E.7.El Dorado

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                                          El Dorado (1862)


Poème non publié par Kipling.
Traduction : Sauf erreur ce poème n’a pas été traduit en français.

Le poème repose sur la rime level/devil. La traduction de level dans ses différents contextes pose un problème. Il pourrait s’agir d’une plaine plate et morne, d'un terrain plat, parfois au pluriel mais ce n'est pas un lieu réel. J'ai traduit sans certitude par "plaine". Il s'agit d'un paysage symbolique, presque onirique, du même ordre peut-être que celui décrit par Baudelaire dans Chacun sa chimère 1869 : « Sous un grand ciel gris, dans une grande plaine poudreuse, sans chemins, sans gazon, sans un chardon, sans une ortie... »

                               El Dorado

Un lieu doré — dont les portes resplendissent
   Si loin au-delà de la plaine morne et plate de la Vie,
Qu'elles ont attiré mon cœur
          A se demander si l'histoire est vraie
          Qui dit —« Ici, le repos viendra à toi» —
Ou s'il s'agit d’un mensonge du Diable.

Apportez-moi mon cheval pour partir au loin —
   Au-delà de la plaine la plus morne de notre Vie
Se trouve la cité dorée, dit-on —
          Cette cité de la quiétude éternelle,
          Avec ses palais aux fondations solides,
Solidement protégés contre tout diable terrestre.

À un mile au-delà de nos remparts —
   À peine un mille à travers la plaine
J'errai, et à la tombée de la nuit
          Je revins, car j'avais obtenu la grâce
          De demeurer à jamais en ce lieu
Que nul diable ne peut escalader.

« Et qu'y avait-il de bon au-delà du rempart ?
   Quel intérêt y avait-il dans les platitudes extérieures ?
Pourquoi errer  au loin au crépuscule
          Alors qu'aucun d'entre nous n'est jamais allé avant
          À plus d'un furlong des remparts
Sans trouver ton pays rempli de démons.

Qui nous déchirent et nous démembrent
   Qui errent en hordes sur les plaines
Quand la lumière du jour commence à s’assombrir
          Nous troublant le cœur et l'esprit,
          Aucun repos sûr ne peut trouver l'homme
Qui s'aventure parmi ces diables.

Comment as-tu obtenu la grâce d'y demeurer ?
   Comment as-tu traversé ces plaines sans dommage ?
Y a-t-il une cité que nous pourrions gagner
          bâtie d'or comme on le dit,
          si seulement nous osions nous égarer
Seuls, parmi les diables d’ombre ?

Non, c'était bien un petit endroit —
   Un petit coin au bord des plaines —
Mais assez grand pour répondre à mon besoin
          Et si solidement bâti qu'il durera
          Jusqu'à ce que la vie de notre cité s'éteigne,
Notre ville et les démons qui l’assiègent.

Ses murs sont bien plus doux à voir
   Que ceux de la cité de mes rêves dans les plaines
Deux bras blancs et frêles qui s’accrochent à moi
          Une bouche pure avec un pont de rouge
          Deux yeux qui ont frappé à mort un cœur léger
Et l’ont arraché aux diables lubriques et débauchés.

Deux yeux gris foncé qui ont plus de lumière
   Que les météores livides sur les plaines—
Et ils ont maintenu mon âme dans le droit chemin
          C'était là le lieu doré que j'ai trouvé
          C'est ainsi que je suis fort d’être lié
Plus fort que tous les diables agités.

Et si un autre homme peut gagner
   Une cité dorée dans les plaines—
Et s’il souhaitait y demeurer,
          Il faut qu’il y aille seul seul—
          Dans le désert : qui est devenu
Le repaire de tous les démons—
   Le lieu où règnent la luxure et le péché—
Et là, s’armer—combattre ou tomber
   À un furlong de nos remparts—
Car ainsi fut-il—j’ai traversé les plaines.


                     El Dorado
1
A golden place—whose portals shine
   So far across Life's dead-flat level,
That they have drawn this heart of mine
          To question if the tale be true
          That says—'Here rest shall come to you'—
Or whether leasing of the Devil.
2
Bring me my horse for far away—
   Across our Life's most dreary level
The golden city lies, they say—
          That city of eternal ease,
          With firmly-founded palaces
Strong fenced against each earthly devil.
3
A mile beyond our city wall—
   But one scant mile along the level
I wandered, and at even fall
          Returned, for I had gotten grace
          To dwell forever in that place
Which is not scaled of any devil.
4
'And what good lay beyond the wall?
   What profit in the outer levels?
Why wander wide at evenfall
          Seeing that none of us ere went
          A furlong from the Battlement
But found thy country full of devils
5
That rend and tear us limb from limb
   That roam in droves along the levels
When first the daylight draweth dim
          Perplexing us in heart and mind,
          No certain rest a man may find
Who wanders out among these devils.
6
How got you grace to dwell therein?
   How came you scatheless o'er the levels?
Is there a city, we may win
          Builded of gold such as they say,
          If only we shall dare to stray
Alone, among the shadowy devils?'
7
Nay 'twas a little place indeed—
   A little place along the levels—
But large enough to serve my need
          And built so firmly, it will last
          Until our city's life be past
Our town and its besieging devils.
8
Its walls are sweeter far to see
   Than my dream city's in the levels
Two weak white arms that cling to me
          A pure mouth with a bridge of red
          Two eyes that struck a light heart dead
And drew it from the lewd loose devils.
9
Two dark grey eyes that have more light
   Than lurid meteors on the levels—
And they have kept my soul aright
          This was the golden place I found
          Thus am I strong through being bound
Stronger than all the restless devils.
10
And if another man may win
   A golden city in the levels—
And if he wish to dwell therein
          It must be that he go alone—
          Into the desert: which is grown
A habitation for all devils—
   A dwelling place of lust & sin—
And there take harness—fight or fall
   A furlong from our city wall—
For so it was—I crossed the levels.

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