F.1. The Fabulists

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                                          Les fabulistes (1917)

Diversity of Creatures > Sussex Editions
Sous titré "1914-18" ou "Ypres", lieu de plusieurs batailles sanglantes en particulier pour les soldats du Commonwealth.

Il s’agit d’un poème de guerre, qui évoque difficulté de prévenir du danger, ce que Kipling a beaucoup fait en mettant les Anglais en garde contre l'Allemagne, mais aussi de décrire la réalité du Front pour ceux qui n’y étaient pas, ou même l’impossibilité même d’utiliser l’imagination et la fable pour décrire l’inimaginable.
Le poème est lié à la nouvelle :
My Son Wife dans le recueil Diversity of Creatures, et à The Vortex dans The Sussex Editions

"fables imaginaires" : adaptation de "imaginings", je n'ai pas su choisir entre les sens posssibles : fantasmes, visions, rêveries, fantaisies, chimères. "Fables" aurait peut-être pu suffire.

Les fabulistes
Ypres

Quand le monde entier veut garder une chose cachée,
Puisque la Vérité est rarement l'amie des foules,
Les hommes écrivent en fables, comme le faisait le vieux Ésope,
Plaisantant de ce que nul n'ose dire à haute voix .
Et ils doivent le faire ainsi, sinon cela échoue
Car s’ils ne plaisent pas personne ne les écoute.

Quand la Folie, désespérée, s’acharne chaque jour
Pour répandre la confusion dans tout ce que nous avons,
Quand la Paresse, diligente, réclame la mort de la Liberté,
Et que la Peur liguée commande la mort de l’Honneur—
Même en cette heure fatidique qui précède la chute
A moins de plaire, les hommes ne sont pas entendus du tout.

Tous doivent plaire, mais certains ne le font pas uniquement par nécessité ;
Tous doivent peiner, mais certains ne le font pas uniquement pour le profit ;
Mais afin que ceux qui trouvent du plaisir puissent prendre garde,
Car la peine présente les arrachera à la douleur future.
Ainsi, certains ont peiné, mais leur récompense fut maigre,
Car, bien qu'ils aient fait plaisir, ils ne furent pas entendus.

C'était là le verrou qui scellait nos lèvres,
C'était là le joug que nous avons enduré,
Nous privant de toute compagnie agréable
À notre époque et de notre génération.
Nos plaisirs, que nous n'avons pas su saisir, appartiennent désormais au passé.
Et quant à nos souffrances—nous ne sommes pas entendus du tout.

Quel homme entend autre chose que le grondement des canons ?
Quel homme prête attention à autre chose qu’à ce que chaque instant apporte ?
Quand la vie de chaque homme dépasse toute vie imaginée,
Quel homme trouvera du plaisir dans des fables imaginaires ?
Ainsi s’est-il produit, comme il devait se produire,
Nous ne sommes pas, et nous n’avons jamais été, entendus.




The Fabulists
YPRES
 
When all the world would keep a matter hid,
Since Truth is seldom friend to any crowd,
Men write in fable, as old Æsop did,
Jesting at that which none will name aloud.
And this they needs must do, or it will fall
Unless they please they are not heard at all

When desperate Folly daily laboureth
To work confusion upon all we have,
When diligent Sloth demandeth Freedom’s death,
And banded Fear commandeth Honour’s grave—
Even in that certain hour before the fall
Unless men please they are not heard at all.

Needs must all please, yet some not all for need,
Needs must all toil, yet some not all for gain,
But that men taking pleasure may take heed,
Whom present toil shall snatch from later pain.
Thus some have toiled but their reward was small
Since, though they pleased, they were not heard at all.

This was the lock that lay upon our lips,
This was the yoke that we have undergone,
Denying us all pleasant fellowships
As in our time and generation.
Our pleasures unpursued age past recall.
And for our pains—we are not heard at all.

What man hears aught except the groaning guns?
What man heeds aught save what each instant brings?
When each man’s life all imaged life outruns,
What man shall pleasure in imaginings?
So it hath fallen, as it was bound to fall,
We are not, nor we were not, heard at all.

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