H.3. Harp Song of Dane Women

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                           Chant de harpe des femmes danoises (1906)

Puck of Pook’s Hill
Ouvre le conte Knights of the Joyous Venture, clôt par Thorkild’s Song. Joyeuse aventure qui mène Sir Richard et Hugh dans un drakkar en route vers l’Afrique où un combat contre des « diables » leur permet de conquérir un trésor et l’amitié des Vikings. Le chant des femmes danoises est évoqué dans le conte, autre manière pour Kipling de tisser poème et récit.
Le poème fait partie de la sélection de T.S Eliot

Traduction : le poème figure dans
—Puck, lutin de la colline, Jacques Vallette Paul Hartmann Paris, 1931 (voir plus bas)
—Puck de la Colline au Lutin, jean-Claude Amalric, La Pléiade, tome III, 1996
— Traduit par J. Castier dans Kipling, choix de poèmes par T.S.Eliot, Robert Laffont, 1949 ( voir plus bas)

Harp Song : il s'agit sans doute plutôt d'un genre poétique de tradition nordique, plutôt qu'un simple accompagnement à la harpe.
La première et la dernière strophe sont identiques à l'exception du passage de :"What is a women" à "What is Woman"
« Faiseuse de veuves » traduction de « Widow-maker » surnom donné a tout ce qui peux tuer les hommes : guerre, maladie, métier dangereux, ici la mer.

                                 Chant de harpe des femmes danoises

Qu’est donc une femme pour que vous l’abandonniez,
Ainsi que le feu du foyer et la terre familiale,
Pour suivre la vieille « Faiseuse de veuves » grise ?

Elle n’a point de maison où coucher un hôte,
Mais un seul lit glacial où tous viennent reposer,
Où nichent les soleils pâles et les icebergs errants.

Elle n’a pas de bras blancs et puissants pour vous étreindre,
Mais l’algue aux dix fois dix doigts pour vous retenir
Sur les rochers où la marée vous a roulé.

Pourtant, quand les signes de l’été s’intensifient,
Que la glace se brise et que les bourgeons de bouleau s’éveillent,
Chaque année, vous vous détournez de nous, pris de fièvre—

Pris de la fièvre des clameurs et des massacres.
Vous vous échappez furtivement vers les eaux qui clapotent,
Et vous contemplez vos navires dans leur havre d’hiver.

Vous oubliez nos joies et nos propos à table,
Les vaches aux étables et le cheval à l’écurie,
Pour goudronner ses bords et vérifier ses amarres.

Puis vous prenez le large où les nuages d’orage tout engloutissent,
Et le bruit de vos rames qui résonnent,
Est tout ce qui nous reste pour les mois à venir.

Qu’est donc la Femme pour que vous l’abandonniez,
Ainsi que le feu du foyer et la terre familiale,
Pour suivre la vieille « Faiseuse de veuves » grise ?

                         §§§§§§§§§§§§§§§§

Traduction en alexandrins de Jacques Vallette, Puck, lutin de la colline, Paul Hartmann, 1931.
Les traductions de J.Vallette n'étant pas dans le domaine public j'en donne quelques vers à titre d'illustration et de comparaison.

CHANT DES DANOISES QUAND ELLES JOUENT DE LA HARPE

Est-ce peu qu'une épouse, un champ qui vous nourrit,
Hommes ! et qu'un foyer, pour servir à l'envi
La Vieille aux gris cheveux qui nous prend nos maris ?

Chez elle point d'abri pour l'hôte, point de couche :
Un seul repos glacé dans un seul lit farouche
Où nichent les bergs, où les soleils blancs se couchent.

Pour étreindre elle n'a de bras fermes et blancs,
Mais nous tient avec l'algue aux cent doigts ruisselants
Sur les rocs où les flots roulent vos corps ballants.

Quand se font de l'été les annonces fréquentes
—Aux bouleaux les bourgeons, sur les glaces les fentes—
Vous nous quittez, pleins d'une hâte impatiente :
[...]


                           §§§§§§§§§§§§§§§§

— Traduit en alexandrins par J. Castier dans Kipling, choix de poèmes par T.S.Eliot, Robert Laffont, 1949.

                        CHANT DE HARPE DES FEMMES DANOISES

Ou'est-ce donc qu'une femm', que vous l'abandonniez.
Avec le feu de l'âtre et l'arpent familier.
Pour la Vieille qui fait les veuves par milliers?

Ell' n'a point de maison pour un hôte bien tendre
Mais un seul grand lit froid, où tous doivent s'étendre,
Où le pâle soleil et l'isberg se vienn'nt prendre.

Elle n'a bras puissants à l'étreinte nacrée
Mais l'algue qui dix fois s'agrippe, macérée,
Au large, sur les rocs où vous roulent marées.

Et pourtant, quand l'été marque son renouveau,
Que la glace se brise, et bourgeonn' le bouleau,
An sur an, languissants, vous quittez nos travaux, —

Languissants pour les cris et la lutte sauvage,
Vous vous glissez vers l'eau qui clapote au rivage,
Pour revoir votre nef dormant à l'hivernage.

Vous oubliez nos joies, nos paroles à table,
Le bétail dans l'enclos, le cheval à l'étable, —
Pour poisser ses flancs noirs et dérouler ses câbles.

Puis vous partez au loin, sous la nue et la lame;
Le bruit des avirons, sonnant creux dans notre âme,
Est tout ce qui nous reste en ces longs mois sans flamme..

Ah, qu'est-ce que la Femm', que vous l'abandonniez,
Avec le feu de l'âtre et l'arpent familier
Pour la Vieille qui fait les veuves par milliers?


                            §§§§§§§§§§§§§§§§

Harp Song of the Dane Women


1
What is a woman that you forsake her,
And the hearth-fire and the home-acre.
To go with the old grey Widow-maker? 
2
She has no house to lay a guest in
But one chill bed for all to rest in,
That the pale suns and the stray bergs nest in. 
3
She has no strong white arms to fold you,
But the ten-times-fingering weed to hold you
Out on the rocks where the tide has rolled you. 


4
Yet, when the signs of summer thicken,
And the ice breaks, and the birch-buds quicken,
Yearly you turn from our side, and sicken— 
5
Sicken again for the shouts and the slaughters.
You steal away to the lapping waters,
And look at your ship in her winter-quarters. 
6
You forget our mirth, and talk at the tables,
The kine in the shed and the horse in the stables
To pitch her sides and go over her cables. 
7
Then you drive out where the storm-clouds swallow,
And the sound of your oar-blades, falling hollow,
Is all we have left through the months to follow. 
8
Ah, what is Woman that you forsake her, 
And the hearth-fire and the home-acre, 
To go with the old grey Widow-maker?
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