H.8. The Heritage

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                                         L’héritage (1905)

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Songs from Books sans avoir jamais été publié dans un recueil…
Traduction : sauf erreur ce poème n'a pas été traduit en français
Le poème traite un thème déjà abordé plusieurs fois par Kipling sur la nécessité de maintenir un armée puissante. Le propos est souvent de transmettre aux enfants la sécurité héritée des pères (voir The Three-Decker 1894, The Dykes 1902).
Kipling était conscient de l’impréparation de l’armée anglaise depuis la guerre en Afrique du Sud et persuadé de l’imminence d’un grand conflit en Europe, ce qui lui vaut, selon les cas, l’étiquette d’écrivain militariste ou de prophète.
Kipling utilise des références bibliques, non pour faire un poème religieux mais pour utiliser un langage, un cadre de pensée, un cadre moral identifié par ses lecteurs, celui de la culpabilité d’avoir mal transmis l’héritage, de n’avoir pas su, ou voulu le préserver. Cette fiction des générations antérieures meilleures que les suivantes est loin d’être le meilleur Kipling qui sait être bien plus fin et pertinent.

L’Héritage
Nos pères, à une époque merveilleuse,
Avant même que la Terre ne fût petite,
Nous assurèrent un héritage,
Et n’ont pas douté un seul instant
Que nous, les enfants de leur cœur,
Qui battait alors si fort,
Jouerions plus tard le même rôle
Pour notre postérité.

Pendant mille ans, ils bâtirent sans relâche,
Pour notre bien et celui des nôtres,
Ces Murs qui faisaient le désespoir du monde,
Ces Tours qui maîtrisaient la mer :
Pourtant, au plus fort de leur fierté, ils savaient,
Et l’ont fait savoir aux rois,
Que leur force ne provenait pas uniquement de ces ouvrages,
Que leur foi ne reposait pas sur l’airain ou la pierre.

La fougue de la jeunesse, la farouche résolution de l’âge d’homme,
Avec le sage jugement de l’âge,
Ils dépensèrent, sans compter leur dépense,
Dans un sacrifice quotidien.
Non pas seulement des agneaux ni des colombes achetées,
Ni la dîme de l’or des marchands —
Leurs vies si précieuses, leurs amours les plus chères,
Ils les ont jadis offertes .

S'abstenant même de ce qui est licite,
Ils courbèrent le cou pour supporter
Au joug sans éclat qui apporte
Un rude labeur et les charges les plus lourdes.
C'est pourquoi, grâce à eux, la Liberté est assurée ;
C'est pourquoi, grâce à eux, nous sommes debout,
À l'abri de tout, sauf de la paresse et de l'orgueil,
Dans une terre de délices

Alors,inquiets, ne murmurez pas qu’ils nous ont confié
une si lourde charge à assumer,
ni ne croyez que le Temps, saisi de respect, préservera
leur labeur pendant que nous dormons.
Chèrement acquis et incontestable, depuis mille ans,
Le droit de nos pères perdure.
Faisons, nous aussi, leur sacrifice,
sans léser nos fils de leur héritage.


The Heritage
Our Fathers in a wondrous age,
Ere yet the Earth was small,
Ensured to us an heritage,
And doubted not at all
That we, the children of their heart,
Which then did beat so high,
In later time should play like part
For our posterity.

A thousand years they steadfast built,
To ’vantage us and ours,
The Walls that were a world’s despair,
The sea-constraining Towers:
Yet in their midmost pride they knew,
And unto Kings made known,
Not all from these their strength they drew,
Their faith from brass or stone.

Youth’s passion, manhood’s fierce intent,
With age’s judgment wise,
They spent, and counted not they spent,
At daily sacrifice.
Not lambs alone nor purchased doves
Or tithe of trader’s gold—
Their lives most dear, their dearer loves,
They offered up of old.

Refraining e’en from lawful things,
They bowed the neck to bear
The unadorned yoke that brings
Stark toil and sternest care.
Wherefore through them is Freedom sure;
Wherefore through them we stand,
From all but sloth and pride secure,
In a delightsome land.

Then, fretful, murmur not they gave
So great a charge to keep,
Nor dream that awestruck Time shall save
Their labour while we sleep.
Dear-bought and clear, a thousand year,
Our fathers’ title runs.
Make we likewise their sacrifice,
Defrauding not our sons.

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