
I remember lighting fires; I remember sitting by 'em;
  I remember seeing faces, hearing voices, through the smoke;
I remember they were fancy - for I threw a stone to try 'em.
  "Something lost behind the Ranges" was the only word they spoke.
9
I remember going crazy. I remember that I knew it
When I heard myself hallooing to the funny folk I saw.
'Very full of dreams that desert, but my two legs took me through it...
And I used to watch 'em moving with the toes all black and raw.
10
But at last the country altered - White Man's country past disputing -
  Rolling grass and open timber, with a hint of hills behind -
There I found me food and water, and I lay a week recruiting.
  Got my strength and lost my nightmares.  Then I entered on my find.
11
Thence I ran my first rough survey - chose my trees and blazed and ringed 'em -
  Week by week I pried and sampled - week by week my findings grew.
Saul he went to look for donkeys, and by God he found a kingdom !
  But by God, who sent His Whisper, I had struck the worth of two !
12
Up along the hostile mountains, where the hair-poised snowslide shivers -
  Down and through the big fat marshes that the virgin ore-bed stains,
Till I heard the mile-wide mutterings of unimagined rivers,
  And beyond the nameless timber saw illimitable plains !
13
'Plotted sites of future cities, traced the easy grades between 'em;
  Watched unharnessed rapids wasting fifty thousand head an hour;
Counted leagues of water-frontage through the axe-ripe woods that screen 'em -
  Saw the plant to feed a people - up and waiting for the power!
14
Well, I know who'll take the credit - all the clever chaps that followed -
  Came, a dozen men together - never knew my desert-fears;
Tracked me by the camps I'd quitted, used the water-holes I hollowed.
  They'll go back and do the talking. They'll be called the Pioneers !
15
They will find my sites of townships - not the cities that I set there.
  They will rediscover rivers - not my rivers heard at night.
By my own old marks and bearings they will show me how to get there,
  By the lonely cairns I builded they will guide my feet aright.
16
Have I named one single river? Have I claimed one single acre ?
  Have I kept one single nugget - (barring samples)? No, not I !
Because my price was paid me ten times over by my Maker.
  But you wouldn't understand it. You go up and occupy.
17
Ores you'll find there; wood and cattle; water-transit sure and steady
  (That should keep the railway rates down), coal and iron at your doors.
God took care to hide that country till He judged His people ready,
  Then He chose me for His Whisper, and I've found it, and it's yours !
18
Yes, your "Never-never country" - yes, your "edge of cultivation"
  And "no sense in going further" - till I crossed the range to see.
God forgive me! No, I didn't. It's God's present to our nation.
Anybody might have found it, but - His Whisper came to Me!

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