C.55. The Craftsman

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                                                   L’Artisan (1919)

The Years Between> Définitive Verse
Poème ironiquement « shakespearien » dans lesquels les personnages des grandes pièces sortent de la vie courante et populaire, le dramature/artisan les transforme en héros tragiques.
Kipling propose une métaphore sur la création littéraire qui, comme Dedication to soldiers Three ou The Coiner, peut éclairer l'image contradictoire qu'il développe dans ses poèmes.
Kipling utilise la strophe dite sapphique : trois vers longs et réguliers suivis d’un vers plus court  créant un effet de chute ou de conclusion.
Ce poème fait partie de la sélection : A Choice of Kipling's Verse de T.S Eliot
Traduction en vers de J.Castier : Kipling, poèmes choisis par T.S.Eliot ( voir plus bas)

The Mermaid célèbre taverne de Londres, fréquentée par les dramaturges élisabéthains.
Boanerges : biblique : Fils du tonnerre = Ben Jonson(1572-1637) Dramaturge, poète et acteur
Sir Thomas : Shakespeare jeune aurait braconné sur ses terres
Bankside : lieu proche du Globe Théâatre de Shakespeare

                                    L'Artisan

Une fois, après une longue beuverie au Mermaid,
Il parla au prétentieux Boanerges
Jonson (si la moitié était due au vin,
              Bénie soit la cuvée !)

Racontant comment, dans une taverne au pied des Cotswolds,
Il s’était assuré les faveurs de sa Cléopâtre,
Ivre d'un amour immense et méprisant le salut
               Pour un rétameur.

Comment, alors qu'il se cachait des gardes de Sir Thomas,
accroupi dans un fossé et trempé par la rosée de minuit,
il avait écouté la gitane Juliette
            injurier l'aube.

Comment à Bankside, un garçon noyant des chatons
Grimaçait à cette besogne ; sur quoi sa sœur
Lady Macbeth, âgée de sept ans—les enfonçait sous l'eau,
            Sombrement méprisante.

Comment, un jour de sabbat, silencieuse et compatissante,
Elle, connue depuis sa naissance des villageois,
A Stratford repêchée et délivrée de l’Avon,
                Ophelia dégoulinante.

Ainsi, avec son troisième doigt fin épousant
Une goutte de vin bombée sur la table,
Shakespeare ouvrit son cœur jusqu'à ce que le soleil se lève
            Pour venir l'écouter.

Londres s’éveilla et lui, imperturbable,
Passa du réveil à la poursuite des ombres...
Occupé par des spectacles sans importance terrestre ?
            Oui, mais il le savait !

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Traduction en vers de J.Castier : Kipling, poèmes choisis par T.S.Eliot

L'HOMME DE MÉTIER

Après longue ripaille, un jour, à la « Sirène »,
A Jonson l'effronté, le railleur vif et cru,
Il devisa (si, ce discours, le vin l'entraîne,
Alors, en soit béni le cru!)

Il dit que sous Cotswold, au cabaret dernier,
Il avait vu, pour sûr, sa même Cléopâtre
Ivre d'amour énorme, à se damner folâtre,
Pour un quelconque chaudronnier.

Que, fuyant les gardiens d'un seigneur en goguette,
Dans un fossé, trempé de rosée à minuit,
Il avait écouté l'errante Juliette
Maudire l'aube au soir qui fuit.

Qu'à Bankside, un garçon noyant une portée
De chats, n'osa l'affaire; et que sa sœur les tint
(Lady Macbeth ayant sept ans) sous l'eau montée,
Sombre et farouche en son dédain.

Qu'un dimanche, sans bruit et plein d'émoi profond
Car on l'y connaissait dès l'aube de sa vie—
Stratford, fouillant les flots, avait pris dans l'Avon
Une ruisselante Ophélie...

Ainsi, d'un doigt maigri mariant goutte et goutte
De vin, maint dôme rond sur la table serré,
Shakespeare ouvrit son cœur jusqu'à l'heure où l'écoute
Le point du jour, tout frais entré.

Londres se réveilla; lui-même, imperturbable,
De sa veille, s'enfuit aux ombres qu'il rêvait...
Artisan de clinquant, sans nul poids véritable?
Sans doute,— mais il le savait!





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                 The Craftsman
1
Once, after long-drawn revel at The Mermaid,
He to the overbearing Boanerges
Jonson, uttered (if half of it were liquor,
            Blessed be the vintage!)
2
Saying how, at an alehouse under Cotswold,
He had made sure of his very Cleopatra,
Drunk with enormous, salvation-contemning
            Love for a tinker.
3
How, while he hid from Sir Thomas's keepers,
Crouched in a ditch and drenched by the midnight
Dews, he had listened to gipsy Juliet
            Rail at the dawning.
4
How at Bankside, a boy drowning kittens
Winced at the business; whereupon his sister
Lady Macbeth aged seven - thrust 'em under,
            Sombrely scornful.
5
How on a Sabbath, hushed and compassionate
She being known since her birth to the townsfolk
Stratford dredged and delivered from Avon
            Dripping Ophelia.
6
So, with a thin third finger marrying
Drop to wine-drop domed on the table,
Shakespeare opened his heart till the sunrise
            Entered to hear him.
7
London waked and he, imperturbable,
Passed from waking to hurry after shadows...
Busied upon shows of no earthly importance?
            Yes, but he knew it!

3 réponses à « C.55. The Craftsman »

  1. […] White Man's Burden""Hymn Before Action" "Recessional" "'For All We Have and Are'" "The Benefactors" "The Craftsman" "Samuel Pepys" "'When 'Omer Smote 'Is Bloomin' Lyre'" "Tomlinson" "The Last Rhyme of True Thomas" […]

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  2. […] propose une métaphore sur la création littéraire qui, comme Dedication to soldiers Three ou The Craftsman, peut éclairer l'image contradictoire qu'il développe dans ses poèmes. Le sous-titre présente […]

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  3. […] de celui-ci, même en Pléiade.Il propose une métaphore sur la création littéraire qui, comme The Craftsman ou The Coiner, peut éclairer l'image contradictoire que développe Kipling dans ses poèmes : les […]

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