F.10. The Female of the Species

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                                 La femelle de l’espèce (1911)


Morning Post > The Years Between
Paru avec le sous-titre : « A Study in Natural History »
Un des poèmes les plus controversés de Kipling,à juste titre cette fois-ci, écrit en opposition au mouvement des suffragettes qui se caractérise en Angleterre par un activisme spectaculaire et une répression violente. Kipling prend une position politique basée sur des préjugés, au  prétexte d’une " histoire naturelle" mais truffée de références religieuses, qui sonne comme un faux constat darwinien. Kipling reprend à peu près tous les clichés de son époque c’est à dire malheureusement encore de la nôtre : la Femme est plus forte que l’Homme et doit donc être contrôlée, être d’Instinct plus que de Raison donnée à l'homm
e par Dieu, incontrôlable, etc… Je relève cependant le fiel particulier qui consiste à confondre la Femme et le Serpent, au détriment d’ Adam, cet éternel berné.


Traduction : par Dominique Petitfaux dans Poèmes illustrés par Hugo Pratt, Le Tripode 2024. Le choix de ce poème pourrait surprendre. Mais la sélection est celle de l’auteur de Corto Maltese auquel il fait dire : « Je pense que les femmes seraient merveilleuses si tu pouvais tomber dans leurs bras sans tomber entre leurs mains. » Sous le signe du Capricorne, Casterman. On peut supposer que sa vision des femmes rejoint celle de Kipling, en tous les cas pour ses héroïnes, femmes puissantes et dangereuses. Il est possible aussi que Pratt n’ait pas trouvé beaucoup de poèmes avec des personnages féminins en dehors de la Birmane de Mandalay

Version chantée par Leslie Fish (folk), par Julia Eclart (filk)

Jésuites/Hurons/squaws : Après l'ourse et le serpent femelle, Kipling évoque le martyre des Jésuites française au Canada par les Iroquois, dont le détail des tortures était terrible et célèbre. les femmes étant réputées être les tortionnaires.
Sexe : les femmes, comme dans l’expression « le beau sexe ».
Femme : en français dans le texte, sans savoir quelles connotations Kipling mettait dans le mot français, de même pour le mot « baron » qui la désigne ensuite, sans doute pour la présenter en guerrière.


La femelle de l’espèce

Lorsque le paysan de l’Himalaya tombe nez à nez avec un ours mâle vigoureux,
Il crie pour effrayer le monstre, qui se détournera souvent.
Mais l’ourse ainsi provoquée déchire le paysan à coups de griffes et de crocs.
Car la femelle de l’espèce est plus mortelle que le mâle.

Lorsque Nag le cobra étendu au soleil entend le pas imprudent de l’homme,
Il se tortillera parfois sur le côté pour l’éviter s’il le peut.
Mais sa compagne ne fait nul mouvement de ce genre lorsqu’elle campe près du sentier.
Car la femelle de l’espèce est plus mortelle que le mâle.

Lorsque les premiers jésuites prêchaient aux Hurons et aux Choctaws,
Ils priaient pour être préservés de la vengeance des squaws.
Ce sont les femmes, et non les guerriers, qui faisaient pâlir ces missionnaires zélés.
Car la femelle de l’espèce est plus mortelle que le mâle.

Le cœur timide de l’homme déborde de ce qu’il ne doit pas dire,
Car la Femme que Dieu lui a donnée ne lui appartient pas pour qu’il la dénonce ;
Mais quand le chasseur rencontre le mari, chacun confirme le récit de l’autre —
La femelle de l’espèce est plus mortelle que le mâle.

L'homme, un ours dans la plupart des relations — un ver ou un sauvage dans les autres—,
L'homme propose des négociations, l'homme accepte le compromis.
Très rarement poussera-t-il directement la logique d’un fait
Jusqu’à sa conclusion ultime en un acte sans concession.

La peur, ou sottise, le pousse, avant qu’il n’abatte le méchant,
À accorder une forme de procès même à son ennemi le plus acharné.
Une joie obscène détourne sa colère — Le Doute et la Pitié souvent l’embarrassent
Face à un problème — au grand scandale du Sexe !

Mais la Femme que Dieu lui a donnée, chaque fibre de son être
Prouve qu’elle a été lancée dans un seul but, armée et équipée pour celui-là ;
Et pour servir ce but unique, de peur que les générations ne s’éteignent,
La femelle de l’espèce doit être plus mortelle que le mâle.

Celle qui affronte la mort par la torture pour chaque vie en son sein
Ne peut se permettre doute ou pitié — ne doit pas dévier, ni par réalité ni par plaisanterie.
Ce sont là des diversions purement masculines — en elles ne réside pas son honneur.
Elle, l’Autre Loi selon laquelle nous vivons, est cette Loi et rien d’autre.

Elle n’apporte rien de plus à la vie que les forces qui font sa grandeur
En tant que Mère de l’Enfant et Maîtresse de l’Homme.
Et quand manquent l’Enfant et l’Homme et qu’elle s’avance, sans que personne ne la revendique, pour revendiquer
Son droit en tant que femme (et baronne), ses atouts sont les mêmes.

Elle est mariée à ses convictions — faute de liens plus grossiers ;
Ses revendications sont ses enfants, que le Ciel vienne en aide à celui qui le nie ! —
Il ne rencontrera pas de discussion courtoise, mais l’instant, brûlant, sauvage,
La femelle de l’espèce réveillée, en guerre comme pour son époux et son enfant.

Des attaques non provoquées et terribles —ainsi combat l’ourse,
Des paroles qui coulent, rongent et empoisonnent — ainsi mord le cobra,
Vivisection scientifique d’un nerf jusqu’à ce qu’il soit à vif
Et que la victime se torde de douleur — comme le jésuite avec l’Indienne !

C’est ainsi que l’Homme, le lâche, lorsqu’il se rassemble pour délibérer
Avec ses braves compagnons en conseil, n’ose pas lui laisser une place
Où, en guerre contre la Vie et la Conscience, il lève ses mains égarées
Vers un Dieu de justice Abstraite — qu’aucune femme ne comprend.

Et l'Homme le sait ! Il sait, de surcroît, que la Femme que Dieu lui a donnée
Doit commander sans pour autant gouverner — doit le captiver sans l'asservir.
Et Elle le sait, car Elle l’avertit et Son instinct ne se trompe jamais,
Que la Femme de Son espèce est plus mortelle que l’Homme.



The Female of the Species
1
When the Himalayan peasant meets the he-bear in his pride,
He shouts to scare the monster, who will often turn aside.
But the she-bear thus accosted rends the peasant tooth and nail.
For the female of the species is more deadly than the male.
2
When Nag the basking cobra hears the careless foot of man,
He will sometimes wriggle sideways and avoid it if he can.
But his mate makes no such motion where she camps beside the trail.
For the female of the species is more deadly than the male.
3
When the early Jesuit fathers preached to Hurons and Choctaws,
They prayed to be delivered from the vengeance of the squaws.
’Twas the women, not the warriors, turned those stark enthusiasts pale.
For the female of the species is more deadly than the male.
4
Man’s timid heart is bursting with the things he must not say,
For the Woman that God gave him isn’t his to give away;
But when hunter meets with husband, each confirms the other’s tale—
The female of the species is more deadly than the male.
5
Man, a bear in most relations—worm and savage otherwise,—
Man propounds negotiations, Man accepts the compromise.
Very rarely will he squarely push the logic of a fact
To its ultimate conclusion in unmitigated act.
6
Fear, or foolishness, impels him, ere he lay the wicked low,
To concede some form of trial even to his fiercest foe.
Mirth obscene diverts his anger—Doubt and Pity oft perplex
Him in dealing with an issue—to the scandal of The Sex!
7
But the Woman that God gave him, every fibre of her frame
Proves her launched for one sole issue, armed and engined for the same;
And to serve that single issue, lest the generations fail,
The female of the species must be deadlier than the male.
8
She who faces Death by torture for each life beneath her breast
May not deal in doubt or pity—must not swerve for fact or jest.
These be purely male diversions—not in these her honour dwells.
She the Other Law we live by, is that Law and nothing else.
9
She can bring no more to living than the powers that make her great
As the Mother of the Infant and the Mistress of the Mate.
And when Babe and Man are lacking and she strides unclaimed to claim
Her right as femme (and baron), her equipment is the same.
10
She is wedded to convictions—in default of grosser ties;
Her contentions are her children, Heaven help him who denies!—
He will meet no suave discussion, but the instant, white-hot, wild,
Wakened female of the species warring as for spouse and child.
11
Unprovoked and awful charges—even so the she-bear fights,
Speech that drips, corrodes, and poisons—even so the cobra bites,
Scientific vivisection of one nerve till it is raw
And the victim writhes in anguish—like the Jesuit with the squaw!
12
So it comes that Man, the coward, when he gathers to confer
With his fellow-braves in council, dare not leave a place for her
Where, at war with Life and Conscience, he uplifts his erring hands
To some God of Abstract justice—which no woman understands.
13
And Man knows it! Knows, moreover, that the Woman that God gave him
Must command but may not govern—shall enthral but not enslave him.
And She knows, because She warns him, and Her instincts never fail,
That the Female of Her Species is more deadly than the Male.

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