En-Dor (1919)
The Years Between
Ecrit à la fin de la guerre durant laquelle Kipling a perdu son fils, il attaque le "spiritualisme» en vogue entre 1880 et 1920, pendant anglo-saxon du « spiritisme » français.
Il utilise pour cela un récit biblique, celui de la sorcière d’En-dor qui appelle le fantôme du prophète Samuel pour le roi. Samuel 1, 28, 3–25.
On mesure sans doute mal la grande popularité des tables tournantes, des communications avec les morts , des médiums, des ectoplasmes et des pratiques spirites comme l’écriture automatique après la Grande Guerre. La Society for Psychical Research (SPR) s’intéresse tout à fait officiellement à ces sujets.
Kipling s’intéresse également au surnaturel mais reste prudent. Sa soeur Trix souffre de troubles psychiques, peut-être des formes de schizophrénie, que sa famille impute à ses pratiques spirites qu’elle va développer au sein de la SPR.
Il repousse également fermement les invitations à entrer en contact avec l’esprit de son fils disparu dans les tranchées et dénonce ceux qui sous ce prétexte exploitent la douleur des familles. Dans son autobiographie, Something of Myself (chapIII) il note :
« J’ai vu trop de mal, de douleur et la ruine de bons esprits sur la route d’Endor pour faire un seul pas sur cette voie périlleuse. »
Kipling semble à la fois sensible à la clairvoyance dont serait doués certains membres de sa famille, et Trix en particulier, tout en refusant de suivre la route d’Endor. En particulier dans le cas de son fils, n’en attendant que d’autres douleurs. Son poème testament The Appeal a pu être compris comme un volonté de ne pas être « invité » à ce genre de séance après sa mort.
Traduction : Sauf erreur, ce poème n'a pas été traduit en francais.
En-Dor
Le chemin qui mène à En-dor est facile à parcourir
Pour une Mère ou une Epouse en deuil.
Là-bas, c'est certain, nous retrouverons nos Morts
Tels qu'ils étaient de leur vivant.
La terre n'a pas soupçonné la bénédiction qui attend
Les cœurs désolés sur le chemin d'En-dor.
Des chuchotements nous réconforteront dans l'obscurité —
Des mains — ah, mon Dieu ! — que nous avons connues !
Des visions et des voix — regardez et écoutez ! —
Prouveront que l'histoire est vraie,
Et que ceux qui ont rejoint l'autre rive
Peuvent être hélés — à un certain prix — sur la route d'En-dor.
Mais ils sont si profondément plongés dans leur nouvelle éclipse
Que rien de ce qu’ils disent ne peut nous atteindre,
À moins que cela ne soit prononcé par des lèvres étrangères
Et formulé dans le langage d’un étranger.
Le fils doit faire parvenir un message à la mère qui l’a mis au monde,
Par la bouche d’un mercenaire. Telle est la règle d’En-dor.
Et ce n’est pas pour rien que ces dons se manifestent
Par ceux qui ravissent nos morts.
Ils doivent tressaillir , et se raidir, et baver et gémir
Avant que les yeux ne se fixent dans la tête,
Et que la voix ne s’élève du ventre. C’est pourquoi,
Nous leur versons un salaire là où ils exercent à En-dor
Pourtant, il nous faut de la foi
et de la patience pour suivre la piste.
Souvent, au début, ce que dit l’être cher
n’est que babillage, plaisanterie ou mensonge.
(Les esprits menteurs nous troublent profondément
Jusqu’à ce que nos amours — et leurs vies — soient bien connues à
En-dor). . . . .
Oh, la route d'En-Dor est la plus ancienne
Et la plus folle de toutes !
Elle mène tout droit à la demeure de la Sorcière,
Comme elle le faisait au temps de Saül,
Et rien n'a changé du malheur qui attend
Ceux qui descendent la route d'En-Dor !
En-Dor
1
The road to En-dor is easy to tread
For Mother or yearning Wife.
There, it is sure, we shall meet our Dead
As they were even in life.
Earth has not dreamed of the blessing in store
For desolate hearts on the road to En-dor.
2
Whispers shall comfort us out of the dark—
Hands—ah God!—that we knew!
Visions and voices—look and hark!—
Shall prove that the tale is true,
An that those who have passed to the further shore
May be hailed—at a price—on the road to En-dor.
3
But they are so deep in their new eclipse
Nothing they say can reach,
Unless it be uttered by alien lips
And framed in a stranger's speech.
The son must send word to the mother that bore,
Through an hireling's mouth. 'Tis the rule of En-dor.
4
And not for nothing these gifts are shown
By such as delight our dead.
They must twitch and stiffen and slaver and groan
Ere the eyes are set in the head,
And the voice from the belly begins. Therefore,
We pay them a wage where they ply at En-dor.
5
Even so, we have need of faith
And patience to follow the clue.
Often, at first, what the dear one saith
Is babble, or jest, or untrue.
(Lying spirits perplex us sore
Till our loves—and their lives—are well-known at
En-dor). . . . .
6
Oh, the road to En-dor is the oldest road
And the craziest road of all!
Straight it runs to the Witch's abode,
As it did in the days of Saul,
And nothing has changed of the sorrow in store
For such as go down on the road to En-dor!
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