L’article d’Orwell sur Kipling paru dans Horizon en 1942 (Texte en anglais // Texte intégral traduit) est souvent cité, en particulier parce que ce « spécialiste » de la chose blanchit le prix Nobel de l’accusation de « fascisme ». Mais l’article est plus complexe, ou plus ironique que cette absolution qui est aussi un massacre, ou l’inverse.
L’article de G. Orwell est écrit en « réponse » à l’essai de T. S Eliot qui ouvre sa sélection des poèmes de Kipling. Cela semble d’ailleurs un prétexte pour introduire « son » Kipling, car après avoir reproché à Eliot d’être sur la défensive en ce qui concerne ce « poète », il reconnait que c’est inévitable. Orwell commence alors une démonstration paradoxale : en démolissant très méthodiquement Kipling, il finit par le placer au dessus de ses détracteurs et faire de ses défauts cruellement exposés les raisons d’un succès littéraire toujours vérifié.
Il ne laisse qu’une seule porte fermée, celle qu’ont repris ensuite les commentateurs de Kipling sans vraiment chercher à savoir ce qu’elle dissimule : la cruauté, le sadisme même de Kipling, relégué à de vagues causes névrotiques, et plutôt contradictoire avec les autres conclusions d’Orwell qui se contente de signaler la porte sans l’ouvrir, malgré quelques indices découverts. Mais le propos d’Orwell est ailleurs.
Il n’est peut-être pas inutile de se demander pourquoi Orwell en vient à parler de Kipling, et de Kipling « bon mauvais poète ».
Orwell, pseudonyme d’Eric Blair, surtout connu pour son roman 1984, n’est pas en 1942 un écrivain de science fiction, catégorie dystopie. Mais il est déjà un socialiste démocratique antistalinien. Son parcours en fait un lecteur de Kipling particulièrement avisé, et d’abord un lecteur tout court, comme tous les enfants anglais de cette époque . En 1936 Il l’a d’abord plutôt célébré dans un article écrit cinq jours après sa mort :
« Pour ma part, j’ai adoré Kipling à treize ans, je l’ai détesté à dix-sept, je l’ai apprécié à vingt-cinq et maintenant, de nouveau, je l’admire plutôt. La seule chose qui n’ait jamais été possible, pour quiconque l’avait réellement lu, était de l’oublier. »
Nécrologie de George Orwell pour Rudyard Kipling, New English Weekly, 1936
Avec un peu plus de trente d’écart, Orwell est comme Kipling un enfant de l’Empire ; né en Inde, d’un père fonctionnaire de l’administration coloniale et d’une mère dont la famille a des intérêts en Birmanie. Son expérience de l’exil est plus précoce, il n’a qu’un an lorsqu’il retourne en Angleterre. Il fait également la même expérience amère des Publics schools. Celle d’Orwell est prestigieuse mais il y est boursier. Comme Kipling, il est plutôt un intellectuel, mais à la différence de ce dernier obligé de regagner l’Inde et d’y commencer une carrière de journaliste à 16 ans, Orwell entre à Eton où il a obtenu une bourse. Il y fait des études décevantes, il souhaite devenir écrivain et retourner en Asie. Orwell s’engage pour cinq ans comme sergent dans la police impériale en Birmanie. Il voit le fonctionnement du système impérialiste qui permet l’exploitation des peuples colonisés et dont il été un rouage. il rentre en Angleterre, critique résolu de l’impérialisme britannique. Tout en écrivant, il commence à enquêter sur la vie des plus pauvres dont il partage les conditions de vie, peut-être sur le modèle de Jack London dans le misérable East End de Londres en 1902 (The People of the Abyss, 1903). Il poursuit son expérience à Paris puis de nouveau à Londres. Il publie Down and out Paris and London (1933, traduit en français par La vache enragée puis Dans la dèche à Paris et Londres). D’abord journaliste, il s’engage du côté des républicains pendant la guerre d’Espagne et a, à la différence de Kipling, une réelle expérience de la guerre qui lui permet d’admirer les descriptions réalistes de Kipling, qui lui n’a jamais combattu. De retour à Londres, il passe du pacifisme au patriotisme révolutionnaire, il s’engage dans la Home Guard et produit des émissions culturelles pour la BBC.
Soldat, journaliste et écrivain, la lecture de Kipling par Orwell est donc particulièrement intéressante. Son itinéraire intellectuel et politique, bourgeois épris du prolétariat, engagé dans la guerre civile espagnole et antistalinien, patriote non nationaliste, critique des naïvetés socialistes et des impérialismes coloniaux, font d’Orwell un lecteur pertinent et souvent paradoxal de Kipling.
Le constat qu’il dresse au début de l’article peut surprendre le lecteur français : Kipling est un écrivain méprisé en Angleterre par les gens « éclairés » à cause de ses positions impérialistes et conservatrices, et pourtant il est toujours lu. Ce « paradoxe » sera ensuite largement relayé faisant de Kipling en des premiers écrivains «l’homme et l’œuvre » ( pas en France, Le livre de la Jungle le protège). Pour Orwell, si Kipling n’est pas un « fasciste » il est « un impérialiste chauvin, moralement insensible et esthétiquement répugnant ».
Il semble que l’étiquette de « sadique » qu’on retrouve dans la critique française vienne de cet article d’Orwell « Il a une veine sadique très nette qui dépasse encore la brutalité inévitable chez un écrivain de ce type.»
Orwell démontre donc que Kipling n’est pas fasciste, il en est même très éloigné. Les citations qui font de Kipling un auteur que l’extrême droite tente de récupérer sont tronquées ou inversées (Recessional). L’accusation est pour Orwell anachronique, Kipling en est resté à la guerre des Boers, et croit naïvement en des processus moraux et historiques devenus désuets à l’heure du nazisme et du stalinisme. « Il fut le prophète de l’impérialisme britannique dans sa phase expansionniste.[…] ainsi que l’historien officieux de l’armée britannique, cette vieille armée de mercenaires qui commença à se transformer en 1914. »
Orwell n’est pas tendre avec Kipling, qui n’aurait rien compris à l’après 14-18, ou trop bien compris que « la Grande-Bretagne était devenue une puissance mondiale moindre qu’auparavant, et Kipling était assez lucide pour le voir. La vertu avait quitté les classes qu’il idéalisait ; les jeunes étaient hédonistes ou désabusés. »
La faute en serait à son incompréhension du moteur économique de la colonisation et de l’Empire. Orwell oppose la force de l’argent à ce qu’il appelle « une évangélisation par la force » de Kipling. La « Loi » qu’il place au dessus de tout, il ne voit pas que c’est celle de la force du plus fort, et il n’en voit, lunettes habituelles des myopies colonialistes que les « réalisations », sans comprendre les logiques économiques et commerciales.
Orwell à l’art du retournement : Kipling s’identifie à la classe dirigeante et il a donc le « sens des responsabilités », ce que n’ont pas les « partis de gauche des pays hautement industrialisés dont Orwell dénonce l’hypocrisie. : « Un humanitaire est toujours un hypocrite, et la compréhension que Kipling avait de ce fait constitue peut-être le secret essentiel de son pouvoir de forger des formules frappantes. Il serait difficile de résumer en moins de mots le pacifisme borgne des Anglais que dans cette formule : « se moquer des uniformes qui vous protègent pendant votre sommeil».
Orwell doute cependant de cette identification réelle de Kipling aux rouages administratifs et militaires de l’Empire : Les voyages de sa jeunesse, son intelligence brillante et « quelques traits peut-être en partie névrotiques » le font préférer « l’homme d’action à l’homme sensible ». Il reconnait à Kipling dont il trouve l’œuvre « vulgaire et grossière » le talent d’avoir fait le seul tableau littéraire de l’Inde britannique, et qu’il était juste assez grossier pour cela. Il n’est pas facile de mesurer la part de charge et la part d’admiration d’Orwell pour un écrivain qui, comme lui pouvait se fondre dans les milieux qu’il décrivait : « Lorsqu’il vivait en Inde, il fréquentait volontiers « les mauvaises personnes » et, à cause de son teint sombre, on le soupçonnait à tort d’avoir du sang asiatique ».Orwell diplômé d’Eton souligne que Kipling avait dû quitter l’école très tôt, et que né dans un autre milieu : « il aurait pu devenir un bon romancier ou un auteur exceptionnel de chansons de music-hall », ce qui est sans doute un compliment.
Orwell reconnait également, malgré son soutien à des hommes puissants (particulièrement en Afrique du Sud), que Kipling ne fut ni un serviteur ni un opportuniste, et qu’il ne cherchait pas à flatter l’opinion publique. Plutôt même le contraire, ces thèmes de prédilection : l’armée, l’Empire, la patrie, ennuyait les masses. Il était aimé par les classes moyennes et les militaristes bornés qui ne l’avaient sans doute pas lu.
La critique d’Orwell est surtout sociale, celui qu’il traite de « patriote de caniveau » attaque principalement la classe ouvrière. Les Barrack-Room Ballads «son œuvre la meilleure et la plus représentative » sont affaiblies par les préjugés de classe. L’officier est idéalisé, le simple soldat « attachant et romantique » réduit à la caricature et au comique.
Il est intéressant de relever ce que dit Orwell sur la « marque de fabrique » des Barrack-Room Ballads : la transcription des voix populaires : «Il le fait toujours parler dans une sorte de cockney stylisé, pas très marqué mais où tous les « h » aspirés et les « g » finaux sont soigneusement supprimés. Très souvent, le résultat est aussi embarrassant qu’une récitation humoristique lors d’une réunion paroissiale. Et cela explique ce fait curieux qu’on peut souvent améliorer les poèmes de Kipling, les rendre moins grotesques et moins tapageurs, simplement en les retranscrivant du cockney vers l’anglais standard. C’est particulièrement vrai de ses refrains, qui possèdent souvent une qualité véritablement lyrique » (c’est ce vers quoi tendent de plus en plus mes propositions de traductions)
Pour Orwell qui fit des reportages au plus près du prolétariat, cela ne peut être qu’une moquerie de « l’accent ouvrier », Kipling regardant tout à travers « une perspective de classe déformante ». Cette analyse «marxiste » est de manière beaucoup plus réjouissante sauvée par une « justice poétique » : les élisions sont musicalement inutiles, le cockney de théâtre irritant et très justement : « on le cite plus souvent à haute voix qu’on ne le lit sur la page imprimée, et la plupart des gens effectuent instinctivement les corrections nécessaires lorsqu’ils le citent« .
Cette dernière remarque est sans doute vraie mais interrogerait sur la pratique moderne du texte poétique qui me parait plus lue que dite, et la poésie de Kipling est en effet souvent plus orale qu’écrite. la plupart de ces poèmes les plus connus donnent lieu à de multiples lectures sur you tube, bien plus me semble t-il que les poètes français.
Cependant Orwell poursuit son accusation sociale, Kipling est « presque inconscient de la lutte des classes», non content de ridiculiser le soldat par son langage, il le caricature : patriote, féodal, admirateur naturel de ses officiers et fier d’être soldat de la Reine, qui demande « ce qu’il peut faire pour l’Angleterre et non ce que l’Angleterre peut faire pour lui« . Le traitement réservés aux indiens indigénisés et folklorisés ne vaut pas mieux pour Orwell ( qui pourtant ne fait guère mieux dans ses écrits birmans)
Mais Orwell relève également l’intérêt de Kipling pour le soldat de base : «il voit que le soldat est négligé, misérablement sous-payé et hypocritement méprisé par ceux mêmes dont il protège les revenus. » Sa vision des combats est réaliste et il fuit l’héroïsme.
Etrangement ce réalisme est suspect à Orwell : «S’il y a excès chez Kipling, c’est plutôt dans l’horreur, car les guerres de sa jeunesse étaient à peine des guerres selon nos critères. Peut-être cela vient-il de cette tendance névrotique en lui, de cette faim de cruauté. Mais au moins sait-il que les hommes envoyés contre des objectifs impossibles sont effrayés, et il sait également que quatre pence par jour ne constituent pas une pension généreuse » Orwell ne développe pas cette « faim de cruauté » mais revient à la véracité du tableau littéraire de l’Inde Britannique et de de la vie militaire « d’avant la mitrailleuse » et Orwell prend visiblement plaisir à ce tableau, pour l’esquisser à son tour : « ces casernes étouffantes de Gibraltar ou de Lucknow, les tuniques rouges, les ceinturons blanchis à la pipe-clay et les shakos cylindriques, la bière, les bagarres, les flagellations, les pendaisons et les crucifixions, les sonneries de clairon, l’odeur de l’avoine et du crottin, les sergents braillards aux moustaches longues d’un pied, les escarmouches sanglantes et invariablement mal conduites, les transports de troupes bondés, les camps ravagés par le choléra, les concubines « indigènes », puis, pour finir, la mort à l’hospice des pauvres. C’est un tableau grossier et vulgaire, où un numéro patriotique de music-hall semble s’être mêlé à quelque passage particulièrement sanglant de Émile Zola ; mais grâce à lui, les générations futures pourront se faire une idée de ce qu’était une armée de volontaires engagés à long terme. »
De même pour l’Inde d’avant le réfrigérateur et l’automobile.
Ce talent ambigu qu’Orwell reconnait à Kipling vient du fait qu’il est « à moitié civilisé » Là aussi la piste n’est pas suivie.
Un autre de ces talents relevé par Orwell est que Kipling est « le seul écrivain anglais de notre temps à avoir enrichi la langue d’expression nouvelles cités couramment sans en connaitre l’auteur :
« East is East, and West is West. »
« The white man’s burden. »
« What do they know of England who only England know? »
« The female of the species is more deadly than the male. »
« Somewhere East of Suez. »
« Paying the Dane-geld. »
« Killing Kruger with your mouth »
Les Huns pour désigner les allemands
Les raisons de ce succès sont un demi-compliment et une demi-critique : «La vérité est que Kipling, indépendamment de sa sagesse de comptoir et de son talent pour condenser beaucoup de pittoresque bon marché en quelques mots (« palm and pine » — « east of Suez » — « the road to Mandalay »), parle généralement de choses qui présentent un intérêt urgent », « Kipling traite de pensées à la fois vulgaires et permanentes »
Orwell en tire la question du satut de Kipling comme poète ou, corrige-t’il aussitôt, comme « auteur de vers »( verse writer). Il critique la distinction défendue par Eliot entre « Verse » et « Poetry » : «Apparemment, Kipling était donc un versificateur qui écrivait parfois des poèmes, auquel cas il est regrettable que M. Eliot n’ait pas indiqué lesquels ». Eliot serait trop occupé à défendre Kipling pour être sincère. Orwell va l’être : « ce qui devrait selon moi être le point de départ de toute discussion sur Kipling — c’est que la majeure partie de ses vers est d’une vulgarité si atroce qu’elle provoque la même sensation que celle éprouvée devant un artiste de troisième ordre récitant « The Pigtail of Wu Fang Fu » sur une scène de music-hall, le visage baigné d’une lumière violette ».
Mais comme chaque fois qu’Orwell accable Kipling, il entreprend aussitôt de le sauver : « et pourtant une grande part de cette œuvre peut procurer du plaisir à des gens qui savent ce qu’est la poésie. Dans ses pires moments — et aussi les plus vigoureux — dans des poèmes comme « Gunga Din » ou « Danny Deever », Kipling procure un plaisir presque honteux, comparable au goût des sucreries bon marché que certains conservent secrètement jusqu’à l’âge mûr. Mais même dans ses meilleurs passages, on a la sensation d’être séduit par quelque chose de factice — et pourtant indéniablement séduit. »
Orwell rejette donc la distinction d’Eliot pour lui substituer un oxymore, Kipling est « un bon mauvais poète »… définit comme l’auteur d’une œuvre reconnue comme « vulgaire » de génération en génération et pourtant continuellement lue.
Le raisonnement d’Orwell est soit élististe, soit ironique : la «bonne « poésie » n’est comprise que par un petit nombre de personnes, sauf si elle se déguise en autre chose : « On en voit un exemple dans la poésie populaire que possède encore l’Angleterre : certaines comptines enfantines, certaines ritournelles mnémotechniques, ou encore les chansons improvisées des soldats, y compris les paroles adaptées à certains appels de clairon »
L’intérêt donc de la « bonne mauvaise poésie » est de pouvoir atteindre le plus grand nombre.
Orwell précise sa définition : « Un bon mauvais poème est un élégant monument dédié à l’évidence. Il fixe sous une forme mémorable — car le vers est aussi un procédé mnémotechnique — une émotion que presque tout être humain peut partager […] Ces poèmes sont une sorte de proverbes rimés, et il est significatif que la poésie véritablement populaire soit presque toujours gnomique ou sentencieuse »
Orwell prend l’exemple d’un vers du poème qui clôt L’Histoire des Gatsby : The Winners ( ou L’Envoi)
He travels the fastest who travels alone.
Orwell y voit « Une pensée vulgaire exprimée avec vigueur » ( avec une incertitude sur le double sens possible de vulgaire en français comme en anglais sous la plume d’Orwell). «Elle n’est peut-être pas vraie, mais c’est en tout cas une pensée que chacun a déjà eue. Tôt ou tard, vous aurez l’occasion de sentir que « voyage le plus vite celui qui voyage seul », et la pensée sera là, toute prête, comme si elle vous attendait. Il y a donc de fortes chances que, si vous avez entendu ce vers une fois, vous vous en souveniez. »
La suite de la démonstration d’Orwell suit les mêmes montagnes russes :
La puissance du « bon mauvais poète » Kipling est son sens des responsabilités, il a donc une vision du monde, même fausse. Kipling est par ailleurs un conservateur du côté du pouvoir, chose « répugnante » mais qui lui donne une certaine prise sur le réel. De plus, le pire étant certain « quiconque part d’une vision pessimiste et réactionnaire de la vie tend à être confirmé par les événements, car l’Utopie n’arrive jamais ». Vendu à la classe dirigeante, Kipling est tombé dans « des abîmes de sottise et de snobisme » mais il a au moins essayé « d’imaginer ce que sont l’action et la responsabilité ».
La conclusion d’Orwell est à l’exemple de son article : Kipling « recourait largement aux platitudes, et puisque nous vivons dans un monde de platitudes, beaucoup de ses formules demeurent. Même ses pires sottises semblent moins superficielles et moins irritantes que les propos « éclairés » de la même époque, tels que les épigrammes de Oscar Wilde »
On le voit Orwell assassine Kipling en le sauvant, ou l’inverse, ajoutant sa pierre à l’édifice solide mais lézardé, ou l’inverse, de Kipling,
Que Kipling soit contradictoire est sans doute une des raison de la longévité qu’Orwell cherche à expliquer en créant ce « bon mauvais poète ». Orwell est d’ailleurs lui même contradictoire en faisant du témoin de la guerre des Boers et de la Grande Guerre un poète d’avant la mitrailleuse qui ne comprendrait pas la brutalité de l’époque tout en insistant sur sa cruauté.
Il est également intéressant de retenir sa définition du « bon mauvais poète » qui sait saisir en un vers une expérience commune, « vulgaire » pour Orwell, qu’on éprouvera un jour où l’autre et qu’on retrouvera exactement, ou mieux formulée chez Kipling.
La lecture « politique » d’Orwell montre qu’en 1942, Les Barrack-Room Ballads présentées comme le meilleur de Kipling sont à la fois dénoncées comme « méprisantes » par leur oralité qui caricaturerait le prolétariat au lieu de le décrire. Le risque est réel, et Orwell montre bien comment le texte rendu « standard » permet d’accéder à un discours non biaisé des soldats.
Enfin, cet article permet d’écarter une lecture « fasciste » de Kipling, déjà fausse en 1942, mais encore plus retorse aujourd’hui car il ne s’agit plus de dénoncer, mais de valoriser ce qui serait fasciste et identitaire, toujours par ceux qui n’ont pas lu…
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