H.9.Himalayan

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                                          Himalayen (1884)

Echoes by two Writers > Life’s Handicap ( 3e strophe) > The Outward Bound Edition
Le poème parait dans la publication «  familiale » qui réunit les œuvres de Rudyard et de sa sœur Alice.
Il y a en fait deux poèmes en un, où plutôt deux usages très différents du même poème :
— Le poème de 1884, entier, est explicitement imité de Joaquin Miller. Poète et aventurier américain qui inspire également le jeune Kipling pour le poème
The Battle of Assaye. Le ton est assez léger pour décrire la chaleur accablante de Lahore et des plaines et la nécessité de se réfugier sur les contreforts de l’Himalaya, à Simla où se trouve la capitale d’été du gouvernement. Thème plusieurs fois traités sous diverses formes par Kipling.
— La 3e strophe seule sert d’exergue à une nouvelle fantastique beaucoup moins légère :
At the End of the Passage (1890). Dans la chaleur étouffante de la plaine, quatre anglais passent, mal, le temps en se retrouvant tous les dimanches. Leur hôte, particulièrement agressif finit par rester seul avec le médecin pour une nuit terrible. Assailli par des cauchemars où un visage particulierement effrayant le poursuit (image reprise dans le poème La nuit blanche 1887) , il s’empêche de dormir en se blessant avec un éperon. La semaine suivante, il est retrouvé mort, peut-être de peur avec d’étranges tâches sur les yeux ; le médecin utilise alors un méthode qui permet de révéler comme un photographie la dernière chose qu'un homme voit en mourant (optography)...

La nouvelle et le poème renvoient alors à un autre réseau kiplingien, celui de la terreur nocturne et onirique en lien avec l’enfance. La nouvelle rappelle les peurs déjà évoquées dans In the Same Boat (poème associé : Helen All Alone ) et le thème des rêves/cauchemars très présents chez Kipling (The Brushwood Boy, poème : The City of Sleep ) en lien avec son enfance racontée dans Baa Baa Black Sheep.
La référence au Choléra, aux éperons, peuvent indiquer que le poème a servi de matrice à la nouvelle, qui réutilise ces éléments, autre relation possible entre prose et poésie.

Traduction :
— Les deux traductions du recueil
Au hasard de la vie par Albert Savine,( P.-V. Stock, 1910) et Théo Varlet ( Nelson, 1928) ; ne reprennent qu’une partie des nouvelles originales et ne retiennent pas At the End of The Passage.
—De Daniel Nury,
Au terme du voyage, Les handicaps de la vie Bibliothèque de la Pléiade, Œuvres, t. I (1988),

Simla, Muree, Naini Tal : stations de montagne
Lunkah : cigare indien
Solah Topee : casque colonial léger
Tat : poney indigène


À présent, la terre est ceint d’un cercle de feu,
Brûlée par le feu et morte de sécheresse,
Et les champs nus et bruns retiennent la chaleur de l’enfer —
C’est pourquoi, je vous le dis, une fois pour toutes,
Fuyez à la vitesse d’un désir ardent ;
Fuyez cette terre desséchée et morte,
Vers Simla, Murree ou Naini Tai,
Un lunkah souple enfoncé dans la bouche,
Un solah topee pour protéger votre tête,
Et un tat sur lequel vous pouvez compter.

Car les collines surplombent les plaines brûlées en contrebas,
Et les grandes montagnes verdoyantes sont un régal pour les yeux —
Belles à contempler et douces à atteindre;
Elles sont coiffées de neige et rafraîchies par la pluie,
Rafraîchies par les larmes du tonnerre gémissant.
C’est pourquoi, je vous le dis, montez en selle et chevauchez,
Jusqu’à ce que les éperons soient rouges et que la main qui cravache se fatigue,
Et que la selle se brise sur l’arçon —
Jusqu’à ce que vos éperons soient rouges au flanc de votre cheval —
Fuyez la chaleur de nos feux d’été !

Le ciel est de plomb et nos visages sont rouges,
Et les vents de l’Enfer sont déchaînés et lancés,
Et les portes de l’Enfer s’ouvrent et se fendent,
Et la poussière s’élève à la face du Ciel,
Et les nuages descendent en un voile embrasé,
Lourd à soulever et difficile à supporter.
Et l’esprit de l’homme se détourne de sa nourriture —
Se détourne des futilités pour lesquelles il a lutté,
Malade dans son corps, et le cœur lourd
Et son âme s’envole comme la poussière dans la rue —
S’envole de sa chair et disparaît, s’en va,
Comme le son qu’ils tirent de la corne du choléra.

C’est pourquoi, je dis, tant qu’il reste de la vie,
Tant que les genoux peuvent serrer et que la main droite peut fouetter,
Fuyez à la vitesse d’un amant délaissé
Loin des cieux brûlants qui enveloppent et recouvrent
La chaleur brûlante des plaines nues et brunes.
Fuyez vers les montagnes, une fois pour toutes —
Vers les pluies calmes et fraîches et le brouillard qui dérive,
Vers les pluies qui rafraîchissent et les nuages qui demeurent suspendus
Au-dessus de Simla, Murree ou Naini Tai !

Himalayan

Now the land is ringed with a circle of fire,
Burnt with the fire and dead with drouth,
And the bare, brown fields hold the heat of Hell—
Wherefore, I tell you, once and for all,
Fly with the speed of a hot desire;
Fly from the land that is parched and dead,
To Simla or Murree or Naini Tai,
With a limber lunkah thrust in your mouth,
And a solah topee to guard your head,
And a tat beneath you can trust to chel.

For the hills look down on the burnt plains under,
And the great green mountains are good to see—
Fair to behold and sweet to gain;
They are capped with the snow and cooled with the rain,
Cooled with the tears of the wailing thunder.
Wherefore, I tell you, mount and ride,
Till the spurs are red and the whip-hand tires,
And the saddle is broken across the tree—
Till your spurs are red in your horse's side—
Fly from the heat of our summer fires!

The sky is lead and our faces are red,
And the winds of Hell are loosened and driven,
And the gates of Hell are opened and riven,
And the dust flies up in the face of Heaven,
And the clouds come down in a fiery sheet,
Heavy to raise and hard to be borne.
And the mind of man is turned from his meat—
Turned from the trifles for which he has striven,
Sick in his body, and heavy-hearted
And his soul flies up like the dust in the street—
Flies from his flesh and is gone and departed,
As the blast that they blow on the cholera-horn.

Wherefore, I say, while life remains,
While the knees can grip and the right hand flog,
Fly with the speed of a parted lover
From the heated heavens that cloak and cover
The burning heat of the bare, brown plains.
Flee to the mountains, once and for all—
To the calm, cool rains and the drifting fog,
To the rains that cool and the clouds that hover
O'er Simla, Murree, or Naini Tai!

Une réponse à « H.9.Himalayan »

  1. Avatar de almostfamous1764707209
    almostfamous1764707209

    🙂

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