H.18. How the Godess Awakened

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                             Comment la Déesse s’éveilla (1884)

Sundry Phansies > Echoes by two Writers > Outward bound edition
Le poème est écrit pour Flo Garrard, amour malheureux de jeunesse. Kipling lui offre un cahier regroupant ses poèmes intitulé Sundry Phansies.  Il conserve le poème dans l’édition familiale qui regroupe les oeuvres des "Two Writers", Kipling et sa sœur Trix.
Kipling explique l’origine du poème par l’utilisation d’anciennes statues romaines réutilisées dans certaines églises françaises : Vénus se réveille en vierge Marie d’un culte bien plus triste que le sien, écho possible de la triste  et cruelle éducation chrétienne évangélique recue dans «  la maison de la Désolation » quand il était enfant.
Traduction : sauf erreur, ce poème n'a pas été traduit en français

                              Comment la Déesse s’éveilla

Là où le fêtard s’étendait, ivre de vin,
  Au pied de mon piédestal de marbre,
Ils se lamentent à haute voix ; ils m’appellent divine —
  Pourquoi est-ce moi qu’ils invoquent ?
  Qu’ai-je fait pour les hommes de cette ville,
Pour ces gens pâles qui s’inclinent devant le sanctuaire
Et m’implorent : « Vierge divine,
  Mère des Douleurs, aie pitié ! »

Que puis-je dire de leur joie ou de leur malheur —
Moi qui fus façonnée jadis
  sur les coteaux d’oliviers de la cité de marbre,
là où les feuilles vertes cachaient les murs du temple ?
Pourquoi est-ce moi qu’ils appellent :
  « Mère de Jésus, aie pitié ! »

Que saurais-je de la douleur—moi ?
Comment pourrais-je l’écouter avec compassion ?
  La douleur n’était pas dans la vieille cité blanche ;
Mais le rire, et l’amour, et les hommes et le vin
Dans le temple en contrebas, qui était le mien.
  Qui suis-je pour leur accorder ma pitié
Alors que, rang après rang, ils invoquent mon sanctuaire :
« Mère des Douleurs, Verge Divine,
  Vierge immaculée, aie pitié »

Ils m’ont tirée de sous la terre
  (Car moi aussi, je tombai avec la chute de ma ville),
Ils ont mis une croix entre mes mains,
Ils ont enserré mes membres dans une étoffe d’or,
  Et m’ont exposée aux regards de tous.
Ils vinrent se prosterner devant mon sanctuaire,
  Ces gens étranges et pâles de la ville triste,
Et m’implorèrent : « Mère divine,
  Mère des Douleurs, aie pitié ! »

J’aimerais tant être là où je fus autrefois,
Là où les membres nus brillaient à travers les feuilles verts de la vigne,
Là où j’entendais le bruit de la mer en été
Au loin, et où des guerriers venaient vers moi,
Et suspendaient leurs armes entres les branches —
Des silhouettes puissantes, et j’étais considérée comme leur reine.
Ces hommes m’accueilleraient sûrement
Avec ce chant sauvage que je connaissais si bien
Avant que ma cité de marbre ne tombe —
Avant que les ennemis ne s’emparent de la cité
(Avant que je ne m’incline et ne tombe),
Avant qu’ils ne m’amènent ici pour y demeurer,
  Ces hommes qui ne connaissent pas ma cité,
Et qui m’ont placée dans un sanctuaire étranger,
Et qui m’ont implorée : « Vierge divine,
  Mère des Douleurs, aie pitié ! »

Et en ce temps-là, je voyais le soleil,
  Mon frère, me saluer au lever du jour.
Mais aujourd’hui, je ne vois plus personne
  Que je connaisse, tandis que des gens affligés
Se pressent autour de moi, invoquant un nom
  Que je ne connais pas , et qu’ils me donnent.
  Moi, née de l’écume, surgie de la mer,
  J’avais bien des noms dans la cité
De marbre, mais celui-ci n’est pas le mien :
  « Mère des Douleurs, Vierge Divine,
  Vierge immaculée, aie pitié ! »

Et, en ces années-là, les étoiles étaient brillantes,
  Et toute la nuit était pleine d’amour ;
Mais aujourd’hui, je ne vois plus aucune lumière,
  Si ce n’est celle qui, par de maigres fentes là-haut,
Descend vers mon front blanc.
  Si seulement je pouvais me retourner et partir
Pour rendre visite à ma cité bien-aimée,
Et entendre les rires d’autrefois,
Et voir les eaux teintées d’or
  Au loin, et sentir contre mes genoux
La joue chaude du garçon. Alors je retrouverais
  Mon ancien bonheur et ma sérénité.
Mais ici, il n’y a d’autre son que la douleur :
« Sainte Vierge, Mère divine,
Inclinons-nous profondément devant ton autel sacré.
  Mère de Jésus, aie pitié ! »


                   How the Goddess Awakened
1
Where the reveller laid him, drunk with wine,
  At the foot of my marble pedestal,
They are wailing aloud; they call me divine—
  Wherefore is it on me that they call?
  What have I done for the men of this city,
For the pallid folk who bend at the shrine
And call upon me: 'Maid Divine
  Mother of Sorrows, have thou pity!'
2
What can I tell of their joy or woe—
I who was fashioned long ago
  By the olive slopes of the marble city,
Where green leaves hid the temple wall?
Wherefore is it on me that they call:
  'Mother of Jesus, have thou pity!'
3
What should I know of sorrow—I?
How should I listen tenderly?
  Sorrow was not in the old white city;
But laughter and love and men and wine
In the temple below me that was mine.
  Who am I, that should give them pity
As, row upon row, they call on my shrine:
'Mother of Sorrows, Maid Divine,
  Spotless Virgin, have thou pity!'
4
They brought me forth from under the mould
  (For I, too, fell with my city's fall),
They gave my hands a cross to hold,
They cramped my limbs in cloth of gold,
  And set me up to be seen of all.
They came and bowed themselves at my shrine,
  These strange, pale folk of the dreary city,
And called upon me: 'Mother Divine
  Mother of Sorrows, have thou pity!'
5
I fain would be where I once have been,
Where the nude limbs flashed through the vine-leaves green,
Where I heard the sound of the summer sea
Far off, and warriors came to me,
And hung their arms the boughs between—
Strong shapes, and I was held their queen.
These men would surely welcome me
With that wild song I knew so well
Before my marble city fell—
Before the foemen took the city
(Before I bowed myself and fell),
Before they brought me here to dwell,
  These men that know not of my city,
And set me in an alien shrine,
And called upon me: 'Maid Divine,
  Mother of Sorrows, have thou pity!'
6
And in those days, I saw the sun,
  My brother, greet me in the morn.
But now I see not any one
  Of those I know, while folk forlorn
Flock round me, calling on a name
  I know not, and they give it me.
  I, foam-born, risen from the sea,
  My names were many in the city
Of marble, but this is not mine:
  'Mother of Sorrows, Maid Divine,
  Spotless Virgin, have thou pity!'
7
And, in those years, the stars were bright,
  And all the night was full of love;
But now I see not any light,
  Saved what from meagre slits above
Slopes downward on my forehead white.
  I would that I could turn and move
And visit mine own lovèd city,
And hear the laughter as of old,
And see the waters touched with gold
  Far off, and feel against my knees
The boy's warm cheek. Then should I know
  Mine own old happiness and ease.
But here there is no sound save woe:
'Holy Virgin, Mother Divine,
Bend we low at thy sacred shrine.
  Mother of Jesus, have thou pity!'

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