B.34.The Benefactors

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                                  Les bienfaiteurs (1919)

The Years Between > Inclusive Verse
Les deux premiers vers introduisent la nouvelle
The Edge of the Evening ; Diversity of Creatures parodie de récit d’espionnage, qui parait sans lien paraît sans lien évident avec le poème.
En revanche, il existe une nouvelle qui porte le même titre, publiée dans la presse en 1912, mais non reprise en recueil par Kipling et qui développe les mêmes thèmes : adaptation parallèle darwiniste des hommes de la défense et de l'attaque, du bras au canon sous la pression de la peur sans pouvoir échapper aux tyrans. La nouvelle y ajoute dans la suite de témoignages de damnés, les "bienfaiteurs " inventeurs de ce course à l'armement dans une "chaufferie" de l'Enfer. Suivent ensuite les armes intellectuelles de la Religion, de l'imprimerie, de la Raison pour aboutir au Charbon et aux syndicats qui par leur grève exerce un pouvoir "tyrannique". Les ombres des victimes des grèves viennent tourmenter le syndicaliste...et annoncer l'arrivée de l'électricité...
Les deux texte s’inscrivent dans un contexte social de grèves, en particulier dans l'inductrie du charbon, désapprouvées par Kipling, et des tensions européennes qui l’inquiètent.

Le poème interroge en plus ce que l'Art peut faire face à la Nature humaine.

Ce poème fait partie de la sélection A Choice of Kipling's Verse :
Traduction : en vers de J.Castier, Kipling, Poèmes choisis par T.S.Eliot, Robert Laffont 1949 (voir plus bas).


« Qui fait penser la créature » traduction incertaine de « that makes the creation think », «création » ne semble pas renvoyer à ce qui crée, ni à l’acte de créer, mais à ce qui a été créé, la créature, l’homme.


Les Bienfaiteurs

Ah ! À quoi sert la culture classique
Et que vaut le mot recherché,
Contre l’évènement brut
Qui s'est réellement produit ?


Et qu'est-ce que l'Art que nous poursuivons
Par la peinture, la prose et la rime –
Quand la Nature, dans sa nudité,
Nous bat à chaque fois ?


Ce n'est ni l'apprentissage, ni la grâce, ni la technique,
Ni les viandes et la boisson sans efforts,
Mais l’amer pointe de la douleur et de la peur
Qui fait penser la créature.

Lorsque, dans la jeunesse déplaisante de ce monde,
Notre race divine commença,
Le bras le plus long, la dent la plus acérée,
A donné à l'homme le contrôle de l'homme ;

Jusqu'à ce que, meurtri et mordu jusqu'à l'os,
Et instruit par la douleur et la peur,
Il apprenne à lancer la pierre de loin,
Et à pousser la longue et sûre lance.

Ainsi, la dent et l'ongle devinrent obsolètes
Comme armes contre un ennemi
Jusqu'à ce que, lassé par une défaite incessante,
Un génie construisit l'arc.

Alors, la pierre et le javelot se révélèrent aussi vains
Que la dent et l'ongle d'autrefois ;
Jusqu'à ce que, aiguillonné par la peur et la douleur,
L'homme façonna la cotte de mailles.

Alors, il y eut la sécurité pour le riche
Et le danger pour le pauvre,
Jusqu'à ce que quelqu'un mélange une poudre qui
Rétablit l'équilibre une fois de plus.

Casque et armure disparurent
Avec l'épée, l'arc et la pique,
Et, lorsque la fumée de la bataille se dissipa,
Tous les hommes furent armés de la même manière…

Et lorsque dix millions d'entre eux furent tués
Pour plaire à un roi fou,
L'homme, éduqué en masse par la peur et la douleur,
S'en lassa ;

Et, juste au bon moment,
Pour l'asservir sans retour,
Son esprit craintif aux dents-pierres-arcs-fusils,
S'est retourné et les a tous abolis.

Tout Pouvoir, chaque Tyran, chaque Foule,
Dont la tête est devenue trop grosse,
Finit par détruire son propre ouvrage,
Et entraine son propre renvoi ;

Et l'homme, dont les besoins vitaux,
écartent tout de son chemin,
tremble cependant devant leurs décrets,
et craint leur colère !



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Traduction en vers de J.Castier , Kipling, Poèmes choisis par T.S.Eliot, Robert Laffont 1949

Les Bienfaiteurs
Qu'importe donc le goût classique,
Le mot à grand soin policé,
Contre le fait bien authentique,
L'acte brutal qui s'est passé?

Et qu'est donc l'Art, où l'on se rue
Par prose ou vers, couleur ou voix,
Alors que la Nature nue
L'emporte sur nous chaque fois?

Ce n'est savoir, grâce, élégance,
Ni l'aliment plus près surgi,
Mais bien la peur et la souffrance,
Qui fait que l'homme réfléchit.

Aux premiers jours de force ardue
De notre race aux dons divins,
C'est le bras long, la dent pointue
Qui fit le maître des humains;

Tant que, pétri par la souffrance,
Le corps meurtri, mordu, sans fin,
L'homme apprit à brandir la lance,
Et le caillou sûr et lointain.

La dent, la griffe, arme finie
Dès lors, pour laisser un effet ;
L'arc vint alors, fruit d'un génie
Lassé d'être toujours défait.

Javelot, pierre, ah, rien qui vaille,
Comme jadis l'ongle et la dent ;
Puis, poussé par l'effroi mordant,
L'homme fit des cottes de maille.

Sécurité, dès lors, au riche,
Et pour le pauvre, triste sort;
Mais redressant le sort postiche,
Quelqu'un trouva la poudre, alors.

Adieu le heaume, adieu l'armure,
La pique, et l'arc, le sabre aimé,
Car, après la fumée obscure,
Chaque homme était de même armé.

Et quand dix millions d'existences,
Pour un roi fou fur'nt dépensé's,
L'homme, assagi par la souffrance
Et par la peur, en eut assez.

A l'heure qui le devait faire
Esclave à tout jamais, partout,
Son esprit, las d'ongle - dent - pierre
Flèche et canon, abolit tout.

Pouvoir, Tyran, ou Populace
Dont croît par trop l'orgueil dément,
Vous périssez de tâche lasse,
Caducs, vous tombez sûrement.

Et l'homme, au Besoin qui balaye
Tout obstacle devant ses pas,
Tremble à vos lois, prie, et bégaye,
Pour que vous ne l'écrasiez pas!


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The Benefactors

Ah! What avails the classic bent
And what the cultured word,
Against the undoctored incident
That actually occurred?

And what is Art whereto we press
Through paint and prose and rhyme–
When Nature in her nakedness
Defeats us every time?

It is not learning, grace nor gear,
Nor easy meat and drink,
But bitter pinch of pain and fear
That makes creation think.

When in this world's unpleasing youth
Our godlike race began,
The longest arm, the sharpest tooth,
Gave man control of man;

Till, bruised and bitten to the bone
And taught by pain and fear,
He learned to deal the far-off stone,
And poke the long, safe spear.

So tooth and nail were obsolete
As means against a foe
Till, bored by uniform defeat,
Some genius built the bow.

Then stone and javelin proved as vain
As old-time tooth and nail;
Till, spurred anew by fear and pain,
Man fashioned coats of mail.

Then was there safety for the rich
And danger for the poor,
Till someone mixed a powder which
Redressed the scale once more.

Helmet and armour disappeared
With sword and bow and pike,
And, when the smoke of battle cleared,
All men were armed alike . . . .

And when ten million such were slain
To please one crazy king,
Man, schooled in bulk by fear and pain,
Grew weary of the thing;

And, at the very hour designed,
To enslave him past recall,
His tooth-stone-arrow-gun-shy mind
Turned and abolished all.

All Power, each Tyrant, every Mob
Whose head has grown too large,
Ends by destroying its own job
And works its own discharge;

And Man, whose mere necessities
Move all things from his path,
Trembles meanwhile at their decrees,
And deprecates their wrath!

Une réponse à « B.34.The Benefactors »

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