La piste des Romanichels (1892)
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Le poème est inspiré de The Romany Lass de Frederick Weatherley, 1880. ( la onzième strophe et le premiers vers de la douzième sont purement plagiés, la strophe sera ensuite éditée avec des guillements)
Cette onzième strophe sert de mise en exergue à The Story of the Gadsbys, sous le titre de Gipsy Song. Une treizième strophe a été supprimée.
Le poème fait partie de la sélection de T.S.Eliot.
Traduction
— Partielle de Louis Fabulet et Arthur Austin-Jackson, L’histoire des Gatsby, Mercure de France, 1905 (voir plus bas)
— de Jules Castier, Kipling, Poèmes choisis par T.S Eliot, Robert Laffont, 1949. (voir plus bas)
La traduction de "Gipsy" est délicate pour rendre la bonne connotation du mot désignant un peuple, ou des peuples qui ont beaucoup de noms. Il semble que les Gipsies britanniques soient des Romanis installés en Angleterre depuis le XVIe. Leur mode de vie et leur représentation traditionnelle correspond au français Romanichel, aujourd’hui vieilli mais qui évoque encore l’imaginaire de la vie itinérante, des roulottes, des chevaux, de la musique, de la liberté liée à la marginalité. « Gitan » serait le plus proche équivalent moderne mais désigne une origine espagnole différente. La difficulté est que dans ce poème Kipling utilise à la fois "Gipsy" et "Romany", j’ai donc choisi de garder le mot anglais, également compris en français.
Les références de Kipling sur la culture Rom peuvent venir d’un livre célèbre à l’époque : Lavengro de George Borrow. Voir également un autre poème de Kipling The Gipsy Vans.
Gorgio : équivalent du mot Gadjo, plus utilisé en français pour désigner les non Roms
Patteran : Signes codés laissés sur la piste pour informer ceux qui suivent.
« Et que l’Occident et l’Orient ne fassent plus qu’un » Echo sans doute volontaire d’un des poèmes controversés parce que mal lu de Kipling The Ballad of East and West (1889) dont le premier vers ( démenti par les suivants) annonce : « Oh, East is East, and West is West, and never the twain shall meet », ce que réalise encore une fois Kipling, par l'amour cette fois.
Mahim : District de Bombay
La piste des Romanichels
Le papillon blanc vers le pampre enroulé
L'abeille vers le trèfle éclos,
Et le sang gipsy vers le sang gipsy,
A travers le vaste monde, toujours
Toujours à travers le vaste monde, ma belle,
La piste reste toujours la même,
Au-dessus du monde et sous le monde,
Pour revenir enfin vers toi.
Hors de l’obscurité du campement gorgio,
Hors de la crasse et de la grisaille
(L’aube attend au bout du monde),
Gipsy, viens avec moi !
Le sanglier vers le marais desséché par le soleil,
La grue rouge vers son roseau,
Et la fille Romani vers le garçon Romani,
Par les liens d’un peuple voyageur.
.
Le serpent tacheté vers le rocher fendu,
Le cerf vers la plaine rocailleuse,
Et la fille Romani vers le garçon Romani,
Et tous deux de nouveau sur la route.
Tous deux de nouveau sur la route, encore !
Sur une piste marine dégagée –
Suivez la croix de la piste gypsie
À travers le monde et retour !
Suis le patteran des Romanis
Vers le nord, là où voguent les icebergs bleus,
Où les proues sont grises d’écume gelée,
Et où les mâts sont revêtus de mailles.
Suis le patteran des Romanis
Tout droit vers la Lumière Australe,
Là où le balai de Dieu est le vent du Sud sauvage,
Balayant de blanc les fonds des mers.
Suis le patteran des Romanis
Vers l'ouest, où le soleil se couche,
Jusqu'à ce que les voiles des jonques émergent de l’immensité déserte.
Et que l'occident et l' orient ne fassent plus qu'un.
Suis le patteran des Romanis
Vers l'est, là où le silence règne
Au bord d'une vague pourpre sur une plage d'opale
Dans le calme des bois de Mahim.
« Le faucon sauvage vers le ciel battus par les vents,
Le cerf vers la lande salubre,
Et le cœur d’un homme vers le cœur d’une fille,
Comme au temps d’autrefois. »
Le cœur d’un homme vers le cœur d’une jeune fille –
Lumière de mes tentes, sois prompte.
L’aube nous attend au bout du monde,
Et le monde tout entier est à nos pieds !
(strophe supprimée :
L'aube attend au bout du monde,
Là où les vents débridés.
Mordillant les flancs de leurs rangs bondissants,
Jusqu’à ce que les blancs chevaux de mer hennissent.)
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Traduction de Louis Fabulet et Arthur Austin-Jackson, L’histoire des Gatsby, Mercure de Franc, 1905. La onzième strophe est mise en exergue au début du recueil.
L'épervier sauvage au ciel balayé de vent,
Le cerf à la plaine salubre,
Le cœur d'un homme au cœur d'une fille
Comme c'était au temps d'antan.
(Chanson bohémienne.)
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Traduction en vers de Jules Castier, Kipling, Poèmes choisis par T.S Eliot, Robert Laffont, 1949.
La piste des Romanichels
Le papillon blanc, au sarment qui grimpe,
L'abeille, au trèfle en fleur ouvert,
Et le sang bohême, au vieux sang bohême,
Partout, au vaste monde offert.
Partout où le monde est offert, m'amie,
Toujours, la piste tient sa foi,
Par-dessus le monde, et dessous le monde,
Pour revenir enfin à toi.
Du fond de la nuit du camp des bourgeois,
Du fond de grisaille flottant,
(Le matin t'attend, au bout du grand monde)
Ah, fier romanichel, viens-t'en!
Sanglier sauvage, au marais séché,
Grue ronge, à son roseau qui chante,—
Et la Romanichelle, à son Romanichel
De par le lien d'un' race errante !
Serpent tacheté, au rocher fendu,
Chevreuil, à lui la plaine immense,—
Et la Romanichelle, à son Romanichel,
Et l'un et l'autre à son errance!
Certes, l'un et l'autre, à l'errance, encore!
Sur la piste des mers, partez,
Par la croix de la piste des Romanichels,
Courez le monde, et revenez!
Suivez-la, cette piste des Romanichels,
Au nord, où flott' l'isberg bleuté,
Où l'étrave s'embrume
Sous le gel de l'écume,
Où les mâts sont luisants de ferrets argentés.
Suivez-la, cette piste des Romanichels,
Tout droit vers la Lumière Australe,
Où la verge de Dieu
Est le vent furieux
Qui balaye la nue en ses blanches rafales.
Suivez-la, cette piste des Romanichels
Vers l'ouest, vers le soleil défunt
Où la jonque dérive
Sur le fleuve sans rive,
Où l'ouest et l'est ne font plus qu'un.
Suivez-la, cette piste des Romanichels,
Au silence de l'orient,
Vers la vague qui râle
Sur la plage d'opale,
Ou vers Mahim au bois fuyant.
Le faucon sauvage, au ciel balayé,
Le cerf, au vol, parmi les bois,—
Et le cœur d'un homme, au cœur de sa mie,
Ainsi qu'aux vieux jours d'autrefois.
Oui, le cœur d'un homme, au cœur de sa mie,—
Feux de mon camp, brillez, brillez!
Le matin m'attend au bout du grand monde,
Et le grand monde est à nos pieds!
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The Gipsy Trail
1
The white moth to the closing bine,
The bee to the opened clover,
And the gipsy blood to the gipsy blood
Ever the wide world over.
2
Ever the wide world over, lass,
Ever the trail held true,
Over the world and under the world,
And back at the last to you.
3
Out of the dark of the gorgio camp,
Out of the grime and the grey
(Morning waits at the end of the world),
Gipsy, come away!
4
The wild boar to the sun-dried swamp,
The red crane to her reed,
And the Romany lass to the Romany lad,
By the tie of a roving breed.
5
The pied snake to the rifted rock,
The buck to the stony plain,
And the Romany lass to the Romany lad,
And both to the road again.
6
Both to the road again, again!
Out on a clean sea-track–
Follow the cross of the gipsy trail
Over the world and back!
7
Follow the Romany patteran
North where the blue bergs sail,
And the bows are grey with the frozen spray,
And the masts are shod with mail.
8
Follow the Romany patteran
Sheer to the Austral Light,
Where the besom of God is the wild South wind,
Sweeping the sea-floors white.
9
Follow the Romany patteran
West to the sinking sun,
Till the junk-sails lift through the houseless drift.
And the east and west are one.
10
Follow the Romany patteran
East where the silence broods
By a purple wave on an opal beach
In the hush of the Mahim woods.
11
"The wild hawk to the wind-swept sky,
The deer to the wholesome wold,
And the heart of a man to the heart of a maid,
As it was in the days of old."
12
The heart of a man to the heart of a maid–
Light of my tents, be fleet.
Morning waits at the end of the world,
And the world is all at our feet!
Strophe supprimée :
Morning waits at the end of the world
Where winds unhaltered play.
Nipping the flanks of their plunging ranks
Till the white sea-horses neigh.
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