G.15. The Glory of the Garden

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                                La Gloire du Jardin (1911)


A School History of England> Inclusive Verse
Le poème est placé à la fin du chapitre XII :
George III to George V, 1815-1911
Le poème n’est pas lié à ce chapitre mais sert d’adresse finale au lecteur. Lors d’une réédition de 1919 la position en fin de volume a été comprise comme une déclaration patriotique de Kipling à la fin de la Première Guerre mondiale. Elle me paraît, plus que patriotique, une vision "sociale" à la manière de Kipling, qui privilégie l'œuvre collective au travail de chacun ( c'est à dire de tous), en échange de quoi chacun aura une place et un rôle.
La métaphore du royaume ou de l’état comme un jardin est classique, Kipling fait référence à la Bible et, de manière moins visible à Shakespeare.
Il existe également sur le modèle des Francs-Maçons, un ordre des Franc-Jardiniers, aussi ancien, qui fait d’Adam le premier jardinier du Jardin d’Eden, qui associe le travail manuel au perfectionnement moral et valorise la communauté fondée sur le service. Il n’existe pas de lien connu entre Kipling Franc-maçon et cet ordre, mais les références sont communes.


Traduction : Louis Fabulet & Ernest Cavaillès, Une histoire d’Angleterre pour la jeunesse, Delagrave, 1932. (voir plus bas)


La Gloire du Jardin

Notre Angleterre est un jardin débordant de perspectives majestueuses,
De bordures, de parterres, de massifs d’arbustes, de pelouses et d’allées,
Avec des statues sur les terrasses et des paons qui se pavanent ;
Mais la Gloire de ce Jardin réside dans plus que ce que l’œil perçoit.

Car là où poussent les vieux lauriers touffus, le long du mince mur rouge,
Vous trouverez les remises à outils et les abris de rempotage qui sont le cœur de tout,
Les châssis froids et les serres chaudes, les fosses à fumier et les réservoirs,
Les rouleaux, les charrettes et les tuyaux de drainage, ainsi que les brouettes et les planches.

Et là, vous verrez les jardiniers, leurs hommes et les apprentis,
À qui on a ordonné de faire ce qu’on leur demande, et de le faire sans bruit ;
Car, sauf quand les graines sont plantées et qu’on crie pour effrayer les oiseaux,
La Gloire du Jardin ne réside pas dans les mots.

Certains savent rempoter des bégonias, d’autres greffer une rose,
D’autres encore ne sont guère dignes qu’on leur confie quoi que ce soit qui pousse ;
Mais ils savent tondre et tailler la pelouse, tamiser le sable et la terre,
Car la Gloire du Jardin occupe tous ceux qui viennent.

Notre Angleterre est un jardin, et de tels jardins ne se créent pas
En chantant : —« Oh, quelle beauté ! » et en restant assis à l’ombre,
Tandis que des hommes meilleurs que nous partent commencer leur vie de travail
En arrachant les mauvaises herbes des allées de gravier avec des couteaux de table cassés.

Il n’y a pas de jambes si frêles, il n’est pas d’esprit si borné,
Il n’y a pas de mains si faibles et blanches, ni de cœur si accablé,
Qui ne puissent trouver une tâche utile qui ne demande qu’à être accomplie,
Car la Gloire du Jardin glorifie chacun.

Alors cherchez donc votre tâche avec reconnaissance et travaillez jusqu’à nouvel ordre,
Même s’il ne s’agit que de mettre des filets sur les fraises ou de tuer les limaces dans les plates-bandes ;
Et quand votre dos cessera de vous faire mal et que vos mains commenceront à s’endurcir,
Vous vous découvrirez l’un des associés de la Gloire du Jardin.

Oh, Adam était jardinier, et Dieu, qui l’a créé, sait bien
Que la moitié du travail d’un vrai jardinier s’accomplit à genoux ;
Alors, quand vous aurez fini votre travail, vous pourrez vous laver les mains et prier
Pour que la Gloire du Jardin ne disparaisse jamais !
Et la Gloire du Jardin ne disparaîtra jamais !


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Traduction : Louis Fabulet & Ernest Cavaillès, Une histoire d’Angleterre pour la jeunesse, Delagrave, 1932.

LA SPLENDEUR DU JARDIN

Notre Angleterre est un jardin plein de superbes aperçus,
Bordures, parterres de fleurs, bosquets, pelouses, avenues,
Et des statues sur les terrasses, et des paons au pas plein d'orgueil,
Mais la Splendeur du Jardin git en plus que ne perçoit l'œil.

Car, où croissent les vieux lauriers, au mur rouge, là-bas au bout,
Les hangars aux outils et pots sont bien ici le cœur de tout,
Les châssis, serres et bassins, les fosses à fumier étanches,
Les rouleaux, tombereaux, tuyaux, et les brouettes et les planches.

Là vous verrez les jardiniers, hommes et jeunes apprentis,
Priés de faire ce qu'on dit, et cela, le faire sans bruit;
Car sauf si, les graines semées, il faut effrayer les oiseaux,
La Splendeur du Jardin n'est pas dans un chassé-croisé de mots.

L'un met en pots les bėgonias, l'autre sait greffer une rose,
A d'autres il ne faut confier rien qui sans quelque talent n'éclose.
Mais ils tondront bien les pelouses et cribleront sable et compost,
Car la Splendeur du Jardin emploie chacun, fût-on manchot.

Notre Angleterre est un jardin, mais pareils jardins se font-ils
En chantant: - Oh, que c'est joli ! et s'asseyant sous la charmille
Tandis que de meilleurs que nous passent leur vie, ankylosés,
A tirer l'herbe des chemins avec de vieux couteaux brisés?

Il n'est point de jambes si grêles, il n'est de tête si épaisse,
Il n'est main si blanche et si frêle, non plus de cœur si en détresse,
A qui n'incombe tâche utile attendant concours opportun,
Car la Splendeur du Jardin est à la gloire de chacun.

Donc, à la tâche, et rendez grâce, et, travaillant, soyez tenace,
S'agit-il de pailler les fraises ou faire la chasse aux limaces;
Et si le dos s'endolorit, si devient dure votre main,
Vous vous sentirez associé à la Splendeur du Jardin.

Adam était un jardinier, et Dieu, qui le créa, s'avoue
Qu'un bon jardinier la moitié de son travail fait à genoux,
Donc, le travail fini, priez, en vous lavant les mains en paix.
Pour que la Splendeur du Jardin ne s'évanouisse jamais!
Et la Splendeur du Jardin ne s'évanouira jamais !


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The Glory of the Garden
1
Our England is a garden that is full of stately views,
Of borders, beds and shrubberies and lawns and avenues,
With statues on the terraces and peacocks strutting by;
But the Glory of the Garden lies in more than meets the eye.
2
For where the old thick laurels grow, along the thin red wall,
You’ll find the tool- and potting-sheds which are the heart of all,
The cold-frames and the hot-houses, the dungpits and the tanks,
The rollers, carts and drain-pipes, with the barrows and the planks.
3
And there you’ll see the gardeners, the men and ’Prentice boys
Told off to do as they are bid and do it without noise;
For, except when seeds are planted and we shout to scare the birds,
The Glory of the Garden it abideth not in words.
4
And some can pot begonias and some can bud a rose,
And some are hardly fit to trust with anything that grows;
But they can roll and trim the lawns and sift the sand and loam,
For the Glory of the Garden occupieth all who come.
5
Our England is a garden, and such gardens are not made
By singing:—“Oh, how beautiful!” and sitting in the shade,
While better men than we go out and start their working lives
At grubbing weeds from gravel-paths with broken dinner-knives.
6
There’s not a pair of legs so thin, there’s not a head so thick,
There’s not a hand so weak and white, nor yet a heart so sick,
But it can find some needful job that’s crying to be done,
For the Glory of the Garden glorifieth every one.
7
Then seek your job with thankfulness and work till further orders,
If it’s only netting strawberries or killing slugs on borders;
And when your back stops aching and your hands begin to harden,
You will find yourself a partner in the Glory of the Garden.
8
Oh, Adam was a gardener, and God who made him sees
That half a proper gardener’s work is done upon his knees,
So when your work is finished, you can wash your hands and pray
For the Glory of the Garden that it may not pass away!
And the Glory of the Garden it shall never pass away!

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