Demi-ballade de Waterval (1903)
(Sous-officiers en charge des prisonniers)
The Five Nations >Inclusive Verse
Le poème figure dans la section Service Songs du recueil The Five Nations.
Le cadre est celui de la guerre des Boers en Afrique du Sud. Waterval est un village au nord de Pretoria où les Boers avaient construit un camp « moderne » clôturé de barbelés et éclairé à l’électricité la nuit pour les prisonniers anglais, soldats et sous-officiers. Lors de la prise de Prétoria une partie des prisonniers se libèrent seuls et devinrent les gardiens des Boers prisonniers. C’est le cas du narrateur de ce poème, sous-officier dont le parler témoigne d’une origine populaire.
Il garde et embarque les prisonniers Boers qui sont déportés vers des camps dispersés dans l’Empire : Ceylan, Saint Hélène, Inde etc…
On comprend l’image qui intéresse ici Kipling : le prisonnier devenu gardien à son tour et qui sait ce que les prisonniers ressentent. Par ailleurs Kipling fait référence à l'évènement particulier de Waterval, Les prisonniers des deux côtés sont des militaires, sans doute mieux traités que ne le sont les populations civiles dans les camps de concentration anglais. Kipling ne pouvait ignorer ce qui s’y était passé (rapport Emily Hobhouse, Fawcett commission, 1901).
Kipling joue sur la différence entre la ballad anglaise traditionnelle et la Ballade française, empruntant aux deux formes, il invente avec humour la demi-ballade.
Traduction : sauf erreur, ce poème n’a pas été traduit en français. Jules Castier n’ayant pas intégré les Service Songs dans sa tradcution de The Five Nations
« Le travail de mes mains » Génèse 31:42
Demi-ballade de Waterval
(Sous-officiers en charge des prisonniers)
Quand, par le travail de mes mains,
j’ai contribué à remplir un navire de transport à ras bord
Avec des prisonniers à destination des contrées lointaines,
Je ne suis pas transporté de joie.
Je sais que c’est juste et légitime,
Pourtant cela me répugne malgré tout,
Car j’ai appris à Waterval
ce que signifie la captivité.
Derrière les rangées de barbelés tendus sur les piquets,
Sous les hauts lampadaires électriques,
Nous marchions par groupes, la tête nue,
En nous demandant comment nous avions perdu notre combat ;
Et c’est ce qu’ils feront ce soir
Sur le steamer au large,
Si j’ai appris à Waterval
Ce que signifie la captivité.
ls ne connaîtront jamais la honte qui vous marque au fer —
Cette honte noire qu’aucune vie ne parviendra à rendre blanche —
Les railleries depuis les postes de garde,
Les rires des femmes, la méchanceté du geôlier.
Nous sommes sacrément trop polis,
Mais c’est ainsi que je voudrais que nous soyons…
Depuis que j’ai appris à Waterval
Ce que signifie la captivité.
Ils connaîtront bien ces journées interminables,
Passées à obéir aux ordres d’un étranger,
Et les horreurs des nuits enfermés,
N’ayant pour s’occuper que des pensées infernales.
Je donnerais l’or de vingt rands
(si je le pouvais) pour les libérer,
Car j’ai appris à Waterval
ce que signifie la captivité !
Half-Ballade of Waterval
(Non-commissioned Officers in Charge of Prisoners)
When by the labour of my ’ands
I’ve ’elped to pack a transport tight
With prisoners for foreign lands,
I ain’t transported with delight.
I know it’s only just an’ right,
But yet it somehow sickens me,
For I ’ave learned at Waterval
The meanin’ of captivity.
Be’ind the pegged barb-wire strands,
Beneath the tall electric light,
We used to walk in bare-’ead bands,
Explainin’ ’ow we lost our fight;
An’ that is what they’ll do to-night
Upon the steamer out at sea,
If I ’ave learned at Waterval
The meanin’ of captivity.
They’ll never know the shame that brands—
Black shame no livin’ down makes white—
The mockin’ from the sentry-stands,
The women’s laugh, the gaoler’s spite.
We are too bloomin’-much polite,
But that is ’ow I’d ’ave us be . . .
Since I ’ave learned at Waterval
The meanin’ of captivity.
They’ll get those draggin’ days all right,
Spent as a foreigner commands,
An’ ’orrors of the locked-up night,
With ’Ell’s own thinkin’ on their ’ands.
I’d give the gold o’ twenty Rands
(If it was mine) to set ’em free
For I ’ave learned at Waterval
The meanin’ of captivity!
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