A propos d’un Compas (1900)
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Le poème a connu plusieurs versions, une courte sous le titre The Palm :
Les 12 premiers vers de la troisième strophe ont servi de poème liminaire pour la nouvelle A Matter of Fact (1892). Le navire de trois journalistes est pris dans un raz-de-marée sans doute provoqué par un tremblement de terre, ils sont alors témoins d’un spectacle si incroyable qu'ils ne peuvent le publier. Le narrateur anglais « console » le journaliste américain en lui disant qu’il va passer par le « mensonge », la littérature, pour raconter leur histoire de serpents de mer.
Le poème est ensuite développé sous le titre In the Matter of a Compass. Le serpent de mer devient secondaire au bénéfice du compas et de son aiguille qui guide les navires et assure la régularité de leurs voyages à travers tempêtes et mers d’huile.
Le compas est ici la boussole qui sert au timonier à garder le cap. Un sens allégorique, voire mystique semble possible. Les deux titres sont également énigmatiques
Traduction : par Marie-Claire Hamard, Incroyable mais vrai, Tours et détours, La Pléiade, Gallimard 1992, le fragment en exergue est intitulé : Les palmes.
« Nous avançons mais nous revenons encore » : dans la nouvelle, le capitaine comprend que le navire est rattrapé par le ras-de-marée et vire de bord pour remonter la vague. La version développée du poème modifie le sens de ce "refrain"
A propos d’un Compas
Quand, les pieds à la roue et le dos au vent,
Le timonier n’ose pas regarder derrière lui,
Mais entend, au-delà de la lueur de son compas,
La proue aveugle gronder dans la nuit,
Et, telle une corde de harpe avant qu’elle ne se rompe,
Le gréement chante sous les têtes de mât ;
Au-dessus du hurlement de la tempête dans les voiles
Ou du cliquetis des poulies délogées par le vent,
Prêts pour le calme qui suit la tempête,
Ce chant que l’Aiguille chante à la Mer :
Ô Vague ivre ! Ô nuage tourbillonnant !
Fureur des Profondeurs et pluie stérile,
Soutenus par l’Amour, permis par Dieu,
Nous avançons, mais nous revenons encore !
Quand,liguées autour du « bateau égaré »,
Les méduses arc-en-ciel se gonflent et flottent,
Et, virevoltant là où l’algue s’attarde,
L’Etoile de mer trébuche sur tous ses doigts ;
Là où, sous ses myriades d’épines hérissées,
L’oursin ondule le long du rocher,
Une merveille orange que l’on devine à peine
Dans l’obscurité où reposent les Seiches,
Amarrées au-dessus des profondeurs plus sombres qui cachent
Le serpent de mer blanc et aveugle et son épouse,
Qui, somnolant, flairent les épaves perdues depuis longtemps
Descendues à travers les ténèbres jusqu’à leurs lèvres —
Suspendues en sûreté au-dessus de la mort glacée,
Écoutez ce que dit l’Aiguille immuable :
Ô récif bredouillant ! Ô nuage languissant,
Assoupi sur une mer sans pouls !
Soutenus par l’Amour, avec la permission de Dieu,
nous avançons, mais nous revenons toujours !
Ainsi, à travers les Tropiques et les Alizés,
Saisis par l’ombre de nouveaux cieux,
Alors que nous verrons les vieilles planètes pâlir
Et surgir des étoiles inconnues,
Ainsi, à coup sûr, au retour à travers Soleil et Nuage,
Ainsi, à coup sûr, depuis au large,
Rappelés par l’Amour, avec la permission de Dieu,
Nous reviendrons — reviendrons encore !
Oui, nous revenons — nous revenons encore !
In the Matter of One Compass
When, foot to wheel and back to wind,
The helmsman dare not look behind,
But hears beyond his compass-light,
The blind bow thunder through the night,
And, like a harpstring ere it snaps,
The rigging sing beneath the caps;
Above the shriek of storm in sail
Or rattle of the blocks blown free,
Set for the peace beyond the gale,
This song the Needle sings the Sea:
Oh, drunken Wave! Oh, driving Cloud!
Rage of the Deep and sterile Rain,
By Love upheld, by God allowed,
We go, but we return again!
When leagued about the ’wildered boat
The rainbow jellies fill and float,
And, lilting where the layer lingers,
The Starfish trips on all her fingers;
Where, ’neath his myriad spines ashock,
The Sea-egg ripples down the rock,
An orange wonder dimly guessed
From darkness where the Cuttles rest,
Moored o’er the darker deeps that hide
The blind white Sea-snake and his bride,
Who, drowsing, nose the long-lost Ships
Let down through darkness to their lips—
Safe-swung above the glassy death,
Hear what the constant Needle saith:
Oh, lisping Reef! Oh, listless Cloud,
In slumber on a pulseless main!
By Love upheld, by God allowed,
We go, but we return again!
E'en so through Tropic and through Trade,
Awed by the shadow of new skies,
As we shall watch old planets fade
And mark the stranger stars arise,
So, surely, back through Sun and Cloud,
So, surely, from the outward main
By Love recalled, by God allowed,
Shall we return—return again!
Yea, we return—return again!
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