Les pieds des jeunes hommes (1897)
Scribner’s Magazine > Five Nations
Le poème est initialement dédié à W. Hallet-Phillips (1853-1897) qui vient de mourir, avocat, défenseur des droits des indiens Hopis, surnommé Sitting Fox et ami de Kipling.
Cette dédicace est suivie de cinq extraits de lettres de guides qui correspondent à ceux du poème (uniquement dans la première version de Scribner's, p.679). Cette "mise en scène" qui vise à donner une base réaliste voire réelle à un poème plutôt mystique ajoute un intéressant niveau de lecture. J'ai donc choisi de l'ajouter au texte de la Kipling Society qui me sert de référence.
Il existe en ligne une édition illustrée par les photographies de Lewis R. Freeman ,en 1920, qui a passé quinze ans de sa vie aventureuse à chercher à photographier ce que décrit Kipling dans ce poème qu'il découvre dans l'édition de The Five Nations, amputé donc des "lettres" introductives, et du second degré qu'elles supposent.
C’est un assez étonnant poème initiatique sur le thème du voyage qui mériterait sans doute une analyse plus approfondie. Comme dans The Explorer, un « appel » commande le départ rituel irrépressible des jeunes amérindiens. Ce rituel semble vécu également par un narrateur, inspiré, ou hanté, par le même désir d’aventure et de découverte. Le « voyage » commence chez les Amérindiens, mais se poursuit avec le "nous" d' « aventuriers » qui viennent à leur rencontre et entendent l’appel des Dieux Rouges (I). Il se poursuit sur la mer Baltique où le narrateur ("je") se grise de navigation et de pêche (II). Le voyage se poursuit en Asie du Sud-est, peut-être en Malaisie ou le narrateur chasse les papillons (III) puis au Tibet où il chasse le mouflon. Chacune de ces expériences est accompagnés du compagnon/guide : Indien, marin, pirate ou pisteur dont les lettres montrent les préoccupations fort peu poétiques ou mystiques.. Le poème se termine par le retour au rite des Dieux Indiens et au départ des jeunes hommes vers leur destin particulier, avec leur guide particulier. Il y a un contraste étonnant entre la puissance de l'appel et les voies qui s'offrent "aux pieds des jeunes hommes" et les expériences décrites par le narrateur, dont les lettres du début brossent en creux un portrait beaucoup moins "spirituel", riche oisif chasseur de trophées.
Traduction : Le poème a été traduit par Jules Castier dans Les Cinq Nations, Louis Conard, 1920. Sous le titre : Les pieds des jouvenceaux.
Loge des Quatre Voies (Fourway) : évoque sans doute les tentes rituelles de sudation des Amérindiens. Le terme de Loge n’est sans doute pas employé sans connotations par le Franc-maçon qu’est Kipling, d'autant plus qu'il est clairement fait référence à une initiation.
Fumées de printemps : autre rituel amérindien, en francais lié au « calumet » de la paix ou de la guerre, ici sans doute plus à des rites liés aux saisons, au printemps de la jeunesse.
Trues : Kipling les identifie aux « Dieux rouges » animaux : Bison, castor, coyote , Elan sans doute totémiques.
Médecine : dans le sens amérindien de « homme médecine » chaman. Mais les « médecines » peuvent être personnelles et fabriquées dans un but magique, charmes et sortilèges.
Ouananiche < mot autochtone canadien : saumon d’eau douce
Embâcle : log-jam : accumulation, ici de troncs et de branches sur un cours d’eau
Pruche : Arbre de la famille des pins du nord-est des USA et du Quebec
Luggers : en francais Lougre, type de bateau de pêche du nord de la Manche
Sagou : fécule tropicale issu du tronc de certains palmiers
Ovis Poli : Mouflon Marco Polo d’Asie centrale aux cornes impressionnantes.
La Ligne : L’équateur
Les pieds des jeunes hommes
MINGAN RIVER, 26 mai.
Antoine a simulé une maladie quand C— est arrivé cette semaine. Il attend évidemment I— et a l’intention de l’emmener plus loin le long de la côte nord où ils passent par millions.
MEDICINE HAT, 18 juin.
Billy White dit qu’il n’emmènera plus de guides pour des imbéciles incapables de tirer, et veut savoir si H— vient cet été. Il a repéré de nouveaux terrains.
CAMP BUNJI via ASTOR, 1er juillet.
Birkett a raflé le meilleur pisteur des vallées M— et est parti. Il essaie d’atteindre le Pamir, paraît-il.
SOUTHAMPTON, 6 mai.
Comme mon jeune gentleman a mis son bateau en service pour une croisière dans les régions du Nord et que je pars avec lui, je suis dans l’impossibilité d’accepter toute mission dans les eaux locales cet été. Respectueusement, etc.
MACASSAR, 19 février.
Vous n’obtiendrez aucun homme de ce village si De V— est passé avant vous. Le chef de village est son frère de sang et a appris à reconnaître les collecteurs rivaux. Même les garçons refusent de collecter, et il est impossible d’obtenir des peaux.
Maintenant, la Loge des Quatre voies est ouverte, maintenant les Vents de la Chasse sont lachés —
Maintenant, les Fumées du Printemps s’élèvent pour purifier l’esprit ;
Maintenant, les cœurs des Jeunes Hommes sont troublés par le murmure des Trues
Maintenant, les Dieux Rouges préparent à nouveau leur médecine !
Qui a vu le castor à l’œuvre ? Qui a observé le rut du cerf à queue noire ?
Qui s’est allongé seul pour entendre le cri de l’oie sauvage ?
Qui a pêché dans les eaux choisies où l’ouananiche attend,
Ou la truite de mer, frénétique, bondissant vers la mouche ?
Il doit partir— partir— partir loin d’ici !
À l’autre bout du monde, on l’attend depuis trop longtemps.
Puisse la route être libre devant toi lorsque revient l’ancienne fièvre du Printemps
Et que les Dieux Rouges t’appellent !
Pour l’un, la voile mouillée qui se cambre à travers l’arc-en-ciel autour de l’étrave,
Pour l’autre, le crissement des raquettes sur la croûte de neige ;
Pour l’un, les nénuphars au bord du lac où l’orignal attend sa compagne,
Pour l’autre, la caravane de mules qui tousse dans la poussière.
Qui a senti la fumée de bois au crépuscule ? Qui a entendu brûler la bûche de bouleau?
Qui est prompt à lire les bruits de la nuit ?
Qu'il suive les autres, car les pas des Jeunes Hommes se tournent
Vers les camps du désir éprouvé et de la joie connue !
Laissez-le partir— partir— partir loin d’ici !
À l’autre bout du monde, on l’attend depuis trop longtemps.
Puisse la route être libre devant toi lorsque revient l’ancienne fièvre du Printemps
Et que les Dieux Rouges t’appellent !
I
Connais-tu ces troncs noircis — connais-tu ce torrent impétueux '
Avec son embâcle brut aux angles droits à son extrémité ;
Et le banc de galets réchauffés par le soleil où un homme peut se prélasser et rêver
Au cliquetis des perches de canoë ferrées dans le méandre ?
C’est là que nous allons, avec nos cannes, nos moulinets et nos lignes,
Vers un Indien silencieux et enfumé que nous connaissons —
Vers un lit de pruches fraîchement coupées, avec la lumière des étoiles sur nos visages,
Car les Dieux Rouges nous appellent et nous devons partir !
Ils doivent partir— partir— partir loin d’ici !
À l’autre bout du monde, on l’attend depuis trop longtemps.
Puisse la route être libre devant toi lorsque revient l’ancienne fièvre du Printemps
Et que les Dieux Rouges t’appellent !
II
Connais-tu cette Baltique peu profonde où les vagues sont abruptes et courtes,
Où les lourds luggers de pêche à dérives sont ballotés
Connaissez-tu la joie de fendre les mers à des lieues sous le vent de ton port,
Sur une côte dont tu as perdu la carte au large ?
C’est là que je vais, avec un homme de plus pour écoper —
Juste un vagabond des quais » capable que je connais.
Qu’il prenne le risque de se noyer, tandis que je navigue, navigue et navigue encore,
Car les Dieux Rouges m’appellent et je dois partir !
Il doit partir— partir— partir loin d’ici !
À l’autre bout du monde, on l’attend depuis trop longtemps.
Puisse la route être libre devant toi lorsque revient l’ancienne fièvre du Printemps
Et que les Dieux Rouges t’appellent !
III
Connais-tu ce village construit sur pilotis où les marchands de sagou font affaires—
Connais-tu le relent de poisson et de bambou mouillé ?
Connais-tu le calme moite de la clairière parfumée d’orchidées
Quand les papillons éclatants aux ailes d’oiseau y volètent ?
C’est là que je me rends avec mon camphre, mon filet et mes boites,
Chez un maisible pirate jaune que je connais —
Vers mes petits lémuriens plaintifs, vers mes palmiers et mes roussettes,
Car les Dieux Rouges m’appellent et je dois partir !
Il doit partir— partir— partir loin d’ici !
À l’autre bout du monde, on l’attend depuis trop longtemps.
Puisse la route être libre devant toi lorsque revient l’ancienne fièvre du Printemps
Et que les Dieux Rouges t’appellent !
IV
Connais-tu le toit blanc du monde — Connais-tu cette faille balayée par le vent
Où les tourbillons déroutants des montagnes changent et rechangent ?
Connais-tu la patience d’une longue journée, couché à plat ventre sur une congère gelée,
Tandis que le chef du troupeau se nourrit hors de portée ?
C’est là que je vais, là où gisent les rochers et la neige,
Avec un pisteur agile et sûr que je connais.
J'ai prêté serment de le garder sur les Cornes de l’Ovis Poli,
Et les Dieux Rouges m'appellent et je dois partir !
Il doit partir— partir— partir loin d’ici !
À l’autre bout du monde, on l’attend depuis trop longtemps.
Puisse la route être libre devant toi lorsque revient l’ancienne fièvre du Printemps
Et que les Dieux Rouges t’appellent !
Maintenant la Loge des Quatre Voies est ouverte— maintenant s’élèvent les fumées du Conseil —
Fumées bienfaisantes, avant qu’entre une piste et l’autre ils ne choisissent —
Maintenant les sangles et les cordes sont vérifiées : maintenant ils chargent leurs dernières provisions :
Maintenant nos Jeunes Hommes vont danser devant les Trues !
Qui les accueillera à ces autels — qui les guidera vers ce sanctuaire ?
Aux pieds de velours, qui les guidera vers leur but ?
À chacun la voix et la vision : à chacun sa piste et son signe —
Montagne solitaire du Nord, bain de vapeur brumeux sous la Ligne —
Et à chacun un homme qui connaît son âme nue !
Blanc ou jaune, noir ou cuivré, il attend, tel un amant,
Fumée de cheminée, poussière des sabots, ou le battement de train —
Où les hautes herbes cachent le cavalier ou les plaines aveuglantes le révèlent—
0ù le steamer salue le débarcadère, ou le canot de sauvetage ramène le vagabond —
Où les rails s’enfoncent dans la faille de sable… Vite ! Ah, jetez le matériel de campement par dessus,
Car les Dieux Rouges préparent à nouveau leur médecine !
Et nous partons, partons, partons loin d'ici !
De l'autre côté du monde, on nous attend depuis trop longtemps !
Puisse la route être libre devant toi lorsque revient l’ancienne fièvre du Printemps
Et que les Dieux Rouges t’appellent !
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Traduit en alexandrins par Jules Castier dans Les Cinq Nations, Louis Conard, 1920. Sous le titre un peu surprenant de Les pieds des jouvenceaux qui parait peu adapté au départ rituel des jeunes amérindiens. De même dans cette traduction les jeunes hommes fuient les dieux (cramoisis) qui les poursuivent plutôt que de partir vers les dieux (rouges) qui les appellent. Castier a sans doute sacrifié le fond du poème à la forme de l’alexandrin, voir sa préface des Septs Mers pour la prééminence qu’il entend donner à la forme poétique française dans sa traduction.
LES PIEDS DES JOUVENCEAUX
Oui, les Quatre-Chemins sont ouverts à qui passe,
Tout l'air est enivré par les vents de la chasse;
Les senteurs du printemps montent droit au cerveau:
Les cœurs des jouvenceaux, après la saison brune,
Se troublent au murmure incessant de la rune,
Et les Dieux Cramoisis font leur philtre à nouveau !
Qui de vous n'a point vu le castor à l'ouvrage?
Qui n'a pas observé les blaireaux en ménage?
A l'affût du canard, qui ne l'écouta pas?
Qui ne travailla point l'eau limpide, où se niche,
Comme vous attendant, le pâle ouananiche,
Où la truite des mers bondit vers les appâts?
Il faut fuir—fuir —fuir bien loin d’ici,
A l'autre bout du monde, au rendez-vous:
Que la route soit ouverte
Quand le printemps fait alerte,
Et que les Dieux Cramoisis sont après vous!
Et pour l'un, ce sera la voile humide, en marche
A travers l'arc-en-ciel, à l'horizon qui s’arche ;
Pour l'un, le crissement des mocassins fiévreux ;
Et pour l'un, les lys blancs près de l'étang qui stagne,
Où le renne rageur attend une compagne;
Et pour l'un, les mulets toussant au vent poudreux.
Qui sent le feu de bois fumer au crépuscule?
Qui entend pétiller le bouleau que l'on brûle?
Qui a l'oreille vive aux rumeurs de la nuit?
Qu'il les suive, ceux-là, sans faiblesse et sans doute :
Les pieds des jouvenceaux, à présent, sont en route
Vers les désirs prouvés, le délice ébloui !
Il faut fuir—fuir—fuir bien loin d’ici,
A l'autre bout du monde, au rendez-vous:
Que la route soit ouverte
Quand le printemps fait alerte,
Et que les Dieux cramoisis sont après vous!
I
Connaissez-vous les troncs à l'écorce noircie,
Voyez-vous le torrent vertigineux, qui scie
L'angle droit du barrage établi tout au bout,
Et les roseaux tiédis qui forment une barre,
Où l'on peut lézarder, sans rêve qui s'effare,
Au cliquetís ferré des perches à canou ?
C'est là que nous allons, en emportant nos cannes,
Avec nos moulinets et nos filets arcanes,
Auprès d'un Indien fumant, silencieux;
Le coton frais-cueilli nous servira de toiles,
Et nous aurons sur nous la lueur des étoiles,
Car nous obéissons à l'appel de nos Dieux!
Il faut fuir—fuir—fuir bien loin d'ici,
A l'autre bout du monde, au rendez-vous:
Que la route soit ouverte
Quand le printemps fait alerte,
Et que les Dieux cramoisis sont après vous.
II
Connaissez-vous les bancs de la Baltique plate,
Où le flux est rapide et la mer, scélérate,
Où coursent les pêcheurs au bastingage amer ?
Avez-vous quelquefois été jetés, sans faute,
A dix milles d'un port, et le long d'une côte
Dont vous aviez lâché la carte en pleine mer?
C'est là que je m'en vais, dans l'esquif qui galope;
J'emmène un seul marin pour manier l'écope,
Un flâneur de la mer sur qui j'ai mis les yeux.
Il courra, comme moi, ses chances de noyade,
Et moi, je croiserai, sous ma voile en bravade,
Car je dois obéir à l'appel de mes Dieux !
Il faut fuir—fuir—fuir bien loin d'ici.
A l'autre bout du monde, au rendez-vous:
Que la route soit ouverte
Quand le printemps fait alerte,
Et que les Dieux cramoisis sont après vous!
111
Voyez-vous les pilots? Un village s'y berce:
Les marchands de sagou vont y faire commerce.
Connaissez-vous l'odeur de poisson, de bambou?
Savez-vous la clairière où suinte le silence
Au parfum d'orchidée, où le papillon danse
Sur son aile en blason, fuyant on ne sait d’où ?
C'est là que je m'en vais, au fond des chaleurs moites,
Avec mon filet vert, et mon camphre, et mes boîtes,
Vers un pirate jaune aux tons délicieux,
Vers mes petits lémurs dont le cri se lamente, V
ers mes palmiers rêveurs, ma sarigue volante,
Car je dois obéir à l'appel de mes Dieux !
Il faut fuir—fuir—fuir bien loin d'ici,
A l'autre bout du monde, au rendez-vous:
Que la route soit ouverte
Quand le printemps fait alerte,
Et que les Dieux cramoisis sont après vous !
IV
Connaissez-vous, là-bas, le grand toit blanc du monde—
Connaissez-vous le col où la tempête gronde
Aux flancs du mont moqueur que nul bras n'a saisi?
Avez-vous éprouvé cette attente qui lasse,
Tout le jour, à plat ventre affalé sur la glace,
Quand le buffle de tête est trop loin du fusil?
C'est là que je m'en vais, pour y tendre mon piège.
Au milieu des rochers, des vents, et de la neige,
Avec un bon trappeur que je connais au mieux.
Car j'ai fait un serment solennel comme un râle
Sur mon propre bélier, sur sa corne en spirale,—
Et je dois obéir à l'appel de mes Dieux !
Il faut fuir —fuir—fuir bien loin d'ici,
A l'autre bout du monde, au rendez-vous:
Que la route soit ouverte
Quand le printemps fait alerte,
Et que les Dieux cramoisis sont après vous!
Oui, les Quatre-Chemins sont ouverts à qui passe,—
Les vapeurs des Conseils montent dans l'air vivace,
Flottant subtilement pour choisir leur chemin;
On essaye à présent les cordes, les lanières;
On fait un baluchon des affaires dernières :
Voici les Jouvenceaux en danse vers Demain !
A ces autels sacrés, ah! qui donc les contemple,—
Qui les éclairera sur la route du temple?
Quel guide aux pieds moelleux leur sera bienvenu?
A chacun vient la voix, la vision patente,—
A chacun, le signal et la trace qu'il tente,—
La montagne du Nord, solitaire et grondante,
Ou le bain de sueur dessous la Ligne ardente,—
Et, pour chacun, le droit de voir son cœur à nu!
Jaune ou blanc, rouge ou noir, c'est en amant qu'il rêve
Des bateaux ou des trains, du choc clair du sabot, —
Dans l'herbe qui le cache, ou le plat de la grève,
Où le vapeur aborde, où le canot s'enlève,
Où les rails sont perdus...
Vite! En route, sans trêve!—
Car les Dieux Cramoisis font leur philtre à nouveau !
Il faut fuir—fuir—fuir bien loin d'ici,
A l'autre bout du monde, au rendez-vous !
Que la route soit ouverte
Quand le printemps fait alerte,
Et que les Dieux Cramoisis sont après vous !
§§§§§§§§§§§§§§§§§§§
The Feet of the Young Men
Now the Four-way Lodge is opened, now the Hunting Winds are loose —
Now the Smokes of Spring go up to clear the brain;
Now the Young Men's hearts are troubled for the whisper of the Trues,
Now the Red Gods make their medicine again!
Who hath seen the beaver busied? Who hath watched the black-tail mating?
Who hath lain alone to hear the wild-goose cry?
Who hath worked the chosen water where the ouananiche is waiting,
Or the sea-trout's jumping-crazy for the fly?
He must go—go–go away from here!
On the other side the world he's overdue.
'Send your road is clear before you when the old Spring-fret comes o'er you,
And the Red Gods call for you!
So for one the wet sail arching through the rainbow round the bow,
And for one the creak of snow-shoes on the crust;
And for one the lakeside lilies where the bull-moose waits the cow,
And for one the mule-train coughing in the dust.
Who hath smelt wood-smoke at twilight? Who hath heard the birch-log burning?
Who is quick to read the noises of the night?
Let him follow with the others, for the Young Men's feet are turning
To the camps of proved desire and known delight!
Let him go—go, etc.
I
Do you know the blackened timber — do you know that racing stream '
With the raw, right-angled log-jam at the end;
And the bar of sun-warmed shingle where a man may bask and dream
To the click of shod canoe-poles round the bend?
It is there that we are going with our rods and reels and traces,
To a silent, smoky Indian that we know —
To a couch of new-pulled hemlock, with the starlight on our faces,
For the Red Gods call us out and we must go!
They must go—go, etc.
II
Do you know the shallow Baltic where the seas are steep and short,
Where the bluff, lee-boarded fishing-luggers ride?
Do you know the joy of threshing leagues to leeward of your port
On a coast you've lost the chart of overside?
It is there that I am going, with an extra hand to bale her —
Just one able 'long-shore loafer that I know.
He can take his chance of drowning, while I sail and sail and sail her,
For the Red Gods call me out and I must go!
He must go—go, etc.
III
Do you know the pile-built village where the sago-dealers trade —
Do you know the reek of fish and wet bamboo?
Do you know the steaming stillness of the orchid-scented glade
When the blazoned, bird-winged butterflies flap through?
It is there that I am going with my camphor, net, and boxes,
To a gentle, yellow pirate that I know —
To my little wailing lemurs, to my palms and flying-foxes,
For the Red Gods call me out and I must go!
He must go—go, etc.
IV
Do you know the world's white roof-tree — do you know that windy rift
Where the baffling mountain-eddies chop and change?
Do you know the long day's patience, belly-down on frozen drift,
While the head of heads is feeding out of range?
It is there that I am going, where the boulders and the snow lie,
With a trusty, nimble tracker that I know.
I have sworn an oath, to keep it on the Horns of Ovis Poli,
And the Red Gods call me out and I must go!
He must go—go, etc.
Now the Four-way Lodge is opened — now the Smokes of Council rise —
Pleasant smokes, ere yet 'twixt trail and trail they choose —
Now the girths and ropes are tested: now they pack their last supplies:
Now our Young Men go to dance before the Trues!
Who shall meet them at those altars — who shall light them to that shrine?
Velvet-footed, who shall guide them to their goal?
Unto each the voice and vision: unto each his spoor and sign —
Lonely mountain in the Northland, misty sweat-bath 'neath the Line —
And to each a man that knows his naked soul!
White or yellow, black or copper, he is waiting, as a lover,
Smoke of funnel, dust of hooves, or beat of train —
Where the high grass hides the horseman or the glaring flats discover —
Where the steamer hails the landing, or the surf-boat brings the rover —
Where the rails run out in sand-rift... Quick! ah, heave the camp-kit over,
For the Red Gods make their medicine again!
And we go—go—go away from here!
On the other side the world we're overdue!
'Send the road is clear before you when the old Spring-fret comes o'er you,
And the Red Gods call for you!
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