H.1. Hadramauti

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                                        Hadramauti (1887)

Plain Tales from the Hills> Song from Books
La dernière strophe ouvre la nouvelle A Friend’s Friend d’abord paru dans The Civil and Military Gazette, histoire de vengeance cruelle qui se finit, peut être, sûrement, très mal. C’est sans doute ce genre d’histoire qui a valu à Kipling sa réputation de « sadisme » tant il s’acharne à punir l’homme qui, en sept valses, a ruiné la réputation du narrateur qui le chaperonne et semé la désolation dans un bal par son comportement déplacé et stupide.
L’articulation avec le poème qui déplace l’action dans le monde arabe ne laisse guère de doute : "Il s’est moqué de moi […] alors je l’ai tué." Le poème et la nouvelle s’éclairent l’un l’autre et donnent un bon exemple du dispositif prose/poésie utilisé largement par Kipling. Il y a de plus une certaine ironie de sa part à confronter à leur désavantage les actes des occidentaux « chrétiens » au code d’’honneur  d’un Arabe du Désert, que reprendra à sa façon le narrateur furieux de la nouvelle qui lui aussi cherche quelqu’un à tuer : l'ami de l'ami, et l'ami.

Traduction : sauf erreur, le poème n’a pas été traduit en francais, sauf la dernière strophe ouvrant une nouvelle de Plain Tales from the Hills.
— Par A.Savine, Nouveaux contes des collines , Nelson.1906 (voir plus bas)
—
par Madeleine Vernon et Henry Davray, Un coup de fortune et autres histoires, Larousse 1929.
—  par Théo Varlet, Simples contes des collines, Robert Laffont 1988, J'ai Lu (voir plus bas)
— par Jean paul Hulin Simples contes des Montagnes, la Pléiade I Gallimard, 1988,

Hadramauti : au Yemen, Kipling met en scène un Arabe du désert.
Le poème décrit les codes sociaux en vigueur et l’attitude de l’étranger chrétien qui  les viole, non par ignorance, mais par bêtise ou légèreté (manque de tenue, ivresse, bêtise. : ne pas enlever ses chaussures, entrer dans un espace privé tête nue, parler des femmes, parler ou rire grossièrement, se moquer de son hôte etc..)
Le Vengeur de Sang : l’étranger  est impliqué dans une vendetta, sans doute pour avoir tué quelqu’un dont la famille demande alors la dette de sang. L’expression vient de la bible mais a le même sens : un homme est chargé de la vengeance et de l’honneur. L’étranger devrait être protégé par les lois de l’hospitalité mais son comportement déshonore son hôte, celui-ci accomplit les gestes prescrits : donner à manger et à boire, son meilleur cheval ( Bijli = éclair), puis pour laver son honneur tue l’étranger.

                                       Hadramauti

Qui connaît le cœur d'un Chrétien ? Comment raisonne-t-il ?
Quelles sont ses critères et ses jugements ? Quel est son moment
Pour le rire, la patience ou l’effusion de sang, et quels démons le poussent
Lorsqu’il se dresse pour nous frapper ? Je ne l’aime pas.

Il provoque les railleries des étrangers — il entre partout.
Botté, la tête nue, il entre. Avec des cris et des embrassades,
Il nous demande des nouvelles de cette famille que nous ne nommons pas.
Assurément, Allah l'a créé quarante fois plu éhonté !

Il n’en va pas ainsi dans le Désert. L’un d’eux est venu vers moi en pleurant —
Le Vengeur du Sang sur sa piste — je le pris sous ma protection.
Sans lui demander qui il avait tué, je l’ai désaltéré, je l’ai nourri
Comme s’il était mon propre frère. Mais Eblis l’avait engendré.

C'était le fils d'un singe, mal à l'aise dans ses vêtements.
Il parlait avec sa tête, ses mains et ses pieds. Je le supportais avec répulsion.
Tout ce que son esprit concevait, son visage le reflétait,
Comme une grenouille se reflète dans une flaque de boue. Et pourtant, je le supportai !

Je caressai ma barbe, restai muet, et le regardai en silence.
Son âme était trop peu profonde pour le silence, même alors que la Mort le pourchassait.
Je dis : « C’est sa fatigue qui parle », mais, une fois qu’il se fut reposé,
Il pépia devant moi comme un moineau, et, bientôt, se mit à plaisanter !

Pourquoi ai-je tué cet étranger ? Il m’avait apporté le déshonneur.
J’ai sellé ma jument, Bijli, et je l’ai fait monter dessus.
Je lui ai donné du riz et de la viande de chèvre. Il m’exposait aux rires.
Dès qu’il a quitté ma tente, je me suis empressé de le suivre,
L’épée à la main. Le vin brûlant l’avait enivré.
Sous les étoiles, il s’est moqué de moi— C’est pourquoi je l’ai tué !

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Traduit en prose par A.Savine, Nouveaux contes des collines , Nelson.1906
C’est uniquement la dernière strophe, légèrement modifiée, qui introduit la nouvelle : L’ami d’un ami.
"Pourquoi avez-vous égorgé l'étranger?—Il m'a apporté le déshonneur… J'ai sellé ma jument Bijli, je l'ai placé sur elle. Je lui ai donné du riz et de la viande de chèvre. Il m'a exposé tout nu aux rires. Quand il fut sorti de ma tente, je le poursuivis d'un pas rapide, une épée à la main. Il était gorgé de vin capiteux. Sous les étoiles il me railla. C'est pourquoi je l'ai tué.
(Hadramauti.)

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Traduit en prose par Théo Varlet, Simples contes des collines, Robert Laffont 1988, (J’ai Lu). Je n’ai pas encore la date de l’édition originale.
Confusion dans l'attribution des traducteurs ou accord parfait ? La traduction de T.Varlet est exactement la même que celle de Savine.


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                                         Hadramauti
1
Who knows the heart of the Christian? How does he reason?
What are his measures and balances? Which is his season
For laughter, forbearance or bloodshed, and what devils move him
When he arises to smite us? I do not love him.
2
He invites the derision of strangers—he enters all places.
Booted, bareheaded he enters. With shouts and embraces
He asks of us news of the household whom we reckon nameless.
Certainly Allah created him forty-fold shameless!
3
So it is not in the Desert. One came to me weeping—
The Avenger of Blood on his track—I took him in keeping.
Demanding not whom he had slain, I refreshed him, I fed him
As he were even a brother. But Eblis had bred him.
4
He was the son of an ape, ill at ease in his clothing.
He talked with his head, hands and feet. I endured him with loathing.
Whatever his spirit conceived his countenance showed it
As a frog shows in a mud-puddle. Yet I abode it!
5
I fingered my beard and was dumb, in silence confronting him.
His soul was too shallow for silence, e’en with Death hunting him.
I said: “’Tis his weariness speaks,” but, when he had rested,
He chirped in my face like some sparrow, and, presently, jested!
6
Wherefore slew I that stranger? He brought me dishonour.
I saddled my mare, Bijli, I set him upon her.
I gave him rice and goat’s flesh. He bared me to laughter.
When he was gone from my tent, swift I followed after,
Taking my sword in my hand. The hot wine had filled him.
Under the stars he mocked me—therefore I killed him!

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